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 'Til the gun goes bang, bang [PV]

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Métamorphe

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MessageSujet: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  Sam 10 Nov 2018 - 11:02



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz


Brésil, Rio de Janeiro

Bar miteux, je m’échoue sur un tabouret, commande un verre puis un autre, puis un autre et encore un autre. L’ambre de piètre qualité picote le palais jusqu’à ce que la brûlure du gosier s’étende et qu’il ne reste plus que des cendres. Une vieille musique est crachée des enceintes dans des grésillements dégueulasses. Du country à vomir qui colle parfaitement avec l’ambiance à chier de ce bouge. Relents d’alcool, de sueur et de crottin ; une bonne bouffée d’oxygène qui retourne tripes et boyaux. Le poison liquide tournoie dans le fond de mon verre et l’attente est foutrement emmerdante. L’heure mal assimilée, l’avance considérable vient me clouer sur le comptoir. Pas d’échanges de regards, les conversations crèvent et tournent trop souvent au désespoir. Je les balaye par mon silence et l’absence de sympathie pour égayer mes traits. Je m’en branle de savoir ce que tu veux, si t’as soif, si t’as chaud, si t’as froid ; si t’as besoin de baiser, de t’épancher, de juste parler. Je m’en branle que tu souris, que t’essayes d’être poli, que tu sois un vrai connard ou un malheureux bâtard. Elle m’intéresse pas, ta vie. Œillade larguée sur l’horloge détraquée qui orne le mur à côté de la porte des chiottes putain, encore une heure.
Mais une heure avant quoi, au juste ?

**********

Je me gèle sur le perron, mon poing cogne et cogne cette porte dont le bois tremble. J’ai la patience toute relative et une fausse fourrure made in china sur le cul de la grosse merde. La langue natale jure –Putain, tu m’emmerdes, va te faire foutre. Les talons se tournent et le cliquetis résonne à l’oreille, tandis qu’il est là, lui, la gueule enfarinée par un trop profond sommeil. Mirettes qui le scrutent, détaillent le pyjama merdique qu’il porte du bleu à rayure, sans déconner ? T’as quatre-vingts balais ? Soupir. Frêle carcasse qui le dépasse et le bouscule, retrouve la chaleur du foyer sur lequel les mains viennent se réchauffer. Le mutisme en évidence et la politesse oubliée depuis de trop nombreuses années. –Tu es bien matinale et toi, en retard, connard. –T’as dit que tu voulais m’voir, que je lui crache, la voix pleine de graviers. –Tu veux du thé ? Depuis quand on cause affaire devant un thé ? J’arque un sourcil et il se reprend. –Sans glaçon, je suppose. La babine s’étire en ce qui voudrait être un sourire, mais qui n’est qu’une grimace merdique. L’alcool en guise de petit déjeuner, comme pour frapper la conscience et l’éteindre. Comme pour faire taire le vide intérieur et ses résonances qui me vrillent le crâne.
Lunettes qu’il pose sur son grand nez, il ouvre un livre et cite des passages dans une langue inconnue et t’as pas l’impression que j’y comprends rien, moi, à ton charabia ? Qu’est-ce que je m’en fous de tes erratums, post-scriptums, machintums ou que sais-je encore. Le livre est posé devant mes yeux, une esquisse représente un homme avec une tête difforme, animale. –C’est une statuette, elle a été vue au Brésil il y a quelques semaines après avoir été volé à un musée français. Je lorgne la page, imprime les traits et les détails à l’encéphale. –Qu’est-ce qui te dis qu’elle y est toujours, ta merde ? Il étire un sourire. Un sourire crade qui dévoile la dentition jaunâtre. –Je le sais. Alors ? Bras qui se croisent sous la poitrine et dos qui se choque au dossier de la chaise. –Cinq mille sans parler des frais, logement, bouffe, faux papiers. –Trois mille, qu’il ose marchander. –Six mille dans ce cas. Langue qui claque et soupir d’agacement. –Tu ne partiras pas seule, un étranger t’accompagnera. QUOI ?! –Hors de question. Depuis quand tu crois que j’ai besoin d’un chaperon ? –Tu auras besoin de bras solides, tu te doutes que la statuette ne se trouve pas dans un lieu saint. Ouais, et alors ? C’est parce que je suis une gonzesse que tu te mets à douter ? –Ne prends pas ça pour toi. Vois-le comme une aide, un boulet, un compagnon, un empêcheur de tourner en rond il veillera à ce qu’il ne t’arrive rien et s’occupera des armes. Je gronde, il sourit. –Ouais ok. Si tu veux, si ça peut te rassurer. J’ai le droit de le tuer ?
Il largue les détails, demande de revenir trois jours plus tard, me file des papelards - juste les miens. Y a les vols déjà réservés, les billets, la carte bleue et son code secret. Et dix-huit putains d’heures à tuer. T’as vraiment du fric à dilapider.

**********

Le voyage en solitaire pour ne pas avoir à parler, raconter des conneries pour lui plaire. J’ai même pas de nom, ni de photos. T’es juste censé avoir de gros bras je suppose ; une gueule amochée, probablement les chicots pétés, des tatouages par milliers et une tête de tueur – le cliché. Je l’imagine un peu grand et laid à force de cicatrices et de trop cogner ; plutôt brun que blond, aussi aimable qu’une porte de prison, ancien taulard ou trafiquant ou quelque chose du genre.
Ouais, je l’imagine. Et quand le petit gringalet blond, se pointe juste à côté, ça court-circuite les connectiques. Il dit -Salut, je pense ta gueule et je réponds -Ouais ?
-T’as besoin de compagnie ? Le visage se ferme. –Non. Un non sans appel. –Tant pis, je me suis dit, une femme, toute seule, dans un bar… qu’il débite.
–Tu t’es mal dit.
Les prunelles fixent les rangées de verres et de bouteilles, délaissent volontairement la silhouette qui déjà m’emmerde. Je crois qu’il a discuté, seul, durant de longues minutes. J’ai cessé d’écouter, l’ai rangé dans un recoin oublié de la boîte crânienne jusqu’à ce que l’envie de pisser me fasse me redresser. Il baragouine des trucs que je comprends beaucoup trop parfaitement, réalise bêtement qu’on parle la même langue, comme si l’information m’avait échappé au premier jet. Il me semble qu’il demande quelque chose, mais je n’écoute pas et pousse le battant.
Dans le sac de voyage – qui se résume à trois débardeurs, autant de sous-vêtements, du déo et une brosse à dents – le déodorant vient couvrir les heures de vol dans un long pschitt lait et fleur de lotus. Cheveux noués et maintenus par un élastique plus vraiment élastique, je me demande vaguement combien de temps je vais encore devoir patienter.
A mon retour, le blondinet est toujours là, mais ma place est à présent occupée par une masse sombre. J’espère que t’as pas bu mon verre.
Je m’avance, hésite, retrouve mon anglais quand tous ici parlent le portugais. –Paumé ? Les mirettes le décortiquent sans la moindre pudeur, présagent les forces et les faiblesses. T’es peut-être bon, mais t’es lourd.
Je récupère mon verre, le mire. –Andy. Parole amputée qui termine dans le fond de mon verre. Enchantée, ou pas.

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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  Sam 10 Nov 2018 - 21:05

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• - Je ne rencontre jamais mes clients, que je balance en frôlant le mur bétonné d’un pont, sur une avenue de Ross Creek – celle juste en face de mon appartement et de ces murs couleur glace à la vanille. – Peut-être qu’il serait temps de faire une exception, que répond une voix doucereuse à l’autre bout du téléphone. L’assurance dont ce type fait preuve à le mérite de m’arracher un rire – pas le genre de rire que t’as envie d’arracher à quelqu’un, cela dit. Je peux sentir sa tension alors que nous ne sommes probablement pas dans le même quartier – peut être que nous ne sommes même pas dans la même ville. Ce type ne doit pas avoir l’habitude qu’on lui dise non. Et j’en ai marre d’attirer ce genre de personne.Vous refusez ?De vous voir ?Oui.Oui. Mais ce n’est pas le côté speed dating qui vous intéresse, j’imagine, c’est la prestation. Gros blanc. Il ne me trouve pas drôle, et il n’a pas besoin de me le dire pour me le faire comprendre. – C’est une prestation particulière je… - Vous dites tous ça, Monsieur Doe. Et je suis particulièrement réfractaire à ce que vous me voyez. Il soupire. Semble toucher du papier – des pages qui se tournent dans un silence irrité. – Vous avez bonne réputation… Il me faut quelques secondes pour comprendre qu’il attend mon nom – ou mon surnom, ou mon pseudonyme ou n’importe quoi qui ne fera pas qu’elle me hèle EH TOI.Faust. - … Faust.Faust. On peut faire ça longtemps si tu veux.Vous avez le sens de l’originalité, Faust. Ca compense le côté Doe de l’échange.

Certaines de mes connaissances m’ont vanté vos mérites. Il paraît que vous êtes une force de la nature. Tu te trompes de personne, mec. C’est exactement ce qu’il me faut. Un homme fort pour couvrir les arrières de… - Je travaille seul.Vous… - Seul. Comme seul. S.E.U.L.Je… - Non.At… - Je crois que vous n’avez pas compris.Vous ne m’écoutez pas, Faust.C’est pour un duo ? Un trio ?Duo.Alors c’est vous qui ne m’écoutez pas.Votre prix sera mon prix, Faust. Je vous demande juste de couvrir les arrières de… L’agent principal de cette mission. Et de lui fournir des armes. Je dodeline du chef. – Je ne devrais tuer personne ?Ne me dites pas que vous êtes un enfant de chœur, Faust.Oh… C’est pour votre devis, Doe, vous vous doutez que selon la prise de risque le tarif augmente.Vous n’êtes pas censé prendre les risques.Bien.Bien ?Oui.C’est acté ?Sans que vous sachiez mon prix ?Sans que vous ne sachiez le lieu ? Je tique. Ca me paraissait évident que cette histoire se déroulerait dans les environs de Ross Creek. Tous mes contrats depuis que je suis ici se sont déroulés dans les environs de Ross Creek.Ca sera où ?Ca sera combien ?… Vous prendrez en charge les frais, Crésus ?Puisqu’on ne se rencontrera pas, Faust, j’ai envie de vous dire que non.Alors où je dois le suivre, votre agent principal ?Brésil. WTF ?!Où ?Brésil. OK. Y a pas de friture sur la ligne.Qu’est ce qu’il va foutre au Brésil ?J’ai besoin d’une statuette Faust, et c’est tout ce que vous saurez. J’imagine que les détails n’ont pas d’importance, puisque je n’ai pas le rôle important de l’histoire. - Quinze mille évolutifs. Il tousse, Doe. S’étouffe à moitié dans son combiné. Je suppose qu’on ne lui réclame pas de telles sommes régulièrement. – Pardon ?!Qui-ze-mi-lle.Six mille. Toujours moins.Alors il n’y aura pas les armes, et je couvrirais les arrières de votre super agent de mon canapé, par la pensée.Vous partagerez tous les frais une fois sur place, et je vous donne dix milles fixe.Hors de question.Je… - Ne vous emmerdez pas avec les négociations Doe, votre job ne m’est pas vital et je ne suis pas assez pauvre pour courir après quinze mille dollars. Disons que je vous fais déjà une fleur avec ce tarif et que vous n’avez aucune carte en main. Si vous pensez trouver moins cher et plus compétent ailleurs, autant arrêter de perdre notre temps, vous et moi. Foncez chez la concurrence, si tant est que j’en ai une.

