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Ross Creek vous a ouvert ses portes le 23 mars 2018. La petite ville vous attend.
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Anonymous

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MessageSujet: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptySam 10 Nov - 11:02



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz


Brésil, Rio de Janeiro

Bar miteux, je m’échoue sur un tabouret, commande un verre puis un autre, puis un autre et encore un autre. L’ambre de piètre qualité picote le palais jusqu’à ce que la brûlure du gosier s’étende et qu’il ne reste plus que des cendres. Une vieille musique est crachée des enceintes dans des grésillements dégueulasses. Du country à vomir qui colle parfaitement avec l’ambiance à chier de ce bouge. Relents d’alcool, de sueur et de crottin ; une bonne bouffée d’oxygène qui retourne tripes et boyaux. Le poison liquide tournoie dans le fond de mon verre et l’attente est foutrement emmerdante. L’heure mal assimilée, l’avance considérable vient me clouer sur le comptoir. Pas d’échanges de regards, les conversations crèvent et tournent trop souvent au désespoir. Je les balaye par mon silence et l’absence de sympathie pour égayer mes traits. Je m’en branle de savoir ce que tu veux, si t’as soif, si t’as chaud, si t’as froid ; si t’as besoin de baiser, de t’épancher, de juste parler. Je m’en branle que tu souris, que t’essayes d’être poli, que tu sois un vrai connard ou un malheureux bâtard. Elle m’intéresse pas, ta vie. Œillade larguée sur l’horloge détraquée qui orne le mur à côté de la porte des chiottes putain, encore une heure.
Mais une heure avant quoi, au juste ?

**********

Je me gèle sur le perron, mon poing cogne et cogne cette porte dont le bois tremble. J’ai la patience toute relative et une fausse fourrure made in china sur le cul de la grosse merde. La langue natale jure –Putain, tu m’emmerdes, va te faire foutre. Les talons se tournent et le cliquetis résonne à l’oreille, tandis qu’il est là, lui, la gueule enfarinée par un trop profond sommeil. Mirettes qui le scrutent, détaillent le pyjama merdique qu’il porte du bleu à rayure, sans déconner ? T’as quatre-vingts balais ? Soupir. Frêle carcasse qui le dépasse et le bouscule, retrouve la chaleur du foyer sur lequel les mains viennent se réchauffer. Le mutisme en évidence et la politesse oubliée depuis de trop nombreuses années. –Tu es bien matinale et toi, en retard, connard. –T’as dit que tu voulais m’voir, que je lui crache, la voix pleine de graviers. –Tu veux du thé ? Depuis quand on cause affaire devant un thé ? J’arque un sourcil et il se reprend. –Sans glaçon, je suppose. La babine s’étire en ce qui voudrait être un sourire, mais qui n’est qu’une grimace merdique. L’alcool en guise de petit déjeuner, comme pour frapper la conscience et l’éteindre. Comme pour faire taire le vide intérieur et ses résonances qui me vrillent le crâne.
Lunettes qu’il pose sur son grand nez, il ouvre un livre et cite des passages dans une langue inconnue et t’as pas l’impression que j’y comprends rien, moi, à ton charabia ? Qu’est-ce que je m’en fous de tes erratums, post-scriptums, machintums ou que sais-je encore. Le livre est posé devant mes yeux, une esquisse représente un homme avec une tête difforme, animale. –C’est une statuette, elle a été vue au Brésil il y a quelques semaines après avoir été volé à un musée français. Je lorgne la page, imprime les traits et les détails à l’encéphale. –Qu’est-ce qui te dis qu’elle y est toujours, ta merde ? Il étire un sourire. Un sourire crade qui dévoile la dentition jaunâtre. –Je le sais. Alors ? Bras qui se croisent sous la poitrine et dos qui se choque au dossier de la chaise. –Cinq mille sans parler des frais, logement, bouffe, faux papiers. –Trois mille, qu’il ose marchander. –Six mille dans ce cas. Langue qui claque et soupir d’agacement. –Tu ne partiras pas seule, un étranger t’accompagnera. QUOI ?! –Hors de question. Depuis quand tu crois que j’ai besoin d’un chaperon ? –Tu auras besoin de bras solides, tu te doutes que la statuette ne se trouve pas dans un lieu saint. Ouais, et alors ? C’est parce que je suis une gonzesse que tu te mets à douter ? –Ne prends pas ça pour toi. Vois-le comme une aide, un boulet, un compagnon, un empêcheur de tourner en rond il veillera à ce qu’il ne t’arrive rien et s’occupera des armes. Je gronde, il sourit. –Ouais ok. Si tu veux, si ça peut te rassurer. J’ai le droit de le tuer ?
Il largue les détails, demande de revenir trois jours plus tard, me file des papelards - juste les miens. Y a les vols déjà réservés, les billets, la carte bleue et son code secret. Et dix-huit putains d’heures à tuer. T’as vraiment du fric à dilapider.

**********

Le voyage en solitaire pour ne pas avoir à parler, raconter des conneries pour lui plaire. J’ai même pas de nom, ni de photos. T’es juste censé avoir de gros bras je suppose ; une gueule amochée, probablement les chicots pétés, des tatouages par milliers et une tête de tueur – le cliché. Je l’imagine un peu grand et laid à force de cicatrices et de trop cogner ; plutôt brun que blond, aussi aimable qu’une porte de prison, ancien taulard ou trafiquant ou quelque chose du genre.
Ouais, je l’imagine. Et quand le petit gringalet blond, se pointe juste à côté, ça court-circuite les connectiques. Il dit -Salut, je pense ta gueule et je réponds -Ouais ?
-T’as besoin de compagnie ? Le visage se ferme. –Non. Un non sans appel. –Tant pis, je me suis dit, une femme, toute seule, dans un bar… qu’il débite.
–Tu t’es mal dit.
Les prunelles fixent les rangées de verres et de bouteilles, délaissent volontairement la silhouette qui déjà m’emmerde. Je crois qu’il a discuté, seul, durant de longues minutes. J’ai cessé d’écouter, l’ai rangé dans un recoin oublié de la boîte crânienne jusqu’à ce que l’envie de pisser me fasse me redresser. Il baragouine des trucs que je comprends beaucoup trop parfaitement, réalise bêtement qu’on parle la même langue, comme si l’information m’avait échappé au premier jet. Il me semble qu’il demande quelque chose, mais je n’écoute pas et pousse le battant.
Dans le sac de voyage – qui se résume à trois débardeurs, autant de sous-vêtements, du déo et une brosse à dents – le déodorant vient couvrir les heures de vol dans un long pschitt lait et fleur de lotus. Cheveux noués et maintenus par un élastique plus vraiment élastique, je me demande vaguement combien de temps je vais encore devoir patienter.
A mon retour, le blondinet est toujours là, mais ma place est à présent occupée par une masse sombre. J’espère que t’as pas bu mon verre.
Je m’avance, hésite, retrouve mon anglais quand tous ici parlent le portugais. –Paumé ? Les mirettes le décortiquent sans la moindre pudeur, présagent les forces et les faiblesses. T’es peut-être bon, mais t’es lourd.
Je récupère mon verre, le mire. –Andy. Parole amputée qui termine dans le fond de mon verre. Enchantée, ou pas.