Court silence.

Dans quelle mesure vos tarifs sont évolutifs ? Je préfère ça.



Le seul vol pour Rio de J’aipasenvie qui n’était pas complet décollait pour midi. Cinq heures de sommeil pour dix-huit heures de vol : un sale ratio de merde.

Puis je déteste l’avion. Cet espèce d’oiseau immense, en métal, hermétique qui t’empêche de sortir quand t’as besoin d’air – qui te tuerais si tu venais à sortir parce que t’as besoin d’air. Les endroits clos, c’est pas mon dada – les endroits clos dans les airs je pense que c’est pire encore. Sans compter que remettre ma vie entre les mains d’un pilote que je ne connais pas – qui est potentiellement saoul, drogué ou les deux à la fois – ça m’enjaille moyen bof. Je n’ai jamais été du genre confiant. C’est d’ailleurs une caractéristique que je partage avec les compagnies aériennes, visiblement. Parce que, oui, figure-toi qu’elles ne font pas confiance aux gens qui veulent embarquer avec une arme. Avec UNE arme. Imagine avec une valise pleine d’armes, maintenant. Pour pouvoir arriver jusqu’à mon siège sans me faire plaquer façon footballeur américain aux portiques, j’ai dû me faire faire un faux certificat. Un qui est censé m’avoir été délivré par l’Administration Fédérale de l’Aviation et qui atteste que j’ai suivi une formation adéquate pour en trimbaler. Une autre attestation promet que je suis un peu un agent fédéral et que je m’appelle Edward Blake. Selon elle je suis en mission officielle pour la police. L’inspecteur divisionnaire Ted Holmes, chef de la Brigade régionale d'enquête et de coordination est censé m’avoir faxé ça hier, sur du joli papier à en-tête. Ca impressionne toujours, et personne ne m’a alors posé de questions.

Bref. Je suis côté hublot. Me force à ne pas regarder au travers. Me donne beaucoup de mal pour prétendre que je ne suis pas dans un 727 mais dans un train bondé. Pour ne pas y penser, je m’intéresse aux gens, autour de moi. Aux conversations – aux films que certains se passent et aux échangent concis que d’autres entretiennent avec l’hôtesse qui propose des collations. J’essai de dormir. De lire le journal que mon voisin de siège délaisse pour tenter de trouver le sommeil. C’est long, c’est chiant et c’est relong et c’est rechiant.

Une chose est sûre : Je ne peux pas te dire à quoi ressemble Rio vue des airs. Et, suite à l’atterrissage, j’estime que la petite passerelle couverte que j’emprunte pour rejoindre l’intérieur de l’aéroport n’a rien de particulier… A ceci près qu’on sent déjà la chaleur presser telle une main géante sur les parois de plastique. C’est qu’on a pas le même climat, à Ross Creek.

Le petit rassemblement qui attend dans le hall des arrivées ne m’intéressent pas – il me dérange seulement pour aller récupérer mes valises. Je ne sais pas qui est l’agent principal de cette mission ni même à quoi il ressemble, mais Doe a au moins eu la décence de me donner le nom d’un bar où il est censé m’attendre. Où l’agent est censé m’attendre, parce que le mystère du pronom qu’il tente d’instaurer me fait clairement comprendre que je vais avoir une surprise ovairesque. Une surprise avec des goûts douteux en terme de checkpoint. Faut dire que c’est un bouge, clairement, ledit bar. Un truc à la devanture qui, malgré certaine addiction, ne donnerait pas envie à l’américain moyen – l’américain alcoolique moyen – de boire. Il fait chaud, ça put, y a pas d’ambiance et la musique est merdique. Des quatre ou cinq pauvres clampins qui trainent là, aucun n’a de poitrine ou d’attribut féminin visible. Mauvaise déduction, Django. Doe est moins prévisible qu’il n’en a l’air. Que des mâles. Qui ne semblent pas s’intéresser à moi – pas que ça me frustre, juste que je suis censé être attendu par l’un d’eux. C’est après quelques secondes de réflexion peu intense – je suis fatigué, merde - que je décide que l’agent spécial, ça ne peut être que le blondinet gringalet à côté du bar – ça justifie au moins qu’il ait besoin d’un garde du corps et il me paraît être le moins crade du lot. Un verre attend sagement à côté de lui. C’est pour moi ? Je m’assois. Il me jette un regard de biais. Me cause en portugais. J’arque un sourcil. No comprendo connard.Quoi ? Il me pointe le verre. M’intime de lever mon cul de là avec un geste universel – le genre assez universel pour que ce soit de la mauvaise foi pure que de ne pas le comprendre. C’est pas mon gars. Va falloir que j’appelle Doe. Son agent s’est fait la malle avant que je débarque. Je tapote mes poches. Cherche mon téléphone quand l’autre s’emballe. Si tu crois que je t’écoute encore, tu te fourre le doigt dans l’œil.

Paumé ? Je me fige. Lève les mirettes. Papillonne des paupières. La commissure de mes lèvres se relève en un semblant de sourire satisfait. C’est toi. Aucun doute. Le visage long et délicat ; les traits fins, les lèvres pleines et les prunelles émeraudes. Sans elles, peut-être, ne l’aurais-je pas reconnu – parce qu’elles lui font transpirer une détermination froide et blasée propre à la plupart des gens qui surfent sur la vague de l’illégalité. T’as la gueule vidée de toute bonne humeur, comme un verre fendu laisse échapper l’eau qu’il contient. T’es morte comme on tue. Alors je sais. Tu sais. On sait. Y a que l’autre connard derrière qui sait rien et qui continue de gueuler.Appelle moi comme tu veux. Ma main à couper que t’as aucune envie de m’appeler, de toute façon.Je suis censé te suivre, Annie, dis-je en me levant de mon tabouret. Tique légèrement en me brisant la nuque pour récupérer le regard de mon interlocutrice. Tu dépasses pas le mètre 70. Comme tu dois même pas avoir 30 piges. Ou tout juste.Hey ! Le blondinet s’est levé, aussi. Me tire doucement la manche. – Girlfriend, OK ? Adeus. Son pouce m’indique la sortie. C’est à se demander qui est la petite amie de qui.Y en a qui perde pas de temps, soufflé-je en jetant un regard à mon binôme forcé. – A peine arrivée, presque mariée... Vous faites un très joli couple. Ta copine est juste un tantinet possessive. Et envahissante. Est-ce que tu peux lui demander de me lâcher la manche ? Genre rapide. Ca serait con qu’elle perde un poignet au début d’une relation où elle a tout à prouver…  
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  Hier à 8:33



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Sam Tinnesz
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Dernière goutte avalée, le verre glisse sur le comptoir lorsqu’il ne suggère aucun nom à mâcher. Pas de problème, dingdong, t’as raison, je préfère te sonner. Je le lorgne du coin de l’œil, ignore la gymnastique ridicule du blondin qui s’active de peur qu’on l’oublie et dingdong m’appelle Annie. J’arque un sourcil, me dis pas que t’as un problème psychologique. Je ne prends pas la peine de le corriger, me fous bien du prénom qu'il voudra bien me donner. Il se déplie, il se déplie, littéralement . La trogne se tord dans une contorsion désagréable et les mirettes font l’état des lieux. Presque deux mètres, au moins une centaine de kilos je rectifie, t’es lourd ET encombrant. Le principe du vol parfait réside dans la souplesse que t’as pas, la rapidité que t’as dû becter au petit-déjeuner, la discrétion t’es un éléphant dans un foutu magasin de porcelaine. Je grogne légèrement en imaginant le désastre à venir, à ce fric qui ne rentrera pas dans mes poches vides et ça, ça me fait tout de suite vachement moins plaisir. Les billes vertes se plantent au brun des siennes, babines qui s’étirent en un sourire qui se voudrait presque doux et affreusement moqueur. –Tu devrais partir, ma cousine a abusé d’hormones, ça la met en pelote que je largue au blondinet sans prendre la peine de le regarder. Il bugue, déglutit, se décale d’un pas sur le côté. –C’est ok, évidemment, que c’est ok, bouffon. Il trottine à la recherche d’une autre cible et disparaît sans demander son reste. Sac qui se visse à l’épaule, les talons se tournent et abandonnent ce bouge merdique. Je ne lui demande pas de me suivre, n’ajoute pas plus de mots inutiles. Je te sonnerai en temps utile, dingdong. Entre les mains, le papier de la réservation hôtelière et ses symboles qui n’ont aucun sens, plutôt crever que de te demander de me le lire. Jeune femme interpellée pour recueillir les précieuses informations. Le trajet et surtout le nom de ce dernier. Rio n’a pas changé. Ses artères colorées et ses venelles crades, celles que les touristes n’empruntent pas. La misère au coin des rues et par-delà la ville et ses plages, les favelas mangent les flancs de collines. Réminiscences qui affluent avec la force d’une gifle. Les murs de briques, la crasse et les odeurs infâmes. Le rouge et le sang qui tachent le bitume ; les graffitis pour planquer la misère et les patrouilles de flics en bordure pour ne pas que la vermine gangrène la ville. Ça n’a jamais été beau, ça n’a jamais été juste.
Le Bandeirantes, une tour paumée au milieu des autres en plein cœur malade de Rio. Comptoir de marbre et vieux canapés en skaï, la déco semble s’être arrêté dans des années trépassées. Le moustachu du comptoir me lâche un –bonjour auquel je réponds par un simple mouvement de main, déposant la carte de crédit. Sourire qu’il s’est vissé aux lèvres d’un air professionnel, les yeux s’égarent sur les vieux tableaux derrière, sans valeur. Le badge est posé dans une petite coupelle dorée qu’il avance en ma direction comment ça, un seul ? –Il en manque un que je lui fais remarquer dans un claquement de langue agacé. Il vérifie une seconde fois son ordinateur. –Non, c’est bien ça madame Alves c’est pas possible une chambre avec lits séparés tu te la joues picsou maintenant ? Les mains se crispent sur le marbre et les griffes s’y plantent un court instant. Je gronde, achoppe le pass et me dirige vers l’ascenseur. Un ascenseur ridiculement petit qui nous conduit au dernier étage.
Les bouquets de fleurs sont en plastique, les murs verts et les dessous de lit ressemblent à s’y m’éprendre aux rideaux de ta grand-mère, dans des tons de jaune, d’orange et de vert. La fenêtre est ouverte, l’odeur de renfermé me harponne les naseaux et là, derrière les stores, la vue imprenable sur la misère de notre monde. Je largue mon sac sur le premier lit, extrait un paquet de clopes froissé et m’en grille une sur le balcon que j’investis. Les prunelles errent sur ce qui était autrefois ma maison. Y a comme un arrière-goût de nostalgie qui crame les synapses et qui disparaît, soufflé dans un nuage nicotiné.
Le silence s’éternise, le sac est fouillé pour en extraire de la paperasse. Des plans, des indications tout ce que je ne comprends pas. –C’est notre plan et je dépose le tout sur la petite table dehors. Je le laisse avec ça, m’engouffre dans la salle de bains ridicule pour prendre ma douche et retirer les divers parfums accumulés tout au long de ce périple. Je crois qu’on n'en est pas au stade d’annoncer ce que l’on fait. On s’en fout de savoir qui va pisser, qui va se doucher. On s’en fout, ouais.
Quinze ou vingt minutes plus tard, les fleurs embaument le derme. Débardeur et mini-short, les tifs dégoulinent dans le dos. –Alors, Dingdong, t’as une idée de comment t’y prendre ? C’est pour ça que t’es là, pas vrai ? Pour faire en sorte que je prenne pas une balle, qu’on ne me foute pas en cage.
Je m’installe, tire le seul truc que je comprends dans la flopée de papiers, le plan. Des images et des couleurs, des croix et des codes appris par cœur. –Sa statue de merde doit pas dormir dans un joli petit hôtel. Ici, le seul moyen de planquer quelque chose, c’est de l’emmener là. L’index pointe l’intérieur des terres. –C’est ici, qu’elle doit être. Ils ont rien à perdre ces gens-là je le sais, parce que j’en fais partie. - Ils alimentent des réseaux parallèles, du petit au gros trafic des trucs sales du genre que t’as pas envie de savoir, mais j’imagine que t’as l’expérience pour en deviner l’essence. –On ira en fin de journée que je déclare comme on parle de la pluie ou du beau temps. –Ils opèrent à la nuit tombée, y aller avant ne sert à rien me demande pas comment je le sais. Je le sais. C’est tout. Je connais chaque foutu recoin pour les avoir arpentés durant de trop longues années. Je sais les risques, les dangers. Mauvaise nouvelle, le retour de l’enfant du pays ne devrait pas vraiment les faire sourire. J’ai faim.
Le téléphone grésille, il me faudra plusieurs combinaisons de chiffres avant de tomber sur la réception Je les ai tous fait en partant du premier de la liste. Je commande de la viande, n’importe quelle viande saignante. je vais pour raccrocher le combiné, lorgne sur le mâle, soupire –T’as faim ? Pas que j’en ai quelque chose à foutre, tu vois, mais si tu tapes un malaise parce que t’as oublié de becter, ça va pas le faire. Et me fais pas regretter d'être presque sympa.
J’avale plus que ce que je ne déguste. La bedaine pleine, la carcasse retrouve le lit et je m’assoupis Je suis jetlaguée, c’est pas ma faute.
Les heures s’étiolent et crèvent derrière les paupières. Gueule pâteuse, le plafond de la chambre me rappelle où je suis et avec qui.
On peaufine le tout qui se solde par un –si je te dis rouge, c’est que c’est la merde, que t’as le droit de tirer. Les codes pour toujours se souvenir, ces codes qui font partie intégrante de ma vie. Ici, il est l’étranger, pas par sa couleur de peau, mais par sa langue différente de la leur. L’anglais perçu comme un signe de richesse et de trahison. Ces Américains tellement cons. Ceux qui nous laissent caner et envoient des reporters dans nos rues pour filmer la misère sans jamais l’aider. On est des animaux, des bêtes de foire qui les font se sentir confortables dans leurs bicoques pas trop grandes. Génération baisée, étouffée, oubliée.

Le minois qu’ils reconnaissent pour certains, les murmures et dingdong qui fait tâche dans le décor. Ça ne prend qu’une dizaine de minutes pour que cela arrive aux oreilles de celui qui m’intéresse, une poignée d’autres pour que ces connards se pointent et nous arrêtent. –Il veut te voir. Le Il qui a partagé ma vie, qui m’a vu grandir. Le Il dont il ne sait rien, lui. Hochement de tête et les pas s’emboîtent aux leurs.
Tony, il n’a plus rien de l’homme de mes souvenirs. Un peu plus gras, le visage bouffé par les saloperies qu’il fume, qu’il s’injecte, qu’il ingurgite. T’as une sale gueule. –Andy ! Ses bras s’ouvrent et se referment autour de ma silhouette comme si je lui avais manqué. –Tu n’as pas changé qu’il me murmure dans un ronron, au creux de l’oreille, palpant la chair entre ses gros doigts. Et toi, t’es encore plus dégueulasse qu’avant. Une cicatrice lui mord la joue et lui bouffe la moitié de l’œil. Le teint gris, les cheveux sales, l’odeur de chiasse semble accrochée à sa carne. –Tu ne me présentes pas à ton ami ? Non –Une connaissance vague, lointaine, éphémère. Les deux mâles rivalisent niveau taille, mais le poids des années semble l’avoir esquinté, Tony. Il le scrute, un sourire au coin des lèvres et ne prend pas la peine de le saluer ; se détourne, me revient, attrape ma main. Cette main qui s’extrait avec une rapidité folle comme si ses doigts venaient de me brûler ne me touche pas. –Bien, j’imagine que tu viens voir ta mère, elle doit être à l’angle de la boutique de fringues de Paolo. Il semble satisfait de me larguer que ma génitrice ouvre toujours les cuisses. J’ai envie de te bouffer. –Merci pour l’info fils de pute -Tu devrais pas traîner trop tard, Andy. Y a rien qui a changé ici, Luis est toujours aussi… Nuisible. Et toi, un roi de merde qui règne sur des cendres. –Je suis pas là pour voir ma mère, Tony, ni prendre de vos nouvelles. Je veux juste parler affaires. Il s’enfonce dans son siège, porte ses mains devant son visage et me dissèque d’une œillade crade. D’un geste, il fait fermer portes et fenêtres. –Je t’écoute qu’il siffle, beaucoup trop intéressé. –Une statuette, un peu moche, en pierre, un truc que t’as dû ramasser par terre ou récupéré contre un peu de blé. –Haute comme ça que je lui montre avec mes doigts -tête animale… Tu saisis le concept. Il soupire –Andy, andy, andy je sais comment je m’appelle, merci –D’où tu viens, comme ça hmm ? De France ? D’Amérique ? De ton cul. -Tu travailles pour qui maintenant ? ça te regarde pas –Parce que tu n’auras jamais assez pour te la payer, les acheteurs sont nombreux, tu le sais je le sais. –Si c’est pour me refourguer un faux, tu peux te le garder, tu ne sais probablement pas de quoi je parle. J’ajoute pour dingdong –On se casse.
Tony se lève et sur les traits, le mâle se veut ami, cherche à nous retenir. –J’avais oublié ton caractère de merde moi pas –Reviens demain, je vais voir ce que je peux faire pour toi. L’index glisse sur une mèche de cheveux rebelle. –Seule, qu’il ajoute dans un souffle brûlant. –Il est avec moi. Il viendra pas que je l’aime bien, mais il m’apparaît comme foutrement important, là, tout de suite, maintenant. –Une connaissance, c’est léger comme signe de confiance, tu ne crois pas ? c’est pas faux –Mon mec, en fait. Cliché. La mimine se niche dans la sienne et les phalanges forcent le contact, serrent un peu trop fort. –Oh, je vois… Il recule, semble déçu l’espace d’une fraction de seconde. –À demain, An-dy. ouais c’est ça, à demain, Co-nnard.
L’air plus frais du dehors vient calmer le myocarde dans ses battements infernaux. C’était quoi ça ? –Pose pas de questions ou pas trop. Mais je sens que tu vas pas rester sans rien dire, je le flaire.

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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  Hier à 11:56

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• Une chose est certaine : Le fait de ne pas comprendre un traître mot de portugais ne va pas me plaire longtemps. Parce que je sens la blague rouler sur la langue de l’interlocutrice, mais je ne peux même pas m’en plaindre – ni râler, ni même répondre. Je me contente d’apprécier que le blond me lâche et de la suivre quand elle mériterait peut-être plus un croche patte. Garde ton calme Django, t’as eu un voyage gratuit. C’est ce qu’il faut que tu te dises. Tu parles. Le paysage vaut au moins le bouge duquel on vient de sortir. Pas que j’aime la classe, je suis né dans la baraque la plus merdique de l’univers, mais j’ai fait en sorte de pas retourner dans des trous similaires depuis que j’en suis parti.

Rio ce n’est pas comme sur les cartes postales ; ce n’est pas que l’amalgame harmonieux entre mer et montagne ; ce n’est pas que la statue du Christ qui t’ouvre les bras en guise de bienvenue. Si tu flânes dans les rues de Rio, c’est de la poudre aux yeux – c’est que tu ne vois pas dans les venelles adjacentes la misère d’un pays qui doit te mépriser. Alors je reste à distance raisonnable d’Annie. Fixe sa queue de cheval qui bat l’air chaud de Rio – essai d’oublier comme cette ville dégage un sentiment de désolation presque hostile. Annie de m’apprécie pas. Rio ne m’apprécie pas. Personne n’a envie que je sois là. Qu’est-ce que je fous là pour 15000$ alors ? J’aurais dû en demander le double, que je me dis lorsqu’elle pousse la porte d’un hôtel à la décoration morte et enterrée. Je ne prends même pas la peine de la suivre jusqu’au comptoir, partant du postulat que je ne comprendrais toujours pas ce qu’ils se racontent. M’intéresse plus aux quelques tableaux sans âme qui parcourent le mur à la couleur improbable. Même choisir de bonnes toiles c’est difficile pour eux. Je penche la tête de côté, ne reconnais pas les artistes copiés – ce qui est plus que rare, parce que je suis au moins doué pour ça. Me décroche de la contemplation quand Annie appuie sur les boutons de l’ascenseur. Y rentrer à deux est un exploit – ne pas se frôler dans la manœuvre un miracle. Je louche sur ses mains. Un badge.Et moi ? que je lâche, contrarié. Je dors où, moi ?... Visiblement dans la même piaule qu’elle. OK. Doe n’a pas plus d’humour que ce qu’il est imprévisible. Ca promet un employeur du tonnerre. Je grogne, dans ma barbe, mais ne fait aucun autre commentaire. Ca devrait être viable pour le temps que ça va durer – il me semble que nous sommes assez cons tous les deux pour être en mesure d’ignorer quelqu’un qui est dans la même pièce que nous. Ca me rappellera des souvenirs. Lorsqu’on vivait à 7 dans un 3 pièces de 30 m².