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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptySam 10 Nov - 21:05

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• - Je ne rencontre jamais mes clients, que je balance en frôlant le mur bétonné d’un pont, sur une avenue de Ross Creek – celle juste en face de mon appartement et de ces murs couleur glace à la vanille. – Peut-être qu’il serait temps de faire une exception, que répond une voix doucereuse à l’autre bout du téléphone. L’assurance dont ce type fait preuve à le mérite de m’arracher un rire – pas le genre de rire que t’as envie d’arracher à quelqu’un, cela dit. Je peux sentir sa tension alors que nous ne sommes probablement pas dans le même quartier – peut être que nous ne sommes même pas dans la même ville. Ce type ne doit pas avoir l’habitude qu’on lui dise non. Et j’en ai marre d’attirer ce genre de personne.Vous refusez ?De vous voir ?Oui.Oui. Mais ce n’est pas le côté speed dating qui vous intéresse, j’imagine, c’est la prestation. Gros blanc. Il ne me trouve pas drôle, et il n’a pas besoin de me le dire pour me le faire comprendre. – C’est une prestation particulière je… - Vous dites tous ça, Monsieur Doe. Et je suis particulièrement réfractaire à ce que vous me voyez. Il soupire. Semble toucher du papier – des pages qui se tournent dans un silence irrité. – Vous avez bonne réputation… Il me faut quelques secondes pour comprendre qu’il attend mon nom – ou mon surnom, ou mon pseudonyme ou n’importe quoi qui ne fera pas qu’elle me hèle EH TOI.Faust. - … Faust.Faust. On peut faire ça longtemps si tu veux.Vous avez le sens de l’originalité, Faust. Ca compense le côté Doe de l’échange.

Certaines de mes connaissances m’ont vanté vos mérites. Il paraît que vous êtes une force de la nature. Tu te trompes de personne, mec. C’est exactement ce qu’il me faut. Un homme fort pour couvrir les arrières de… - Je travaille seul.Vous… - Seul. Comme seul. S.E.U.L.Je… - Non.At… - Je crois que vous n’avez pas compris.Vous ne m’écoutez pas, Faust.C’est pour un duo ? Un trio ?Duo.Alors c’est vous qui ne m’écoutez pas.Votre prix sera mon prix, Faust. Je vous demande juste de couvrir les arrières de… L’agent principal de cette mission. Et de lui fournir des armes. Je dodeline du chef. – Je ne devrais tuer personne ?Ne me dites pas que vous êtes un enfant de chœur, Faust.Oh… C’est pour votre devis, Doe, vous vous doutez que selon la prise de risque le tarif augmente.Vous n’êtes pas censé prendre les risques.Bien.Bien ?Oui.C’est acté ?Sans que vous sachiez mon prix ?Sans que vous ne sachiez le lieu ? Je tique. Ca me paraissait évident que cette histoire se déroulerait dans les environs de Ross Creek. Tous mes contrats depuis que je suis ici se sont déroulés dans les environs de Ross Creek.Ca sera où ?Ca sera combien ?… Vous prendrez en charge les frais, Crésus ?Puisqu’on ne se rencontrera pas, Faust, j’ai envie de vous dire que non.Alors où je dois le suivre, votre agent principal ?Brésil. WTF ?!Où ?Brésil. OK. Y a pas de friture sur la ligne.Qu’est ce qu’il va foutre au Brésil ?J’ai besoin d’une statuette Faust, et c’est tout ce que vous saurez. J’imagine que les détails n’ont pas d’importance, puisque je n’ai pas le rôle important de l’histoire. - Quinze mille évolutifs. Il tousse, Doe. S’étouffe à moitié dans son combiné. Je suppose qu’on ne lui réclame pas de telles sommes régulièrement. – Pardon ?!Qui-ze-mi-lle.Six mille. Toujours moins.Alors il n’y aura pas les armes, et je couvrirais les arrières de votre super agent de mon canapé, par la pensée.Vous partagerez tous les frais une fois sur place, et je vous donne dix milles fixe.Hors de question.Je… - Ne vous emmerdez pas avec les négociations Doe, votre job ne m’est pas vital et je ne suis pas assez pauvre pour courir après quinze mille dollars. Disons que je vous fais déjà une fleur avec ce tarif et que vous n’avez aucune carte en main. Si vous pensez trouver moins cher et plus compétent ailleurs, autant arrêter de perdre notre temps, vous et moi. Foncez chez la concurrence, si tant est que j’en ai une.

Court silence.

Dans quelle mesure vos tarifs sont évolutifs ? Je préfère ça.



Le seul vol pour Rio de J’aipasenvie qui n’était pas complet décollait pour midi. Cinq heures de sommeil pour dix-huit heures de vol : un sale ratio de merde.

Puis je déteste l’avion. Cet espèce d’oiseau immense, en métal, hermétique qui t’empêche de sortir quand t’as besoin d’air – qui te tuerais si tu venais à sortir parce que t’as besoin d’air. Les endroits clos, c’est pas mon dada – les endroits clos dans les airs je pense que c’est pire encore. Sans compter que remettre ma vie entre les mains d’un pilote que je ne connais pas – qui est potentiellement saoul, drogué ou les deux à la fois – ça m’enjaille moyen bof. Je n’ai jamais été du genre confiant. C’est d’ailleurs une caractéristique que je partage avec les compagnies aériennes, visiblement. Parce que, oui, figure-toi qu’elles ne font pas confiance aux gens qui veulent embarquer avec une arme. Avec UNE arme. Imagine avec une valise pleine d’armes, maintenant. Pour pouvoir arriver jusqu’à mon siège sans me faire plaquer façon footballeur américain aux portiques, j’ai dû me faire faire un faux certificat. Un qui est censé m’avoir été délivré par l’Administration Fédérale de l’Aviation et qui atteste que j’ai suivi une formation adéquate pour en trimbaler. Une autre attestation promet que je suis un peu un agent fédéral et que je m’appelle Edward Blake. Selon elle je suis en mission officielle pour la police. L’inspecteur divisionnaire Ted Holmes, chef de la Brigade régionale d'enquête et de coordination est censé m’avoir faxé ça hier, sur du joli papier à en-tête. Ca impressionne toujours, et personne ne m’a alors posé de questions.

Bref. Je suis côté hublot. Me force à ne pas regarder au travers. Me donne beaucoup de mal pour prétendre que je ne suis pas dans un 727 mais dans un train bondé. Pour ne pas y penser, je m’intéresse aux gens, autour de moi. Aux conversations – aux films que certains se passent et aux échangent concis que d’autres entretiennent avec l’hôtesse qui propose des collations. J’essai de dormir. De lire le journal que mon voisin de siège délaisse pour tenter de trouver le sommeil. C’est long, c’est chiant et c’est relong et c’est rechiant.

Une chose est sûre : Je ne peux pas te dire à quoi ressemble Rio vue des airs. Et, suite à l’atterrissage, j’estime que la petite passerelle couverte que j’emprunte pour rejoindre l’intérieur de l’aéroport n’a rien de particulier… A ceci près qu’on sent déjà la chaleur presser telle une main géante sur les parois de plastique. C’est qu’on a pas le même climat, à Ross Creek.

Le petit rassemblement qui attend dans le hall des arrivées ne m’intéressent pas – il me dérange seulement pour aller récupérer mes valises. Je ne sais pas qui est l’agent principal de cette mission ni même à quoi il ressemble, mais Doe a au moins eu la décence de me donner le nom d’un bar où il est censé m’attendre. Où l’agent est censé m’attendre, parce que le mystère du pronom qu’il tente d’instaurer me fait clairement comprendre que je vais avoir une surprise ovairesque. Une surprise avec des goûts douteux en terme de checkpoint. Faut dire que c’est un bouge, clairement, ledit bar. Un truc à la devanture qui, malgré certaine addiction, ne donnerait pas envie à l’américain moyen – l’américain alcoolique moyen – de boire. Il fait chaud, ça put, y a pas d’ambiance et la musique est merdique. Des quatre ou cinq pauvres clampins qui trainent là, aucun n’a de poitrine ou d’attribut féminin visible. Mauvaise déduction, Django. Doe est moins prévisible qu’il n’en a l’air. Que des mâles. Qui ne semblent pas s’intéresser à moi – pas que ça me frustre, juste que je suis censé être attendu par l’un d’eux. C’est après quelques secondes de réflexion peu intense – je suis fatigué, merde - que je décide que l’agent spécial, ça ne peut être que le blondinet gringalet à côté du bar – ça justifie au moins qu’il ait besoin d’un garde du corps et il me paraît être le moins crade du lot. Un verre attend sagement à côté de lui. C’est pour moi ? Je m’assois. Il me jette un regard de biais. Me cause en portugais. J’arque un sourcil. No comprendo connard.Quoi ? Il me pointe le verre. M’intime de lever mon cul de là avec un geste universel – le genre assez universel pour que ce soit de la mauvaise foi pure que de ne pas le comprendre. C’est pas mon gars. Va falloir que j’appelle Doe. Son agent s’est fait la malle avant que je débarque. Je tapote mes poches. Cherche mon téléphone quand l’autre s’emballe. Si tu crois que je t’écoute encore, tu te fourre le doigt dans l’œil.

Paumé ? Je me fige. Lève les mirettes. Papillonne des paupières. La commissure de mes lèvres se relève en un semblant de sourire satisfait. C’est toi. Aucun doute. Le visage long et délicat ; les traits fins, les lèvres pleines et les prunelles émeraudes. Sans elles, peut-être, ne l’aurais-je pas reconnu – parce qu’elles lui font transpirer une détermination froide et blasée propre à la plupart des gens qui surfent sur la vague de l’illégalité. T’as la gueule vidée de toute bonne humeur, comme un verre fendu laisse échapper l’eau qu’il contient. T’es morte comme on tue. Alors je sais. Tu sais. On sait. Y a que l’autre connard derrière qui sait rien et qui continue de gueuler.Appelle moi comme tu veux. Ma main à couper que t’as aucune envie de m’appeler, de toute façon.Je suis censé te suivre, Annie, dis-je en me levant de mon tabouret. Tique légèrement en me brisant la nuque pour récupérer le regard de mon interlocutrice. Tu dépasses pas le mètre 70. Comme tu dois même pas avoir 30 piges. Ou tout juste.Hey ! Le blondinet s’est levé, aussi. Me tire doucement la manche. – Girlfriend, OK ? Adeus. Son pouce m’indique la sortie. C’est à se demander qui est la petite amie de qui.Y en a qui perde pas de temps, soufflé-je en jetant un regard à mon binôme forcé. – A peine arrivée, presque mariée... Vous faites un très joli couple. Ta copine est juste un tantinet possessive. Et envahissante. Est-ce que tu peux lui demander de me lâcher la manche ? Genre rapide. Ca serait con qu’elle perde un poignet au début d’une relation où elle a tout à prouver…  
N-2 ••• © 2981 12289 0
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyDim 11 Nov - 8:33