La chambre est moche, comme la plupart des coins de l’hôtel. Les couleurs ne s’accordent pas, au même titre que si ça avait été fait par des aveugles pour des daltoniens – sauf que je ne suis ni l’un, ni l’autre. Je dois cligner plusieurs fois des paupières pour m’y faire – respirer par la bouche pour parvenir à zapper les fragrances de renfermées et de moisissures. Je ne veux même pas savoir si les draps des lits ont été changé récemment et qui a eu notre chambre avant nous. Surtout je ne veux pas savoir pour quoi elle a été loué avant nôtre réservation. Annie se grille une clope. Moi j’installe mes valises aux pieds d’un lit – celui qui est le plus éloigné de la porte, simple question d’habitude. Je me déleste de ma veste quand l’autre fouille dans sa valise pour en extraire des papiers. Elle les pose à l’extérieur. C’est des plans. OK. Mais est-ce que tu es sûre que je dois y foutre le nez ? que je me retiens de lui demander en sortant, une clope pincée entre mes lèvres. Je les étale devant moi. Pose lourdement mon cul sur une chaise métallique qui accuse difficilement mon poids. Il ne me faut qu’une dizaine de minutes pour apprendre les schémas par cœur – du moins pour que mon cerveau les scanne. Un peu plus pour prendre en considération les informations données avec parcimonie au sujet de la statuette que nous sommes censés ramener. C’est magique. Littéralement magique. Quand bien même la notion n’est pas notifiée sur les lignes explicatives de ce que je lis, l'ésotérique reste un domaine que je maîtrise assez – au même titre que l’art – pour savoir parfaitement ce que Doe cherche à faire en nous envoyant ici. Il peut être un collectionneur ambitieux, mais cracher 15000$ pour décorer une étagère ça me paraît suspect, soudainement. Je fronce mes sourcils dans les relents de nicotine de ma troisième cigarette. Entend à peine Annie revenir vers moi. Je ne relève même pas le surnom qu’elle me donne – me dit que je l’ai bien cherché en refusant de lui donner le bon. – Est-ce que tu sais ce que c’est ? demandé-je sans répondre à sa question. Je lui tends juste l’une des feuilles – celle où la photo de la statue traîne. – Ca vient du Louvre ça, continué-je en secouant ce que je tiens, c’est la Statue de Pazuzu. C’est pas comme le Port Salut, c’est pas marqué dessus, mais fais toi juste à l’idée que j’ai un cerveau.Ce truc est inestimable, soufflé-je plus pour moi que pour elle en me détournant pour me pencher au-dessus de la paperasse. Inestimable et potentiellement dangereux. La magie est coulée directement dans le bronze de cette statue. - Le roi des mauvais esprits des vents qui sort violemment des montagnes en faisant rage, c'est moi, récité-je lorsque la seule chose qui semble l’intéresser c’est le plan pour y accéder. Elle s’en sert, d’ailleurs, pour me montrer où la statue doit se trouver – puisque je semble être de mauvaise volonté pour l’aider. Je soupire. Hausse une épaule. Je te crois sur parole. T’as l’air de connaître le territoire mieux que personne… Et les uses et coutumes aussi. Elle veut une mission frontale. J’en déduis, de fait, qu’elle ne va pas simplement vouloir voler le bordel, mais qu’elle va vouloir le marchander. Est-ce que tu comprends que ce truc n’a pas de valeur concrète ? Tu m’étonnes que ce ne sont pas des gens biens qui l’ont entre leur paluche.

Elle m’abandonne à mes études. Appelle la réception pour se commander à becter. A la décence de me demander si j’ai faim. – Ouais. Grave bordel.Si tu pouvais m’prendre comme toi, que je me contente de réclamer sans vraiment savoir ce qu’elle a pris. Pas des graines par pitié, pas des graines. Par chance la demoiselle est plutôt carnivore ; et si elle prend la décision de manger à l’intérieur, je prends, quant à moi, la décision de manger à l’extérieur. Manière que personne n’empiète sur la tranquillité de l’autre. Pas plus tôt sa dernière bouchée avalée, elle s’endort – elle a d’ailleurs bien confiance en moi pour s’endormir sans avoir pris la peine de me piquer les armes. Lui tirer une balle dans la tête me vaudrait au minimum les arrhes de mes 15000 balles… Ce qui sèmerait le doute chez les plus prudents – parce que cette mission est suicidaire, je le sais maintenant. Pourtant, je suis probablement trop con, je préfère à des plans de meurtre efficace, une bonne douche et quelques heures de sommeil – c’est que ça va faire 24h que je n’ai pas fermé l’œil. Bon élève je prends de la lecture pour m’endormir. Finis par me laisser aller dans les bras de Morphée après 5 minutes à peine. Le réveil est légèrement plus énergique. Annie n’est pas la plus gracieuse des dames – se fout que je sois claqué par mon voyage. Elle fait ses trucs dans l’indifférence. Semble ouvrir la bouche lorsque je me redresse – juste pour respirer, peut-être. – On me parle pas avant mon café, que vocifère à travers une mâchoire serrée. C’est à mon tour d’appeler la réception, pour répéter le mot café dans des langues approximatives une dizaine de fois – de quoi réjouir les plus moqueurs. Café. Clope. Bref silence. Mise en place du plan. Evasif, le plan. Je le comprends à peine, en toute franchise – m’interroge sur la simplicité du bordel organisé qu’Annie semble exprimer. Je serais plutôt d’avis de n’aller voir personne – de la voler cette connasse de statuette et de la rendre à la France. Pas parce que le pays est légitime de la posséder, après tout elle est asyrienne, mais parce que ça put la merde cette histoire. – OK, que je réponds pourtant. T’acquiesce Django, t’es quand même qu’un sacré connard de le faire… Mais je ne suis pas l’agent principal et Annie a l’air de beaucoup se foutre de ce que la statue de bronze représente. En vrai, pour beaucoup, elle ne doit être qu’un beau paquet de pognon. Je ne sais pas combien Doe te donne pour faire ce que nous sommes en train de faire, mais j’espère qu’après ça tu pourras prendre une belle retraite…

Taxi. Le paysage qui défile. Mon regard qui dérive sur l’horizon. Les montagnes qui semblent proches, mais qui ne le sont pas vraiment – je le sais par expérience. On descend. Nos godasses crissent sur le bitume. On marche. On s’arrête. On entre. Ca commence.


Enfin, ça commence, ça reste un bien grand mot. Pour moi rien ne se passe. Que des corps qui bougent et qui parlent dans une langue improbable qui donne à l’ensemble des allures de rêves. Je capte l’essence de l’échange – saisi que certains protagonistes se connaissent et qu’Annie n’a pas été choisi comme agent principal par hasard. Outre le fait qu’elle doit probablement être brésilienne, elle connait ce grand type au visage bouffie – et lui il sait où la statuette se trouve, dans l’hypothèse où il ne la possède pas déjà. Ils s’enlacent – du moins il l’enlace plus qu’elle ne l’enlace. Le mec me toise dans une baston de regard qui n’a franchement pas lieu d’être et qui ne m’arrache rien d’autre qu’un rictus méprisant. Rio continue de ne pas m’apprécier. Ca se pelote les mains, ça n’aime pas ça, ça bouge, ça s’assois. La scène vit quand j’en suis le parfait intrus. Mes prunelles vertes se posent partout sauf là où il faudrait – j’imagine – dans la dissection mécanique de tout ce qui peut être bon à prendre. Des objets et des visages plus que des paroles. Jusqu’à ce qu’Annie balance qu’on se casse. OK. Je me détourne de trois quarts, obéissant. Suis arrêté dans l’élan par l’autre qui la retient de quelques syllabes, et de son cul qui s’extirpe du siège. Blablablajecomprendstoujoursquedalle. Je roule des yeux. Manque une expiration lorsque je sens la main d’Annie envelopper la mienne. Tente de garder une certaine contenance dans l’égarement de l’instant. Qu’est ce que tu fous bordel de merde ? T’aurais pu me balancer un code couleur pour chaque geste chelou intenté, ça aurait été vachement plus pratique pour me faire une idée. Referme à mon tour mes phalanges sur les siennes. Si tu pouvais arrêter de me comprimer la paluche maintenant, ça serait sympa, je tiens à ma circulation sanguine mine de rien. L’effet de style semble cependant efficace – efficace pour quoi et dans quel véritable but commercial je ne sais pas – mais nous sommes dehors moins de 10 minutes après. Main dans la main, yeux dans les yeux.Pose pas de questions.Tu es chaude, que je minaude par provocation en lui palpant la menotte. Tu conçois que ça va être compliqué ? Va bien valoir que tu daignes me dire ce qu’il s’est passé là-dedans. Et si tu veux pas m’exprimer ton coup de foudre passager, il va au moins falloir qu’on cause de la statuette.

Je lui laisse quand même un moment de répit. Parce que je suis cool. Même que je ne décoche pas un seul mot jusqu’à l’hôtel. Et là, j’hésite encore. Me crame une blonde, les yeux vers l’horizon. Me demande si c’est véritablement important quand la seule chose pour laquelle je suis payé – au-delà du rouge tire tue – c’est écouter Annie et rester en retrait. Complexe, l’affaire.On va l’avoir ? que je lâche, finalement, en me tournant pour lui saisir les mirettes. – La statue, on va l’avoir ? Il ne faudrait pas qu’on l’ait si tu veux mon avis. Mais on s’en fout de mon avis.Et on est ensemble ?, que je me décide à interroger après un instant de flottement. Je relève doucement ma paluche – celle qu’elle m’a tenu. – Pas littéralement, j’entends. Je ne suis pas complètement niais. Mais pour tes copains, on l’est, n’est ce pas ? Va savoir pourquoi je sens que ce n’est pas tout à fait une bonne chose pour moi. J’ai envie de te dire que tu aurais pu me demander mon avis ; mais j’imagine que tu n’as pas eu le temps de le faire.Et ça serait possible d’avoir des traductions des échanges en temps réel ? Parce que je ne sais pas si tu as remarqué mais je ne parle pas un foutu mot de portugais. Voilà pourquoi c’est chiant de travailler en duo dans un pays dont on ne maîtrise pas la langue.  