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Sam Tinnesz
N-3


Dernière goutte avalée, le verre glisse sur le comptoir lorsqu’il ne suggère aucun nom à mâcher. Pas de problème, dingdong, t’as raison, je préfère te sonner. Je le lorgne du coin de l’œil, ignore la gymnastique ridicule du blondin qui s’active de peur qu’on l’oublie et dingdong m’appelle Annie. J’arque un sourcil, me dis pas que t’as un problème psychologique. Je ne prends pas la peine de le corriger, me fous bien du prénom qu'il voudra bien me donner. Il se déplie, il se déplie, littéralement . La trogne se tord dans une contorsion désagréable et les mirettes font l’état des lieux. Presque deux mètres, au moins une centaine de kilos je rectifie, t’es lourd ET encombrant. Le principe du vol parfait réside dans la souplesse que t’as pas, la rapidité que t’as dû becter au petit-déjeuner, la discrétion t’es un éléphant dans un foutu magasin de porcelaine. Je grogne légèrement en imaginant le désastre à venir, à ce fric qui ne rentrera pas dans mes poches vides et ça, ça me fait tout de suite vachement moins plaisir. Les billes vertes se plantent au brun des siennes, babines qui s’étirent en un sourire qui se voudrait presque doux et affreusement moqueur. –Tu devrais partir, ma cousine a abusé d’hormones, ça la met en pelote que je largue au blondinet sans prendre la peine de le regarder. Il bugue, déglutit, se décale d’un pas sur le côté. –C’est ok, évidemment, que c’est ok, bouffon. Il trottine à la recherche d’une autre cible et disparaît sans demander son reste. Sac qui se visse à l’épaule, les talons se tournent et abandonnent ce bouge merdique. Je ne lui demande pas de me suivre, n’ajoute pas plus de mots inutiles. Je te sonnerai en temps utile, dingdong. Entre les mains, le papier de la réservation hôtelière et ses symboles qui n’ont aucun sens, plutôt crever que de te demander de me le lire. Jeune femme interpellée pour recueillir les précieuses informations. Le trajet et surtout le nom de ce dernier. Rio n’a pas changé. Ses artères colorées et ses venelles crades, celles que les touristes n’empruntent pas. La misère au coin des rues et par-delà la ville et ses plages, les favelas mangent les flancs de collines. Réminiscences qui affluent avec la force d’une gifle. Les murs de briques, la crasse et les odeurs infâmes. Le rouge et le sang qui tachent le bitume ; les graffitis pour planquer la misère et les patrouilles de flics en bordure pour ne pas que la vermine gangrène la ville. Ça n’a jamais été beau, ça n’a jamais été juste.
Le Bandeirantes, une tour paumée au milieu des autres en plein cœur malade de Rio. Comptoir de marbre et vieux canapés en skaï, la déco semble s’être arrêté dans des années trépassées. Le moustachu du comptoir me lâche un –bonjour auquel je réponds par un simple mouvement de main, déposant la carte de crédit. Sourire qu’il s’est vissé aux lèvres d’un air professionnel, les yeux s’égarent sur les vieux tableaux derrière, sans valeur. Le badge est posé dans une petite coupelle dorée qu’il avance en ma direction comment ça, un seul ? –Il en manque un que je lui fais remarquer dans un claquement de langue agacé. Il vérifie une seconde fois son ordinateur. –Non, c’est bien ça madame Alves c’est pas possible une chambre avec lits séparés tu te la joues picsou maintenant ? Les mains se crispent sur le marbre et les griffes s’y plantent un court instant. Je gronde, achoppe le pass et me dirige vers l’ascenseur. Un ascenseur ridiculement petit qui nous conduit au dernier étage.
Les bouquets de fleurs sont en plastique, les murs verts et les dessous de lit ressemblent à s’y m’éprendre aux rideaux de ta grand-mère, dans des tons de jaune, d’orange et de vert. La fenêtre est ouverte, l’odeur de renfermé me harponne les naseaux et là, derrière les stores, la vue imprenable sur la misère de notre monde. Je largue mon sac sur le premier lit, extrait un paquet de clopes froissé et m’en grille une sur le balcon que j’investis. Les prunelles errent sur ce qui était autrefois ma maison. Y a comme un arrière-goût de nostalgie qui crame les synapses et qui disparaît, soufflé dans un nuage nicotiné.
Le silence s’éternise, le sac est fouillé pour en extraire de la paperasse. Des plans, des indications tout ce que je ne comprends pas. –C’est notre plan et je dépose le tout sur la petite table dehors. Je le laisse avec ça, m’engouffre dans la salle de bains ridicule pour prendre ma douche et retirer les divers parfums accumulés tout au long de ce périple. Je crois qu’on n'en est pas au stade d’annoncer ce que l’on fait. On s’en fout de savoir qui va pisser, qui va se doucher. On s’en fout, ouais.
Quinze ou vingt minutes plus tard, les fleurs embaument le derme. Débardeur et mini-short, les tifs dégoulinent dans le dos. –Alors, Dingdong, t’as une idée de comment t’y prendre ? C’est pour ça que t’es là, pas vrai ? Pour faire en sorte que je prenne pas une balle, qu’on ne me foute pas en cage.
Je m’installe, tire le seul truc que je comprends dans la flopée de papiers, le plan. Des images et des couleurs, des croix et des codes appris par cœur. –Sa statue de merde doit pas dormir dans un joli petit hôtel. Ici, le seul moyen de planquer quelque chose, c’est de l’emmener là. L’index pointe l’intérieur des terres. –C’est ici, qu’elle doit être. Ils ont rien à perdre ces gens-là je le sais, parce que j’en fais partie. - Ils alimentent des réseaux parallèles, du petit au gros trafic des trucs sales du genre que t’as pas envie de savoir, mais j’imagine que t’as l’expérience pour en deviner l’essence. –On ira en fin de journée que je déclare comme on parle de la pluie ou du beau temps. –Ils opèrent à la nuit tombée, y aller avant ne sert à rien me demande pas comment je le sais. Je le sais. C’est tout. Je connais chaque foutu recoin pour les avoir arpentés durant de trop longues années. Je sais les risques, les dangers. Mauvaise nouvelle, le retour de l’enfant du pays ne devrait pas vraiment les faire sourire. J’ai faim.
Le téléphone grésille, il me faudra plusieurs combinaisons de chiffres avant de tomber sur la réception Je les ai tous fait en partant du premier de la liste. Je commande de la viande, n’importe quelle viande saignante. je vais pour raccrocher le combiné, lorgne sur le mâle, soupire –T’as faim ? Pas que j’en ai quelque chose à foutre, tu vois, mais si tu tapes un malaise parce que t’as oublié de becter, ça va pas le faire. Et me fais pas regretter d'être presque sympa.
J’avale plus que ce que je ne déguste. La bedaine pleine, la carcasse retrouve le lit et je m’assoupis Je suis jetlaguée, c’est pas ma faute.
Les heures s’étiolent et crèvent derrière les paupières. Gueule pâteuse, le plafond de la chambre me rappelle où je suis et avec qui.
On peaufine le tout qui se solde par un –si je te dis rouge, c’est que c’est la merde, que t’as le droit de tirer. Les codes pour toujours se souvenir, ces codes qui font partie intégrante de ma vie. Ici, il est l’étranger, pas par sa couleur de peau, mais par sa langue différente de la leur. L’anglais perçu comme un signe de richesse et de trahison. Ces Américains tellement cons. Ceux qui nous laissent caner et envoient des reporters dans nos rues pour filmer la misère sans jamais l’aider. On est des animaux, des bêtes de foire qui les font se sentir confortables dans leurs bicoques pas trop grandes. Génération baisée, étouffée, oubliée.