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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  Hier à 15:03



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-5


Ne pose pas de questions dont les réponses pourraient te déplaire. Ne demande pas comment je le connais, pourquoi j’en suis là ; on s’en fout, je crois. Les prunelles assassinent se plantent dans les siennes et malgré la furieuse envie de lui arracher la paume de mes griffes dans une manœuvre malencontreuse, je me contente de larguer un bref –Tu n’as pas idée, dans un sourire qui ne forme qu’une jolie grimace. Je la garde encore un peu, sa paluche. La délaisse lorsque le taxi se pointe. Et le silence est aussi salvateur que destructeur. Je suis presque à deux doigts de te demander de parler. De parler beaucoup, juste pour empêcher la cabèche de turbiner.
Le front se colle contre la vitre, de cette vitre qui voit défiler un paysage pauvre. On était rien que des minots, tu sais. Rien des gosses avec des rêves de grands. L’après, l’après ici, l’après misère, l’après quand on aura l’âge de le faire. On jouait avec des bouts de rien, on se battait pour tout, les yeux enfantins assistaient chaque jour à l’horreur. De l’horreur qui ne choque plus. Les bruits de balles perdues, les cris et les règlements de comptes à coup de couteau, de fusil ; à deux ou à dix. Est-ce que tu sens ? La friture, l’huile de voiture, la pourriture ; le soufre sous le bitume, la moisissure qui dévore les murs ? Les odeurs fauves, celles qui emplissent le nase et qui font couiner l’animal ? Claquement de porte, celle de cette foutue chambre. Les mains tremblent et l’animal se tord et se tord et se tord, gémit à en perdre le contrôle. La psyché malade, j’ai la nausée. Les souvenirs qui ne sont que tenailles, perforent le bide et nouent les entrailles.
La chute, lente, interminable.
Et il sauve sans savoir, sans vouloir. De cette voix rauque qui s’extirpe de ses lippes. Le minois se dresse, et pour la première fois, le museau le flaire. Détails olfactifs qui s’impriment à l’encéphale. Tu sens les sous-bois, mon chez-moi ; la nicotine et la caféine. Une alchimie qui flatte les sens et apaise quand tout n’est que chaos à l’intime. Alors j’écoute, avec une attention démesurée, les questions légitimes qui prennent forme sous son front quand j’ai préféré les éluder lorsqu’il a voulu les poser. Distance écrasée, clope pincée entre les badigoinces, les mirettes se plongent vers l’ailleurs. De cet ailleurs qui s’enferme, se barricade, s’endort. –J’en sais rien. On va l’apercevoir demain, je voulais qu’elle soit rapatriée, qu’elle sorte de sa planque, mais je sais foutrement pas comment leur extorquer sans tous les buter. Et ils ne sont pas tous mauvais, ne méritent pas tous une mort sale. Ils n’ont pas demandé à naître ici, c’était rien que des gosses du quartier qui ont pas pu se barrer, qui ont plongé dedans parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Je récupère ses mirettes que je darde avec cette intensité propre à l’animal. La lecture improbable des rétines avortée dans un clignement. –Il voulait que je revienne seule, j’ai dit que ce n’était pas possible donc ouais, on est ensemble, mais j’suis pas trop emmerdante, tu devrais survivre. J’ai pas l’intention de te palper, te galocher devant toute une assemblée. –Je sais pas la valeur qu’à ce truc, ce que je sais, c’est que le boss la veut. Je demande jamais les pourquoi et les comment, ça m’intéresse pas vraiment. Chacun sa place, chacun son job. Je suis pas payée pour réfléchir, seulement exécuter. –C’était quoi ta langue, tout à l’heure, t’sais, quand t’as raconté le truc que t’as lu. La réponse n’obtiendra qu’un furtif ok. Parce que c’est ok, c’est juste ok.
Et je tais le reste, la relation crade que Tony et moi entretenions, la mère et ses cuisses bâtardes qui tapine toujours le soir. Je tais les fragments d’un passé que je voudrais oublier, juste un peu, juste une heure ou deux. Oublier la honte ancrée à la carne, effacer les creux et les vides et les défaillances. –Je traduirai que j’annonce, d’une voix tendre. La barrière de la langue, confrontation au réel qui m’a trop souvent enfermé dans mes propres pensées puisqu’il n’y avait jamais personne à qui parler. Je me détache de la rambarde comme pour clore l’interlude bavard.
Et la flotte qui retire les odeurs de crasse, qui purifie. La flotte qui martèle le crâne dans une symphonie délirante. Les failles sont autant de plaies béantes qui suintent. Le derme est frotté, frotté pour retirer sa flagrance à lui, Tony.
Serviette écrasée au museau qui s’en imprègne pour calmer les peurs, pour calmer l’Autre qui feule à l’intérieur. La paume s’arrête sur la poignée, inspiration et retour des sensations. Ça m’oppresse, cette piaule m’oppresse. Je fouille dans le mini bar, sort les petits flacons et jure de ne pas y trouver un bon litre de whisky. Je ne prends même plus la peine de passer la porte vitrée, allume clope sur clope et liquide deux ou trois petites fioles. Les regards, parfois, se croisent, s’étreignent dans un silence mortifère. J’aimerais savoir à quoi tu penses, juste pour ne plus penser moi-même. –Parle-moi du temps qu’il fera demain, du monde qui part en couilles, de politique ; fais des blagues, imite qui tu voudras, raconte-moi n’importe quoi. -De ce que tu veux. Comble les vides, juste un peu, juste comme ça, sans demander pourquoi. Apparence fragile derrière les griffes et les crocs, derrière l’Autre qui veille, mais qui se musèle. Fragilité de l’existence qui se fracasse aux réminiscences.

Et le sommeil emporte, enveloppe l’esprit de ses lambeaux décharnés après des minutes ou des heures. Dans ce monde où les chimères prennent vie, où elles peuvent toucher, blesser, tuer. Réveil en sursaut, l’organe frappe la cage thoracique de façon anarchique. Le métal de la chaise glace les cuisses, le regard s’étire sur la ville endormie. Cette ville qui dort et qui s’en fout quand tous crèvent par-delà leurs jolies tours en guise de murs. C’est si facile de ne rien voir, pas vrai ? De ne pas se pencher sur le miséreux du coin, de le juger de vos prunelles pernicieuses comme s’il avait mérité d’être là, à s’abaisser à tendre la main, à réclamer à bouffer.
Fog qui s’évapore, côtoie presque les rondeurs de la lune vu d’en bas. Recroquevillée, jambes serrées contre la poitrine, je me fais plus petite que je ne le suis déjà. Et s’endormir là, front contre les genoux, devant cette mère commune à tous, celle qui se fait ronde ou bien sourire.
Le poing s’écrase sur le bois de la porte. Ça cogne et cogne, s’impatiente. Ce n’est pas moi qui ouvre, c’est lui. Les membres s’étirent et les pieds se traînent jusqu’à la voix qui chante cette langue dont il ne saisit rien, Dingdong. Il me faut plusieurs secondes pour la reconnaître, une poignée d’autre pour reprendre ma respiration. Le cœur rate un battement ou deux ou trois. Elle cause, mais je n’entends pas, ne constate que le noir sous ses billes brunes, que ses frusques courtes. Non. La porte lui claque au nez et déjà, je peux sentir la transformation opérer. Mains planquées en verrouillant les bras sous la poitrine. Elle s’échine et continue de cogner encore et encore. Je suis pas prête. À te voir, te regarder, te pardonner, te serrer dans mes bras et te dire maman. Des droits que t’as perdu il y a trop d’années de ça. La fuite tout aussitôt dans les chiottes, le cœur s’emballe et les bras deviennent pattes. Hyperventilation. Souffle court, le contrôle en aversion. Personne ne doit savoir, personne ne doit me voir. S’ils savent, alors ils m’enfermeront derrière de jolis barreaux et ma prison sera laide, si laide.
Et Dingdong ne comprend rien, une fois de plus. Il ne saisit pas les nuances, ces nuances en dégradés de gris. –Elle va finir par partir que j’articule difficilement dans un sifflement ténu.
Lorsque je ressors, on a l’air de deux étrangers qui se rencontrent pour la première fois, qui ne savent rien l’un de l’autre, qui ne se connaissent tout simplement pas. C’est ce qu’on, ouais, des étrangers.

- On sort ? J'ai besoin de prendre l’air. On est censé être ensemble et j’ai plus de clopes. Bien entendu que j’aurais préféré sortir seule, l’abandonner à des occupations qu’il aurait bien fini par se trouver. Clopes en poche, le taxi nous jette près d’une crique oubliée des touristes. Ça a des allures de carte postale. Les petons nus s’empressent de fouler la plage brûlante à cette heure de la journée. Et je passe de longues minutes à regarder mes pieds s’enfoncer à chaque vague, se couvrir de sable. Instant volé au temps, à la merde à venir.
Je n’accompagne pas mes sensations de mots, ne lui explique pas ce que je ressens parce qu’il n’y a rien à dire d’intéressant, que tu t’en fous, je sais, d’être là avec moi. Moi aussi j’aurais préféré la solitude à la compagnie si ça peut te rassurer. On ne se déçoit que trop rarement soi-même. Je reste sagement au bord de l’eau, je ne sais pas nager, voudrais qu’elle me lave de tous mes regrets, de l’amertume qui persiste au gosier.

Le soleil vient tout juste de disparaître derrière l’une des collines qu’on est déjà là, à gravir les venelles escarpées. Le ciel rongé par les paraboles, les cordes à linge et les fils par millier, c’est comme un poids sur le haut du corps. Asphyxie.
On retrouve Tony qui semble nous entendre, bras croisés, mine fermée. Dingdong est invité le premier à entrer et la paluche de Tony se renferme autour de mon bras sans douceur. Il martyrise la chair, me force à m’arrêter. Y a son nez tout contre ma tête et son murmure sale. –Tu aurais pu le laisser chez vous, Andy. Tu aurais dû. Grondement. La paume se referme sur son poignet et ça craque et craque jusqu’à ce qu’il me demande d’arrêter. –Je savais que tout ce qui te plaisait chez moi, c’était qu’on se fasse du mal et on le faisait si bien. Je le dépasse, retrouve Dingdong debout qui prend presque la moitié du petit salon. – Ça va que je dis plus pour moi-même que pour lui. Ça va ça tourne tout autour de nous, ça sort des armes et Tony sort un portable, me montrant une putain de photo. –Tu te fous de ma gueule ? Je répète comme si ça pouvait changer la finalité -Il se fout de notre gueule ? Et il ordonne la fouille pour s’éviter la moindre entourloupe. Ça commence à sentir mauvais, je le sais. Parce que je te connais, Tony, j’étais là toutes les fois où t’as marchandé et tué quand j’étais encore avec toi. Portes et volets clos, on a l’air de deux andouilles sur le grill, prêts à se faire rôtir. L’Autre suffoque, s’agite sous la peau. –Allons, Andy, tu me crois aussi bête pour ne pas vous fouiller, je ne sais plus qui tu es ça tombe bien, moi non plus. –J’aurais dû me douter que tu es toujours un menteur, tu bluff, t’as toujours été qu’un ramassis de merde, c’est Luis que j’aurais dû interpeller. Il accroche la mâchoire de ses tiges, Tony, il serre et comprime dans l’espoir futile, probablement, de me faire taire. Dingdong bouge, un flingue se braque sur lui. Sans me relâcher, il me traîne dans la pièce à côté, fait ouvrir la petite boîte qui contient la précieuse statuette enveloppée de velours vermeil. Main qu’il appose sur la nuque qui se courbe, les mirettes rencontrent d’un peu trop près l’objet. –Reviens ici, on est ta famille, Andy va chier –travaille pour moi jamais. –ROUGE ! Tout va beaucoup trop vite dans la pièce adjacente, les yeux de Tony s’écarquillent.
Douleur insane, les os craquent et le derme se déchire, ne laisse que des lambeaux de chair qui tombent par terre. Et il regarde, horrifié, il regarde au lieu de courir, de partir, de s’enfuir. La transformation s’achève dans une souffrance qui ne porte pas de nom. Babines que l’animal pourlèche. Il n’y a que toi et moi, comme avant. Comme avant lorsque les coups pleuvaient entre les côtes et sur le minois abîmé. Gueule béante qui se ferme sur le mollet, l’empêche de s’en aller. La patte folle s’appuie sur le ventre qu’elle transperce de ses griffes. Il crie, je rugis, il cogne, je mords. Les crocs se referment autour de sa petite gueule qui éclate comme une pastèque trop mûre. Sur la langue, l’hémoglobine attise l’instinct. J’ai faim. Et bientôt, il n’y a plus de cris, juste des gargarismes et le ronron d’une bête qui déchiquette, qui se rassasie. Panse bientôt pleine, la fuite et l’abandon quand ça bouge de l’autre côté. La panthère se tapit dans un recoin sombre, ne laisse derrière elle qu’une gerbe de sang. Dingdong livré à lui-même sans savoir où je suis, ce qu’ils m’ont fait. Et qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? T’accaparer la statuette et disparaître ? Confiance en l’homme éventré depuis trop d’années.