Le minois qu’ils reconnaissent pour certains, les murmures et dingdong qui fait tâche dans le décor. Ça ne prend qu’une dizaine de minutes pour que cela arrive aux oreilles de celui qui m’intéresse, une poignée d’autres pour que ces connards se pointent et nous arrêtent. –Il veut te voir. Le Il qui a partagé ma vie, qui m’a vu grandir. Le Il dont il ne sait rien, lui. Hochement de tête et les pas s’emboîtent aux leurs.
Tony, il n’a plus rien de l’homme de mes souvenirs. Un peu plus gras, le visage bouffé par les saloperies qu’il fume, qu’il s’injecte, qu’il ingurgite. T’as une sale gueule. –Andy ! Ses bras s’ouvrent et se referment autour de ma silhouette comme si je lui avais manqué. –Tu n’as pas changé qu’il me murmure dans un ronron, au creux de l’oreille, palpant la chair entre ses gros doigts. Et toi, t’es encore plus dégueulasse qu’avant. Une cicatrice lui mord la joue et lui bouffe la moitié de l’œil. Le teint gris, les cheveux sales, l’odeur de chiasse semble accrochée à sa carne. –Tu ne me présentes pas à ton ami ? Non –Une connaissance vague, lointaine, éphémère. Les deux mâles rivalisent niveau taille, mais le poids des années semble l’avoir esquinté, Tony. Il le scrute, un sourire au coin des lèvres et ne prend pas la peine de le saluer ; se détourne, me revient, attrape ma main. Cette main qui s’extrait avec une rapidité folle comme si ses doigts venaient de me brûler ne me touche pas. –Bien, j’imagine que tu viens voir ta mère, elle doit être à l’angle de la boutique de fringues de Paolo. Il semble satisfait de me larguer que ma génitrice ouvre toujours les cuisses. J’ai envie de te bouffer. –Merci pour l’info fils de pute -Tu devrais pas traîner trop tard, Andy. Y a rien qui a changé ici, Luis est toujours aussi… Nuisible. Et toi, un roi de merde qui règne sur des cendres. –Je suis pas là pour voir ma mère, Tony, ni prendre de vos nouvelles. Je veux juste parler affaires. Il s’enfonce dans son siège, porte ses mains devant son visage et me dissèque d’une œillade crade. D’un geste, il fait fermer portes et fenêtres. –Je t’écoute qu’il siffle, beaucoup trop intéressé. –Une statuette, un peu moche, en pierre, un truc que t’as dû ramasser par terre ou récupéré contre un peu de blé. –Haute comme ça que je lui montre avec mes doigts -tête animale… Tu saisis le concept. Il soupire –Andy, andy, andy je sais comment je m’appelle, merci –D’où tu viens, comme ça hmm ? De France ? D’Amérique ? De ton cul. -Tu travailles pour qui maintenant ? ça te regarde pas –Parce que tu n’auras jamais assez pour te la payer, les acheteurs sont nombreux, tu le sais je le sais. –Si c’est pour me refourguer un faux, tu peux te le garder, tu ne sais probablement pas de quoi je parle. J’ajoute pour dingdong –On se casse.
Tony se lève et sur les traits, le mâle se veut ami, cherche à nous retenir. –J’avais oublié ton caractère de merde moi pas –Reviens demain, je vais voir ce que je peux faire pour toi. L’index glisse sur une mèche de cheveux rebelle. –Seule, qu’il ajoute dans un souffle brûlant. –Il est avec moi. Il viendra pas que je l’aime bien, mais il m’apparaît comme foutrement important, là, tout de suite, maintenant. –Une connaissance, c’est léger comme signe de confiance, tu ne crois pas ? c’est pas faux –Mon mec, en fait. Cliché. La mimine se niche dans la sienne et les phalanges forcent le contact, serrent un peu trop fort. –Oh, je vois… Il recule, semble déçu l’espace d’une fraction de seconde. –À demain, An-dy. ouais c’est ça, à demain, Co-nnard.
L’air plus frais du dehors vient calmer le myocarde dans ses battements infernaux. C’était quoi ça ? –Pose pas de questions ou pas trop. Mais je sens que tu vas pas rester sans rien dire, je le flaire.

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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyDim 11 Nov - 11:56

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• Une chose est certaine : Le fait de ne pas comprendre un traître mot de portugais ne va pas me plaire longtemps. Parce que je sens la blague rouler sur la langue de l’interlocutrice, mais je ne peux même pas m’en plaindre – ni râler, ni même répondre. Je me contente d’apprécier que le blond me lâche et de la suivre quand elle mériterait peut-être plus un croche patte. Garde ton calme Django, t’as eu un voyage gratuit. C’est ce qu’il faut que tu te dises. Tu parles. Le paysage vaut au moins le bouge duquel on vient de sortir. Pas que j’aime la classe, je suis né dans la baraque la plus merdique de l’univers, mais j’ai fait en sorte de pas retourner dans des trous similaires depuis que j’en suis parti.

Rio ce n’est pas comme sur les cartes postales ; ce n’est pas que l’amalgame harmonieux entre mer et montagne ; ce n’est pas que la statue du Christ qui t’ouvre les bras en guise de bienvenue. Si tu flânes dans les rues de Rio, c’est de la poudre aux yeux – c’est que tu ne vois pas dans les venelles adjacentes la misère d’un pays qui doit te mépriser. Alors je reste à distance raisonnable d’Annie. Fixe sa queue de cheval qui bat l’air chaud de Rio – essai d’oublier comme cette ville dégage un sentiment de désolation presque hostile. Annie de m’apprécie pas. Rio ne m’apprécie pas. Personne n’a envie que je sois là. Qu’est-ce que je fous là pour 15000$ alors ? J’aurais dû en demander le double, que je me dis lorsqu’elle pousse la porte d’un hôtel à la décoration morte et enterrée. Je ne prends même pas la peine de la suivre jusqu’au comptoir, partant du postulat que je ne comprendrais toujours pas ce qu’ils se racontent. M’intéresse plus aux quelques tableaux sans âme qui parcourent le mur à la couleur improbable. Même choisir de bonnes toiles c’est difficile pour eux. Je penche la tête de côté, ne reconnais pas les artistes copiés – ce qui est plus que rare, parce que je suis au moins doué pour ça. Me décroche de la contemplation quand Annie appuie sur les boutons de l’ascenseur. Y rentrer à deux est un exploit – ne pas se frôler dans la manœuvre un miracle. Je louche sur ses mains. Un badge.Et moi ? que je lâche, contrarié. Je dors où, moi ?... Visiblement dans la même piaule qu’elle. OK. Doe n’a pas plus d’humour que ce qu’il est imprévisible. Ca promet un employeur du tonnerre. Je grogne, dans ma barbe, mais ne fait aucun autre commentaire. Ca devrait être viable pour le temps que ça va durer – il me semble que nous sommes assez cons tous les deux pour être en mesure d’ignorer quelqu’un qui est dans la même pièce que nous. Ca me rappellera des souvenirs. Lorsqu’on vivait à 7 dans un 3 pièces de 30 m².

La chambre est moche, comme la plupart des coins de l’hôtel. Les couleurs ne s’accordent pas, au même titre que si ça avait été fait par des aveugles pour des daltoniens – sauf que je ne suis ni l’un, ni l’autre. Je dois cligner plusieurs fois des paupières pour m’y faire – respirer par la bouche pour parvenir à zapper les fragrances de renfermées et de moisissures. Je ne veux même pas savoir si les draps des lits ont été changé récemment et qui a eu notre chambre avant nous. Surtout je ne veux pas savoir pour quoi elle a été loué avant nôtre réservation. Annie se grille une clope. Moi j’installe mes valises aux pieds d’un lit – celui qui est le plus éloigné de la porte, simple question d’habitude. Je me déleste de ma veste quand l’autre fouille dans sa valise pour en extraire des papiers. Elle les pose à l’extérieur. C’est des plans. OK. Mais est-ce que tu es sûre que je dois y foutre le nez ? que je me retiens de lui demander en sortant, une clope pincée entre mes lèvres. Je les étale devant moi. Pose lourdement mon cul sur une chaise métallique qui accuse difficilement mon poids. Il ne me faut qu’une dizaine de minutes pour apprendre les schémas par cœur – du moins pour que mon cerveau les scanne. Un peu plus pour prendre en considération les informations données avec parcimonie au sujet de la statuette que nous sommes censés ramener. C’est magique. Littéralement magique. Quand bien même la notion n’est pas notifiée sur les lignes explicatives de ce que je lis, l'ésotérique reste un domaine que je maîtrise assez – au même titre que l’art – pour savoir parfaitement ce que Doe cherche à faire en nous envoyant ici. Il peut être un collectionneur ambitieux, mais cracher 15000$ pour décorer une étagère ça me paraît suspect, soudainement. Je fronce mes sourcils dans les relents de nicotine de ma troisième cigarette. Entend à peine Annie revenir vers moi. Je ne relève même pas le surnom qu’elle me donne – me dit que je l’ai bien cherché en refusant de lui donner le bon. – Est-ce que tu sais ce que c’est ? demandé-je sans répondre à sa question. Je lui tends juste l’une des feuilles – celle où la photo de la statue traîne. – Ca vient du Louvre ça, continué-je en secouant ce que je tiens, c’est la Statue de Pazuzu. C’est pas comme le Port Salut, c’est pas marqué dessus, mais fais toi juste à l’idée que j’ai un cerveau.Ce truc est inestimable, soufflé-je plus pour moi que pour elle en me détournant pour me pencher au-dessus de la paperasse. Inestimable et potentiellement dangereux. La magie est coulée directement dans le bronze de cette statue. - Le roi des mauvais esprits des vents qui sort violemment des montagnes en faisant rage, c'est moi, récité-je lorsque la seule chose qui semble l’intéresser c’est le plan pour y accéder. Elle s’en sert, d’ailleurs, pour me montrer où la statue doit se trouver – puisque je semble être de mauvaise volonté pour l’aider. Je soupire. Hausse une épaule. Je te crois sur parole. T’as l’air de connaître le territoire mieux que personne… Et les uses et coutumes aussi. Elle veut une mission frontale. J’en déduis, de fait, qu’elle ne va pas simplement vouloir voler le bordel, mais qu’elle va vouloir le marchander. Est-ce que tu comprends que ce truc n’a pas de valeur concrète ? Tu m’étonnes que ce ne sont pas des gens biens qui l’ont entre leur paluche.

Elle m’abandonne à mes études. Appelle la réception pour se commander à becter. A la décence de me demander si j’ai faim. – Ouais. Grave bordel.Si tu pouvais m’prendre comme toi, que je me contente de réclamer sans vraiment savoir ce qu’elle a pris. Pas des graines par pitié, pas des graines. Par chance la demoiselle est plutôt carnivore ; et si elle prend la décision de manger à l’intérieur, je prends, quant à moi, la décision de manger à l’extérieur. Manière que personne n’empiète sur la tranquillité de l’autre. Pas plus tôt sa dernière bouchée avalée, elle s’endort – elle a d’ailleurs bien confiance en moi pour s’endormir sans avoir pris la peine de me piquer les armes. Lui tirer une balle dans la tête me vaudrait au minimum les arrhes de mes 15000 balles… Ce qui sèmerait le doute chez les plus prudents – parce que cette mission est suicidaire, je le sais maintenant. Pourtant, je suis probablement trop con, je préfère à des plans de meurtre efficace, une bonne douche et quelques heures de sommeil – c’est que ça va faire 24h que je n’ai pas fermé l’œil. Bon élève je prends de la lecture pour m’endormir. Finis par me laisser aller dans les bras de Morphée après 5 minutes à peine. Le réveil est légèrement plus énergique. Annie n’est pas la plus gracieuse des dames – se fout que je sois claqué par mon voyage. Elle fait ses trucs dans l’indifférence. Semble ouvrir la bouche lorsque je me redresse – juste pour respirer, peut-être. – On me parle pas avant mon café, que vocifère à travers une mâchoire serrée. C’est à mon tour d’appeler la réception, pour répéter le mot café dans des langues approximatives une dizaine de fois – de quoi réjouir les plus moqueurs. Café. Clope. Bref silence. Mise en place du plan. Evasif, le plan. Je le comprends à peine, en toute franchise – m’interroge sur la simplicité du bordel organisé qu’Annie semble exprimer. Je serais plutôt d’avis de n’aller voir personne – de la voler cette connasse de statuette et de la rendre à la France. Pas parce que le pays est légitime de la posséder, après tout elle est asyrienne, mais parce que ça put la merde cette histoire. – OK, que je réponds pourtant. T’acquiesce Django, t’es quand même qu’un sacré connard de le faire… Mais je ne suis pas l’agent principal et Annie a l’air de beaucoup se foutre de ce que la statue de bronze représente. En vrai, pour beaucoup, elle ne doit être qu’un beau paquet de pognon. Je ne sais pas combien Doe te donne pour faire ce que nous sommes en train de faire, mais j’espère qu’après ça tu pourras prendre une belle retraite…

Taxi. Le paysage qui défile. Mon regard qui dérive sur l’horizon. Les montagnes qui semblent proches, mais qui ne le sont pas vraiment – je le sais par expérience. On descend. Nos godasses crissent sur le bitume. On marche. On s’arrête. On entre. Ca commence.