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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  Hier à 20:03

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• Voilà qu’elle se montre bavarde, Annie, à ma grande surprise. En vrai, je m’attendais plutôt à ce qu’elle m’envoie chier, Annie. Je pensais qu’elle était ce genre-là, Annie. Le genre à me dire de fermer ma gueule parce que je ne suis pas légitime à l’ouvrir – après tout je ne suis pas là pour poser des questions, je suis là pour m’assurer qu’elle rentre à Ross Creek en un seul morceau avec la statuette, Annie. Alors si Annie a envie qu’on soit en couple, on l’est. Si elle n’a pas envie de me tenir informé, elle peut. J’ai le rôle du subalterne dans cette histoire, et je l’assume. Ouais. J’ai pas de problème d’écho avec ça. Admets volontiers que c’est moins d’emmerdes pour le coup et que je n’assurerais pas dans le rôle principal. Toujours cette histoire de langue, tu vois. Arrogant, mais pas complètement stupide, j’acquiesce face aux explications somme toute parfaitement crédibles qu’elle me donne. Crois Annie sur parole lorsqu’elle me dit qu’elle n’est pas trop emmerdante et qu’elle n’est pas du genre à réfléchir sur le travail qu’elle effectue. C’est une exécutrice, Annie. Elle s’en fout d’aller chercher à l’autre bout du monde Mein Kampf pour l'arrière petit fils d’Hitler – l’important c’est le fric qu’elle peut se faire en le ramenant en un seul morceau. C’est presque beau. C’est presque bizarre. Durant un instant – infime – je me demande si je l’admire, à cette fille, ou si je n’ai pas envie de la secouer pour qu’elle reconnecte ses neurones. Pas que je sois un enfant de chœur qu’elle devrait écouter sur parole mais j’ai toujours fait les choses pour moi, pour mes valeurs quand bien même elles ne seraient pas universellement morales, avant de le faire pour les autres. Ici je suis vraiment partagé entre m’en foutre, au détriment de ce que cette statue peut apporter à Doe, ou m’en mêler pour que jamais il n’ait entre les mains quelque chose qui pourrait tuer la moitié de la population américaine. Je n’aime pas les ricains. Mais au milieu de ces connards, il y a quand même mes frères. J’ouvre la bouche quand une phrase protestataire veut la traverser. La remballe dans un reflux étrange et presque irréel. Cette scène est bizarre, comme toutes les autres que nous partageons depuis que nous nous sommes rencontré, il me semble.Du français. OK. OK parce qu’il n’y a rien à dire d’autre. OK parce qu’elle s’en fout sûrement et que ça lui permet juste de s’échapper de cette conversation gênante pour aller prendre une douche. Et moi je reste là encore un peu, sans bouger. Figé. Bloqué. Le regard rivé sur la porte de la salle de bain minuscule – notons que je rentre à peine dans cette connasse de douche, autant en largeur qu’en hauteur. Je me dis Tout ça est bizarre, je me conforte, Tu es vraiment bizarre Annie. avant de me décider à renverser ma valise sur mon lit. Récupère au milieu de mes fringues en boule un bouquin légèrement corné. Vais prendre possession du petit balcon. D’une chaise. D’une clope. Pour lire. J’ai le temps pour ça. Et ça, ça m’empêche de penser tu vois ? De penser à des trucs crades, genre des sentiments ou des impressions… Ou même à mettre des mots sur des silences. Les silences qui nous traversent parfois et qui ne veulent pas forcément dire qu’on se tait… Annie revient. Vient avec moi. S’assoie. Elle veut que je lui parle. Quoi ? La demande sort de nulle part. Je la reçois un peu comme un appel à l’aide. Je relève le museau des lignes de mon livre. Vois sur le visage de la brésilienne quelque chose que je n’y avais jamais vu – un semblant de vie dans le fond de ses gallots. Une fragilité qui me fait un truc, dans le bide. Un truc de fille. Un truc que je déteste. Je te déteste. Je grogne. Je râle. J’ai envie de lui dire d’aller se faire foutre. Referme le bouquin pour lui montrer la première de couverture. Pleure, Géronimo, de Forrest Carter. Je capte qu’elle tique, Annie. Elle y louche sur ma couverture mais je ne suis pas certain qu’elle la comprenne. Elle ne lit peut-être que le brésilien, ça expliquerait deux trois trucs.Pleure, Géronimo, finis-je par la soulager en balançant ma chaise sur ses pieds arrière pour reprendre ma lecture. A haute voix, cette fois. – Il apparaît nettement que cette race est destinée à une extinction rapide et définitive… Tout ce qu’on peut attendre d’un gouvernement éclairé et chrétien comme le nôtre, c’est qu’il gradue et adoucisse leur passage hors du stade de l’existence humaine. […] Et je lis. Encore et encore. Gorge l’ambiance d’une histoire qui n’est pas la nôtre ou presque – adoucie la relation d’un instant qui se conte. Nous ne sommes jamais gêné ni mal à l’aise lorsqu’on nous lit un livre. C’est comme regarder un film sans les images. Ma voix se veut chaude et sans accroc. Annie ne peste pas une seule fois. Ne trouve rien à redire. Elle s’endort même, au bout d’un moment. De longues minutes et peut-être même d’heures. Me fait doucement repartir dans une lecture murmurée ; puis dans une lecture tut. Elle s’est recroquevillée sur sa chaise. Me sert de présence, et je ne sais pas trop pourquoi je trouve ça agréable. Nous ne sommes que deux cons fatigués sur une terrasse.

TOC TOC TOC.

Je me redresse. N’ai pas envie d’aller ouvrir, mais puisque ça insiste, je me décide, à contre cœur. Un flingue est ramassé au passage – coincé à la ceinture, dans le creux de mes reins. Le chambranle s’entrouvre sur une femme – pas vieille, mais pas fraiche – qui se met à pialer plus qu’à causer. Je ne comprends toujours pas ce qu’elle me baragouine. Jette un regard par-dessus mon épaule quand Annie paraît plus paniquée qu’en état de me faire la traduction qu’elle m’avait pourtant promis. J’arrive à placer un – Attend, en empêchant la femme de rentrer. Annie lui ferme le montant en bois au nez - je cherche pas à déchiffrer l’automatisme – avant de disparaître dans la salle de bains. Bordel, mais y a une ambiance… Au bout de quelques secondes elle me dit que celle qui frappe va finir par partir. Optimiste. Je garde mes questions pour moi, me dit que c’est pas le moment. Que ça ne sera probablement jamais le moment. Et puis je suis d’humeur à m’en foutre.

Quand Annie ressort de sa cachette, les traits défaits, elle exige qu’on aille en ville. Je préfèrerais rester là, à rien faire, mais ne proteste pas. Je la suis pour les mêmes raisons que celles qui font que je suis ici, à Rio. Je fais mon job. Le schéma est le même que les autres fois, où nous nous sommes montrés tous les deux. Sauf peut être que, cette fois, nous sommes physiquement plus proche. Pas de là à se tenir la main et à se rouler des pelles, mais j’essaie de ne pas marcher 15 mètres derrière elle. Elle me traîne dans des rues plus populaires pour acheter ses clopes. Puis sur une baie déserte où nous pouvons profiter de la mer. De la vue. De l’horizon. De l’air iodé. C’est un peu comme si nous allions mourir ce soir. Et pour le coup, je la laisse marcher seule sur la plage. Reste en retrait, loin mais l’œil attentif à ce qu’elle fait. Tu me donnes l’impression d’une condamnée à mort. Tu me donnes l’impression que nous allons à l’abattoir.

Puis on part. On marche. La rengaine se répète jusqu’à ce qu’on retrouve les copains d’Annie. Sans surprise. Ils nous attendent dans l’évidence qu’on va venir récupérer l’inestimable statuette qu’ils détiennent. Contre quoi ? que j’ai finalement envie de demander lorsqu’on me laisse entrer avant mon binôme. Contre quoi ils vont nous la céder ? C’est ça que j’aurais dû demander avant de venir jusqu’ici. Je ralentis, lorsque je ne vois pas Annie sur mes talons. Relève le menton dans un mouvement de recul. Un homme me pince l’avant-bras pour que j’avance. Je me dégage vivement de son étreinte furtive. Annie rentre à cet instant, dans une tension pleine de testostérone. Ca put. J’ai pas de don prémonitoire mais tu peux me croire, ça put. L’espace clos n’inspire pas la confiance. Tout est sombre, alimenté par une lumière artificielle jaunâtre et avare. Les fenêtres sont fermées au même titre que les stores. L’extérieur ne nous voit pas plus que ce qu’on voit l’extérieur. Et c’est étroit. Particulièrement étroit. La plupart de mes mouvements sont amputés par le manque de m² et la population qui empiète dans mon espace vital. Alors, ce n’est même pas une surprise qu’on se foute de notre gueule : C’est une évidence. Je me demande même si le lieu n’a pas été choisi en fonction de ma taille plus que pour le point géographique stratégique.

Ca bouge, autour de moi. Je me retiens d’en coller une au connard qui tend sa paluche pleine de doigt vers la ceinture de mon futal. Mes muscles se tendent. Je fais volteface, avec une souplesse que ma carrure ne laisserait pas présager. – Personne ne me touche, que je crache en cherchant les mirettes de mon acolyte en prise avec le chef des opérations. Faut qu’on sorte de là. Il la touche. Lui pince la gueule pour la forcer à regarder dans une direction random. J’esquisse un mouvement. Veux aller la dégager de l’emprise. Vois briller dans l’un de mes angles de vus le canon d’un flingue. Un gros calibre. A cette distance, si ce mec tire, j’aurais littéralement plus de face. Je me stoppe. Annie se fait trainer ailleurs. Dégage du salon trop étroit par obligation. Je fais un pas. Un type beugle un ordre. Le langage n’est toujours pas universel mais je mettrais ma main à couper qu’il vient de me demander de ne pas bouger. Je le devine parce que tous les types se mettent soudainement à sortir des flingues de leur holster. M’est avis, même, qu’ils souhaiteraient tous que je mette mes mains bien en évidence au-dessus de ma caboche, au cas où je serais armé, puisqu’ils ne m’ont toujours pas fouillé. Mais je m’en fous de vous, bande de connards. Mon contrat est dans la pièce à côté. L’encéphale n’a pourtant pas le temps de mettre un plan en place. Le code couleur est prononcé, dans la stupeur collective de l’annonce macabre – quand même bien ils ne comprennent pas la forme de la demande, le fond semble être clair. Mon pouvoir explose comme une bombe humide. Une tempête tropicale. Les bras se tordent quand les yeux s’écarquillent. Je les force tous à se viser les uns les autres, lorsqu’ils luttent pourtant contre l’eau qui parcourt leur corps. La douleur est intense chaque fois qu’ils tentent de me dire merde. Qu’ils tentent d’aller contre la chimie – l’alchimie – de mon pouvoir et de ma force. Le sang irrigue mal. Leur cœur manque quelques battements. Pas assez pour qu’ils détournent leur regard lorsque leur index appuie simultanément sur la détente. Ils se voient tous mourir – chacun dans la prunelle paniquée de leur ami et collègue. Les détonations raisonnent dans un vacarme assourdissant. Les têtes explosent dans une union parfaite – une marée humaine. Les murs sont tapissés à la Kurt Cobain – c’est glaireux et ça sent le fer. C’est une des parties du corps les plus trash à voir exploser, les cerveaux.