Enfin, ça commence, ça reste un bien grand mot. Pour moi rien ne se passe. Que des corps qui bougent et qui parlent dans une langue improbable qui donne à l’ensemble des allures de rêves. Je capte l’essence de l’échange – saisi que certains protagonistes se connaissent et qu’Annie n’a pas été choisi comme agent principal par hasard. Outre le fait qu’elle doit probablement être brésilienne, elle connait ce grand type au visage bouffie – et lui il sait où la statuette se trouve, dans l’hypothèse où il ne la possède pas déjà. Ils s’enlacent – du moins il l’enlace plus qu’elle ne l’enlace. Le mec me toise dans une baston de regard qui n’a franchement pas lieu d’être et qui ne m’arrache rien d’autre qu’un rictus méprisant. Rio continue de ne pas m’apprécier. Ca se pelote les mains, ça n’aime pas ça, ça bouge, ça s’assois. La scène vit quand j’en suis le parfait intrus. Mes prunelles vertes se posent partout sauf là où il faudrait – j’imagine – dans la dissection mécanique de tout ce qui peut être bon à prendre. Des objets et des visages plus que des paroles. Jusqu’à ce qu’Annie balance qu’on se casse. OK. Je me détourne de trois quarts, obéissant. Suis arrêté dans l’élan par l’autre qui la retient de quelques syllabes, et de son cul qui s’extirpe du siège. Blablablajecomprendstoujoursquedalle. Je roule des yeux. Manque une expiration lorsque je sens la main d’Annie envelopper la mienne. Tente de garder une certaine contenance dans l’égarement de l’instant. Qu’est ce que tu fous bordel de merde ? T’aurais pu me balancer un code couleur pour chaque geste chelou intenté, ça aurait été vachement plus pratique pour me faire une idée. Referme à mon tour mes phalanges sur les siennes. Si tu pouvais arrêter de me comprimer la paluche maintenant, ça serait sympa, je tiens à ma circulation sanguine mine de rien. L’effet de style semble cependant efficace – efficace pour quoi et dans quel véritable but commercial je ne sais pas – mais nous sommes dehors moins de 10 minutes après. Main dans la main, yeux dans les yeux.Pose pas de questions.Tu es chaude, que je minaude par provocation en lui palpant la menotte. Tu conçois que ça va être compliqué ? Va bien valoir que tu daignes me dire ce qu’il s’est passé là-dedans. Et si tu veux pas m’exprimer ton coup de foudre passager, il va au moins falloir qu’on cause de la statuette.

Je lui laisse quand même un moment de répit. Parce que je suis cool. Même que je ne décoche pas un seul mot jusqu’à l’hôtel. Et là, j’hésite encore. Me crame une blonde, les yeux vers l’horizon. Me demande si c’est véritablement important quand la seule chose pour laquelle je suis payé – au-delà du rouge tire tue – c’est écouter Annie et rester en retrait. Complexe, l’affaire.On va l’avoir ? que je lâche, finalement, en me tournant pour lui saisir les mirettes. – La statue, on va l’avoir ? Il ne faudrait pas qu’on l’ait si tu veux mon avis. Mais on s’en fout de mon avis.Et on est ensemble ?, que je me décide à interroger après un instant de flottement. Je relève doucement ma paluche – celle qu’elle m’a tenu. – Pas littéralement, j’entends. Je ne suis pas complètement niais. Mais pour tes copains, on l’est, n’est ce pas ? Va savoir pourquoi je sens que ce n’est pas tout à fait une bonne chose pour moi. J’ai envie de te dire que tu aurais pu me demander mon avis ; mais j’imagine que tu n’as pas eu le temps de le faire.Et ça serait possible d’avoir des traductions des échanges en temps réel ? Parce que je ne sais pas si tu as remarqué mais je ne parle pas un foutu mot de portugais. Voilà pourquoi c’est chiant de travailler en duo dans un pays dont on ne maîtrise pas la langue.  

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N-4 ••• © 2981 12289 0
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyDim 11 Nov - 15:03



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-5


Ne pose pas de questions dont les réponses pourraient te déplaire. Ne demande pas comment je le connais, pourquoi j’en suis là ; on s’en fout, je crois. Les prunelles assassinent se plantent dans les siennes et malgré la furieuse envie de lui arracher la paume de mes griffes dans une manœuvre malencontreuse, je me contente de larguer un bref –Tu n’as pas idée, dans un sourire qui ne forme qu’une jolie grimace. Je la garde encore un peu, sa paluche. La délaisse lorsque le taxi se pointe. Et le silence est aussi salvateur que destructeur. Je suis presque à deux doigts de te demander de parler. De parler beaucoup, juste pour empêcher la cabèche de turbiner.
Le front se colle contre la vitre, de cette vitre qui voit défiler un paysage pauvre. On était rien que des minots, tu sais. Rien des gosses avec des rêves de grands. L’après, l’après ici, l’après misère, l’après quand on aura l’âge de le faire. On jouait avec des bouts de rien, on se battait pour tout, les yeux enfantins assistaient chaque jour à l’horreur. De l’horreur qui ne choque plus. Les bruits de balles perdues, les cris et les règlements de comptes à coup de couteau, de fusil ; à deux ou à dix. Est-ce que tu sens ? La friture, l’huile de voiture, la pourriture ; le soufre sous le bitume, la moisissure qui dévore les murs ? Les odeurs fauves, celles qui emplissent le nase et qui font couiner l’animal ? Claquement de porte, celle de cette foutue chambre. Les mains tremblent et l’animal se tord et se tord et se tord, gémit à en perdre le contrôle. La psyché malade, j’ai la nausée. Les souvenirs qui ne sont que tenailles, perforent le bide et nouent les entrailles.
La chute, lente, interminable.
Et il sauve sans savoir, sans vouloir. De cette voix rauque qui s’extirpe de ses lippes. Le minois se dresse, et pour la première fois, le museau le flaire. Détails olfactifs qui s’impriment à l’encéphale. Tu sens les sous-bois, mon chez-moi ; la nicotine et la caféine. Une alchimie qui flatte les sens et apaise quand tout n’est que chaos à l’intime. Alors j’écoute, avec une attention démesurée, les questions légitimes qui prennent forme sous son front quand j’ai préféré les éluder lorsqu’il a voulu les poser. Distance écrasée, clope pincée entre les badigoinces, les mirettes se plongent vers l’ailleurs. De cet ailleurs qui s’enferme, se barricade, s’endort. –J’en sais rien. On va l’apercevoir demain, je voulais qu’elle soit rapatriée, qu’elle sorte de sa planque, mais je sais foutrement pas comment leur extorquer sans tous les buter. Et ils ne sont pas tous mauvais, ne méritent pas tous une mort sale. Ils n’ont pas demandé à naître ici, c’était rien que des gosses du quartier qui ont pas pu se barrer, qui ont plongé dedans parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Je récupère ses mirettes que je darde avec cette intensité propre à l’animal. La lecture improbable des rétines avortée dans un clignement. –Il voulait que je revienne seule, j’ai dit que ce n’était pas possible donc ouais, on est ensemble, mais j’suis pas trop emmerdante, tu devrais survivre. J’ai pas l’intention de te palper, te galocher devant toute une assemblée. –Je sais pas la valeur qu’à ce truc, ce que je sais, c’est que le boss la veut. Je demande jamais les pourquoi et les comment, ça m’intéresse pas vraiment. Chacun sa place, chacun son job. Je suis pas payée pour réfléchir, seulement exécuter. –C’était quoi ta langue, tout à l’heure, t’sais, quand t’as raconté le truc que t’as lu. La réponse n’obtiendra qu’un furtif ok. Parce que c’est ok, c’est juste ok.
Et je tais le reste, la relation crade que Tony et moi entretenions, la mère et ses cuisses bâtardes qui tapine toujours le soir. Je tais les fragments d’un passé que je voudrais oublier, juste un peu, juste une heure ou deux. Oublier la honte ancrée à la carne, effacer les creux et les vides et les défaillances. –Je traduirai que j’annonce, d’une voix tendre. La barrière de la langue, confrontation au réel qui m’a trop souvent enfermé dans mes propres pensées puisqu’il n’y avait jamais personne à qui parler. Je me détache de la rambarde comme pour clore l’interlude bavard.
Et la flotte qui retire les odeurs de crasse, qui purifie. La flotte qui martèle le crâne dans une symphonie délirante. Les failles sont autant de plaies béantes qui suintent. Le derme est frotté, frotté pour retirer sa flagrance à lui, Tony.
Serviette écrasée au museau qui s’en imprègne pour calmer les peurs, pour calmer l’Autre qui feule à l’intérieur. La paume s’arrête sur la poignée, inspiration et retour des sensations. Ça m’oppresse, cette piaule m’oppresse. Je fouille dans le mini bar, sort les petits flacons et jure de ne pas y trouver un bon litre de whisky. Je ne prends même plus la peine de passer la porte vitrée, allume clope sur clope et liquide deux ou trois petites fioles. Les regards, parfois, se croisent, s’étreignent dans un silence mortifère. J’aimerais savoir à quoi tu penses, juste pour ne plus penser moi-même. –Parle-moi du temps qu’il fera demain, du monde qui part en couilles, de politique ; fais des blagues, imite qui tu voudras, raconte-moi n’importe quoi. -De ce que tu veux. Comble les vides, juste un peu, juste comme ça, sans demander pourquoi. Apparence fragile derrière les griffes et les crocs, derrière l’Autre qui veille, mais qui se musèle. Fragilité de l’existence qui se fracasse aux réminiscences.