Je ne m’attarde pas vraiment. M’assure assez bêtement que personne ne respire – bien que l’exploit soit clairement improbable, parce que même s’il y en avait des pas humains, dans le lot, aucun n’aurait pu ressortir vivant de cette fusillade croisée. J’enjambe les corps inertes pour aller récupérer Annie. Débarque rapidement dans la pièce où le chef des opérations l’a amené, quelques minutes plus tôt. Glisse, à peine le premier pied posé sur le parquet ciré. Attend… Le parquet n’est pas ciré. Bug. Je m’arrête. Contemple la scène comme on contemplerait une œuvre d’art particulièrement macabre. Mon cerveau met un certain temps à accepter l’horreur qui se dessine – pire que mes tronches explosées dans le salon, le cannibalisme d’une bête semi humaine. Pas besoin de voir pour comprendre. Annie n’est pas là. Et il n’y avait qu’Annie, là, pour faire ça. Le visage de la victime ne ressemble plus à rien – comme son buste et le reste. Y a des manques. Des manques de chair et une vague odeur de merde. Parce que c’est pas beau la mort, en vrai. C’est pas comme dans les films. Ca sent pas le popcorn que tu te fais chauffer juste avant de te mater un thriller. Ca schlingue, la mort. Et ça schlingue fort. Jusqu’à me soulever l’estomac – et pourtant, je ne suis pas une âme très sensible, de base, mais ça fait beaucoup de morceau de gens dans la même dizaine de minutes. Je réprime un reflux gastrique – de la bile, si tu préfères. Repère la statuette sur le bureau du cadavre. Me décide à faire un pas supplémentaire. La prendre. Trouver Annie. Se barrer sans se poser de questions sur ce qu’il s’est passé ici. Ca sera le mieux. Faut juste que je m’assure qu’elle est vivante – que c’est bien elle qui n’est pas plus humaine que ce que je le suis et qu’elle ne s’est pas faite bouffé plus proprement que celui-là. Je me penche au-dessus du coffret. Hésite à le refermer. A le prendre. Annie a dit qu’elle ne réfléchissait pas, Django. Sa mission c’est de récupérer cette chose alors récupère cette chose. Je pourrais toujours dire que quelqu’un l’a prise avant que je n’arrives. Peut être que je réfléchis trop aussi.

Un bruit. Je sursaute. Me redresse de toute ma hauteur, une paluche sur la crosse de mon flingue, toujours coincé dans mes reins. Re bug. Annie sort de l’ombre. D’un angle de la pièce. De nulle part. Putain. Je frissonne lorsque je coule sur elle une œillade indescriptible. Annie est nue. Annie est une bête. Le seul doute qui subsiste est la forme qu’elle peut prendre… Annie n’avait pas besoin d’un garde du corps. Annie me fumerait comme personne au bras de fer. Je soupire. Lâche mon Colt pour dégager ma veste de sur mes épaules. – Je sais que tu t’en fous, mais on ne devrait pas la prendre cette statuette, dis-je d’un timbre si régulier qu’il pourrait donner l’impression que tout est parfaitement normal, ici. Je m’approche d’elle, pour lui tendre ce que je tiens. Manière qu’elle se couvre, et qu’on puisse sortir de là sans qu’on se fasse arrêter pour atteinte à la pudeur. Je fronce les sourcils. Passe le revers de ma main sur son menton – d’une douceur inhabituelle me concernant. Ca va ? que j’ai envie de lui demander mais que je me garde au fond de la gorge en tournant les talons pour arracher de sur la table la boite qui renferme notre pactole. Sans grand cérémonial j’agrippe le poignet d’Annie, la tire à l’extérieur. Emprunte les mêmes venelles qu’elle – un trajet parfait sans jamais me planter jusqu’à l’hôtel. Je me souviens, tu sais. Je me souviens que tu m’as causé de trafic à un moment. Petit. Gros. Un bordel parallèle. Et on a une statue inestimable. Et on vient de buter pas mal de types. Et notre avion n’est pas maintenant – je ne sais même pas si on a le même pour rentrer de Rio. Ce que je sais, par contre, c’est que ça ne doit pas être un mystère où on crèche. On est venu frapper à notre porte, j’imagine que le premier clampin peut donc venir nous tirer une balle en pleine gueule durant notre sommeil parce qu’on a pas l’air dur à trouver.Va te doucher, que j’ordonne, sans agressivité mais dans la pression évidente qu’il faut se dépêcher de décoller de là. Je remballe mes affaires. Fais pareil avec les siennes. Plis nos valises et ne perd pas une seconde, une fois qu’elle revient de sa douche, pour fuir de l’hôtel où nous sommes censés être. On fait des tours de ville. Je nous oblige même à sortir des petites venelles qui sentent le soufre. Me noie dans les avenues touristiques jusqu’à un autre hôtel à l’architecture simpliste – l’un des seuls qui ne soient pas décoré dans un style très typique et tape à l’œil. Au guichet, l’échange est muet. Je pose des billets sur le comptoir et quand l’hôte tire sur son registre blindé du nom de ses clients, je pose encore plus de billets sur le comptoir. Il comprend rapidement qu’il me faut des clés et qu’il n’aura pas de blase… Et il n’est pas réfractaire puisqu’il me donne ce que j’attends sans même se plaindre du manque de communication verbale.

On est relégué au quatrième étage sans ascenseur. Notre chambre n’est pas aussi spacieuse que la précédente et, malheureusement, les deux lits simples ont été troqué contre un grand lit double. Tant pis. Je balance mes valises. M’échoue sur une petite causeuse juste en face du plumard. Cale l’un de mes pieds sur le sommier en basculant ma nuque en arrière. – Repose toi, que je finis par murmurer. Il est peu probable que j’arrive à dormir moi, de toute façon.


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Métamorphe

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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  Aujourd'hui à 11:19



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-7


Fébrile, la respiration en berne, j’attends. J’attends la fuite que je lui imagine prendre, trop content de se débarrasser d’une charge - toute féminine puisse-t-elle être. Je lui prête des intentions mauvaises pour ne rien espérer, pour ne pas me sentir vexée. Moi, c’est ce que j’aurais probablement fait. Récupérer le magot et me barrer, tu sais. Je lui donne des allures de connard, parce que c’est toujours plus facile comme ça. Pourtant, il reste là, museau penché au-dessus de la statuette comme s’il hésitait peut-être. Pourquoi tu ne la prends pas ? Le sombre du pelage disparaît et les os se soudent. Un pas puis deux. L’éclairage jaunâtre me dévoile, de cette absurde nudité dont je me fous. Et le rouge à mes lèvres, balayé d’un revers de main et l’air de ces minots que l’on vient de prendre en faute, étampé à la gueule. Les mots coincés à la trachée pour expliquer, pour larguer des mensonges qui ne tromperont personne. C’est trop tard, il sait.
Les prunelles prennent la fuite, se posent sur la gerbe écarlate qui côtoie les petons. Parce que derrière l’assurance fauve, il y a les doutes et les peurs et les trous en dedans. Je lui imagine le même regard d’horreur et de dégoût, celui-là même que je pose sur moi à chaque fois que les mirettes se posent sur sur mon propre reflet. Parce qu’il y a l’incompréhension malgré la fusion, qu’il y a les pourquoi et les comment qui ne trouvent jamais de réponses. L’engeance bâtarde, résultat d’une baise qui a merdé, d’un foutre contaminé. Poigne dans son dos et l’arme que je lui imagine tâter du bout des doigts avec l’envie de trouer le front de l’infamie. Je devrais te bouffer que je pense. Aspect purement pratique. Si tu n’es plus là, tu ne pourras pas juger, ni buter. Si tu n’es plus là, tu ne pourras pas raconter le terrible secret. Le secret en fardeau depuis trop d’années. Celui jamais partagé par peur, par lâcheté. Le timbre de sa voix résonne dans le silence assourdissant. Battements de cils et trogne qui le mire. Les yeux s’écarquillent. Tu ne me tues pas ? Tu ne me poses pas de questions, celles que je déteste et auxquelles tu n’auras probablement, jamais de réponses. ? Je fronce les sourcils, analyse la main qui se tend et comprends, à retardement, que la veste est seulement là pour me couvrir. Je m’exécute à la manière d’une poupée sans vie, enfile le tissu froid sur le derme qui se hérisse. La caresse qu’il délivre me fait tanguer sur mes guiboles. Conversation muette avec son lot de devinettes. Parole amputée, les questions crèvent sur le bout de la langue. Pourquoi ? Il tire sur le poignet, Dingdong, il extrait nos carcasses de ce tableau macabre. Là où les corps ne sont plus que charpies, les chairs réduites en bouillie. Et le carnage, son carnage, m’apparaît presque comme une délivrance. Toi aussi ? que je voudrais lui demander, sans toutefois oser le prononcer, le formuler. Je me berce de ce mutisme, emprunte avec automatisme ,les routes et les chemins sur lesquels il m'attire. Ralentis. Dans le bide, ça se tortille. Tu veux leur dire ? À qui ? Au bonhomme accoudé au comptoir, à la vieille dame dans le couloir, aux flics aussi ? La paranoïa enfle sous les côtes. Pourtant, rien de tout ça. La porte de la chambre se referme sur mon air hébété. Puis l’ordre, l’ordre enveloppé d’un peu de miel pour ne pas brusquer plus que de mesure ou que je lui rétorque d’aller se faire foutre. J’exécute sans broncher, regarde le siphon gober l’eau crade et colorée. Dix minutes. C’est le temps qu’il me faudra pour sortir de là, me heurter à mon sac déjà refermé que j’ouvre à nouveau pour récupérer des fringues - un débardeur et un short en coton - on dirait que je suis en pyjama. Je les passe devant lui, oubliant les cicatrices profondes qui parsèment le derme et la plus crade, boursouflée qui me mange flanc et dos. Oubliant que ça ne se fait pas, mais je m’en fous.

Une poignée de minutes après, on se mélange à la population qui se réveille pour faire la fête jusqu’au petit jour. Je le suis, ne délaisse pas sa paluche de peur de le perdre dans la foule qui se presse aux abords des bars les plus prisés. Notre escapade se résume à marcher, esquiver, se faufiler. Un autre hôtel, un autre comptoir, une autre tête. La chambre, elle - bien plus petite - se pare d’une décoration un peu plus banale, dans des tons de blanc et de noir. De quoi reposer les rétines. La vue est ridicule, pas de balcon, juste une fenêtre donnant sur la rue et ses passants qui crient et gesticulent. Il s’installe et j’imagine qu’il me laisse le lit j’ai pas la gale et j’ai pas encore les mains baladeuses, t’aurais très bien pu dormir là, j’aurais veillé à ne pas te toucher, si cela t’incommodait. J’ouvre la fenêtre après avoir récupéré mon paquet. Je m’en grille une alors qu’il invite au repos. Je me retourne à moitié, lui jette un regard pour lui offrir un hochement de tête. La nicotine entre dans les poumons et apaise à sa façon. Mégot écrasé et délaissé dans le pot de fleurs, je lui fais face, la mine contrariée. –Pourquoi ? La question enfin lâchée, mais dont il ne semble rien comprendre. J’avais oublié, que tu n’étais pas dans ma tête. –Pourquoi on ne devrait pas la prendre, la statue ? Maintenant qu’on a tué des gens, qu’on a sali nos mains ; maintenant qu’ils vont probablement nous rechercher dès qu’ils se seront aperçu que quelques têtes viennent à manquer. Je ne me pose jamais de questions, d’habitude. J’exécute, je rapporte, j’empoche. C’est aussi simple que de se lever pour allumer la lumière. Je ne sais jamais ce qu’il en fait, de ces babioles. Je crois que j’ai décrété que ça ne me regardait pas. C’est comme un échange de bon procédé. Il embauche et paye sans soulever la moindre interrogation. Basique, simple. J’hésite à lui couper la parole, à lui dire dans une négation parfaite que non, je ne veux pas savoir, en fait. Je pressens la suite, le poids sur mes épaules. Ce poids en fardeau dont je me débarrasse trop souvent d’une pirouette digne des Jeux olympiques de la mauvaise foi. Il doit savoir ce qu’il fait c’est peut-être ça, le plus terrifiant.
Je m’installe dans le lit vide, le regarde. –Je vais pas te bouffer, tu peux venir enfin, pas te bouffer vraiment, s’entend.
Le réveil brutal, encore. L’organe se fait la malle et l’indigestion force à se lever pour aller dégobiller le restant de viande mal assimilée. La fraîcheur du dentifrice mentholée ne calme pas la panique qui vogue dans le fond des émeraudes. Et ça me percute de plein fouet, comme un train à grande vitesse qui quitte sa voie pour se crasher. –Ils vont la tuer. Le la qui n’est autre que la génitrice. Je me demande, est-ce que ça me ferait vraiment chier ? Et la réponse oscille entre le oui et le non. Je n’y pensais plus, à elle. Parfois, je me disais qu’elle avait dû crever d’une infection à la con, d’un truc mal soigné parce qu’on a jamais eu trop accès aux soins dans le quartier. D’autres - comme pour me faire du mal - je la voyais pouponner, être une mère épanouie, de celles qui sourient stupidement en posant un regard tendre sur leur rejeton. Tantôt morte, tantôt vivante. Ne pas savoir m’allait parfaitement. C’est foutre des œillères et regarder nulle part, avancer à l’aveugle jusqu’à effacer les existences autres. Je déboule dans la chambrée et je répète, estomaquée –Ils vont la tuer. Qui. –Elle. Mais c’est qui, elle. –La femme de ce matin, ma mère. Ça me coupe la chique, les doigts se portent aux lippes comme pour taire le mot mère, mais c’est trop tard. J’ai l’impression qu’il prend écho partout, qu’il me percute avec la violence d’un monde qui s’écroule. Mon monde, mon monde avec personne dedans. Mais dans l’absolu de cette information, aussi tragique peut-elle être, je n’ai pas de solutions. Elle n’a pas d’argent, ne voudra jamais déménager, doit certainement crécher dans notre vielle bicoque crasseuse et étriquée. Elle a les cuisses sales et rien d’autres à offrir en contrepartie. Alors, c’est ça, je dois juste la laisser crever ? Ce serait presque mérité.
Déshumanisée.

Des racines trop longtemps arrachées, ne restent que les tiges fanées. Vestige d’une autre vie, de celle qu’on ne choisit pas, mais qu’on subit. La tempête se calme, le myocarde se détend et je fume une cigarette. Pas pour réfléchir, ni monter un plan pour lui venir en aide, juste pour occuper les lèvres. Je ne sais plus pourquoi je me suis subitement inquiétée parce que tu n’es possiblement pas aussi inhumaine que tu voudrais l’être, Andy. J’essaye d’oublier l’existence de cette fêlure qui s’étend à la poitrine, celle qui donne une impression désagréable et empêche une respiration pleine. Je voudrais la combler à coup d’colle d’alcool liquide. Sortir à présent, c’est s’exposer à croiser des gens, ceux avec qui, on n’a pas envie de causer et qui ne cherchent qu’à nous buter. Je suis tentée de hausser les épaules et de larguer un tant pis, mais je me tais. Je me bouffe les ongles entre deux taffes. –Putain que je crache. Je voudrais m’en foutre, tu vois. Comme de ma première culotte, de ma première baise, de ma première clope. Je voudrais m’en foutre, vraiment. Je finis par souffler –Je dois y aller, j’y arrive pas à oublier qu’elle est là, qu’elle existe, qu’elle va mourir. –Je peux y aller toute seule que j’ajoute ça ne fait pas partie de la tâche qu’on t’a confié, ça. Pas vraiment. C’est un détour sur le plan. Il s’amène et je ne fais rien pour l’en empêcher, égoïstement. J’arpente le bitume défoncé, esquive les scooters, ne réponds pas aux sifflements, pas même à Mario qui sort et beugle -Hey Andy ! Les Favelas ne dorment jamais. Je n’entends plus rien, me concentre pour ne pas dégobiller la profonde aversion de cette partie du quartier. Rien ne change. Les ados se chamaillent malgré l'heure trop avancée de la nuit qui s'éternise pendant que les parents se saoulent au bar du coin, les boutiques sont les mêmes et la porte d’entrée, d’un bleu délavé à la poignée tordue est toujours là. Rien ne change. Je ne prends pas la peine de toquer, découvre les pièces exactement comme si j’étais partie hier. La porte du placard est toujours là, même Filipe, ce gros tas. –Sortez de chez moi ! qu’il hurle, s’armant de son vieux revolver. –Elle est où ? Il ne comprend pas. –Elle est où, Olinda ? Connard. Il ordonne de partir, j’avance, il tire. La balle égratigne l’épaule, se plante dans la vieille cathodique qui crève dans des bruits mécaniques. Poignet tordu, l’os qui se pète et Filipe qui comprend, chiale, gémit –Andy ? L’Autre voudrait l’avaler tout entier. Il n’y a qu’un grondement sourd qui lui répond. Je devrais te tuer, pour tout ce que tu nous as fait. Je ramasse son arme et la lui tend, ignorant l’hémoglobine qui file le long de mon bras. Je le force à la prendre et pointe le canon sur sa tempe.– BANG ! Simple suggestion. Il sursaute, chiale comme une fillette. T’as jamais été un homme. C’est plus facile de cogner ceux qui ne savent pas rendre. –Remonte la rue, tourne à droite puis à gauche. Elle sera là avec un client –J’arrive. Y a que de la froideur dans la voix tandis que je ne le quitte pas du regard, Filipe. Ses yeux globuleux le regardent partir et il l’interpelle, il l’interpelle encore. Je lui intime de ne pas bouger et de se taire. Il n’écoute pas. Le pied frappe avec force le tibia. Il s’agenouille Filipe –Pas bougé, j’ai dit. Je monte à l’étage, retourne lit et commode pour tomber sur sa planque. Les réaux fourrés dans un sac, c’est pas ton argent, ça. Les babines s’étirent quand je le retrouve. Les crocs se dévoilent tout juste, l’Autre a faim d’une vengeance sanglante. Mais je me contente de partir, de partir pour ne pas que les émotions gangrènent l’esprit.
Elle est là, Olinda, à ronronner à l’oreille de Dingdong. Elle lui sort le grand jeu, battements de cils et rehaussement de poitrine. La cuisse s’ouvre dans une invitation claire. La langue du sexe est universelle. Elle me dégoûte. Je lui fourre le sac que je me trimballe depuis chez elle, dans les bras. Elle s’étonne, les traits se froissent d’incompréhension. –Tu dois partir. Avec ça, tu peux recommencer une nouvelle vie ailleurs, loin de cette merde. Alors pars. Maintenant. Vite –C’est ici chez moi. Sa voix est usée par les années, par ce job harassant qui lui a tout volé. –Non, ici, c’est chez lui. T’as toujours pas ouvert les yeux ? Et ça m’agace, ça m’agace profondément. La patience s’étiole et je lui agrippe la main. La tire, la tire alors même qu’elle trébuche sur ses talons de plastique. Je la traîne comme on le fait avec un gamin en pleine crise. Personne ne m’arrête, parce que tout le monde s’en fout. Ils se contentent de regarder, de s’écarter. C’est pour ça, c’est à cause de vous qu’on meurt. Vous regardez sans rien dire, y a que le constat qui vient tordre les lippes contrites, quand il faut nettoyer le sang, pousser les corps. Je la fourre dans un taxi, le premier qui passe. Me décharge de quelques biffetons. J’indique une ville un peu plus dans les terres. Ce sera pas mieux, ce sera pas pire, mais tu seras loin d’eux. Elle dit -Attends, la portière claque bon vent. La bagnole déguerpit. Il n’y a pas ce sentiment de libération que je voudrais ressentir, qu’une impression dégueulasse que je fais tout ça pour rien. Elle reviendra. Je le sais. Les balles fusent, agitent la population. Tout le monde rentre et ferme portes et volets. Et courir, courir malgré la masse imposante de Dingdong et sa grandeur qui fait de lui un parfait GPS, regardez, on est là. Je l’entraîne dans des ruelles plus étroites encore, pénètre dans la baraque d’une jeune femme qui tient contre son sein, quatre enfants d’âges rapprochés. Pas dire désolée, avancer, bousculer, faire tomber les objets ; atteindre le toit, le tirer tout au bord quand la nuit l'empêche de voir. –Fais-moi confiance que je lui susurre avant de reculer d'un pas puis deux. je le pousse, force le déséquilibre qui l'entraîne de l'autre côté. L’échine s’écrase sur un amas de sacs-poubelles, freine la chute. On s’y enfonce sous le poids de nos deux corps lovés l’un à l’autre. Je pressens qu’il ne sera pas content parce que je n’ai rien dit mais ça aurait enlevé tout le charme de tes grimaces lorsque le vide t’avale. Menotte qui se plaque sur ses lèvres pour le forcer à se taire. –Shhh que lui intime ma bouche qui se colle à ma propre main. J’ai pu les entendre grimper, tenter de nous suivre. Ça persiste quelques secondes ou minutes, jusqu’à ce qu’une autre piste soit envisagée par nos agresseurs.

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