Et le sommeil emporte, enveloppe l’esprit de ses lambeaux décharnés après des minutes ou des heures. Dans ce monde où les chimères prennent vie, où elles peuvent toucher, blesser, tuer. Réveil en sursaut, l’organe frappe la cage thoracique de façon anarchique. Le métal de la chaise glace les cuisses, le regard s’étire sur la ville endormie. Cette ville qui dort et qui s’en fout quand tous crèvent par-delà leurs jolies tours en guise de murs. C’est si facile de ne rien voir, pas vrai ? De ne pas se pencher sur le miséreux du coin, de le juger de vos prunelles pernicieuses comme s’il avait mérité d’être là, à s’abaisser à tendre la main, à réclamer à bouffer.
Fog qui s’évapore, côtoie presque les rondeurs de la lune vu d’en bas. Recroquevillée, jambes serrées contre la poitrine, je me fais plus petite que je ne le suis déjà. Et s’endormir là, front contre les genoux, devant cette mère commune à tous, celle qui se fait ronde ou bien sourire.
Le poing s’écrase sur le bois de la porte. Ça cogne et cogne, s’impatiente. Ce n’est pas moi qui ouvre, c’est lui. Les membres s’étirent et les pieds se traînent jusqu’à la voix qui chante cette langue dont il ne saisit rien, Dingdong. Il me faut plusieurs secondes pour la reconnaître, une poignée d’autre pour reprendre ma respiration. Le cœur rate un battement ou deux ou trois. Elle cause, mais je n’entends pas, ne constate que le noir sous ses billes brunes, que ses frusques courtes. Non. La porte lui claque au nez et déjà, je peux sentir la transformation opérer. Mains planquées en verrouillant les bras sous la poitrine. Elle s’échine et continue de cogner encore et encore. Je suis pas prête. À te voir, te regarder, te pardonner, te serrer dans mes bras et te dire maman. Des droits que t’as perdu il y a trop d’années de ça. La fuite tout aussitôt dans les chiottes, le cœur s’emballe et les bras deviennent pattes. Hyperventilation. Souffle court, le contrôle en aversion. Personne ne doit savoir, personne ne doit me voir. S’ils savent, alors ils m’enfermeront derrière de jolis barreaux et ma prison sera laide, si laide.
Et Dingdong ne comprend rien, une fois de plus. Il ne saisit pas les nuances, ces nuances en dégradés de gris. –Elle va finir par partir que j’articule difficilement dans un sifflement ténu.
Lorsque je ressors, on a l’air de deux étrangers qui se rencontrent pour la première fois, qui ne savent rien l’un de l’autre, qui ne se connaissent tout simplement pas. C’est ce qu’on, ouais, des étrangers.

- On sort ? J'ai besoin de prendre l’air. On est censé être ensemble et j’ai plus de clopes. Bien entendu que j’aurais préféré sortir seule, l’abandonner à des occupations qu’il aurait bien fini par se trouver. Clopes en poche, le taxi nous jette près d’une crique oubliée des touristes. Ça a des allures de carte postale. Les petons nus s’empressent de fouler la plage brûlante à cette heure de la journée. Et je passe de longues minutes à regarder mes pieds s’enfoncer à chaque vague, se couvrir de sable. Instant volé au temps, à la merde à venir.
Je n’accompagne pas mes sensations de mots, ne lui explique pas ce que je ressens parce qu’il n’y a rien à dire d’intéressant, que tu t’en fous, je sais, d’être là avec moi. Moi aussi j’aurais préféré la solitude à la compagnie si ça peut te rassurer. On ne se déçoit que trop rarement soi-même. Je reste sagement au bord de l’eau, je ne sais pas nager, voudrais qu’elle me lave de tous mes regrets, de l’amertume qui persiste au gosier.

Le soleil vient tout juste de disparaître derrière l’une des collines qu’on est déjà là, à gravir les venelles escarpées. Le ciel rongé par les paraboles, les cordes à linge et les fils par millier, c’est comme un poids sur le haut du corps. Asphyxie.
On retrouve Tony qui semble nous entendre, bras croisés, mine fermée. Dingdong est invité le premier à entrer et la paluche de Tony se renferme autour de mon bras sans douceur. Il martyrise la chair, me force à m’arrêter. Y a son nez tout contre ma tête et son murmure sale. –Tu aurais pu le laisser chez vous, Andy. Tu aurais dû. Grondement. La paume se referme sur son poignet et ça craque et craque jusqu’à ce qu’il me demande d’arrêter. –Je savais que tout ce qui te plaisait chez moi, c’était qu’on se fasse du mal et on le faisait si bien. Je le dépasse, retrouve Dingdong debout qui prend presque la moitié du petit salon. – Ça va que je dis plus pour moi-même que pour lui. Ça va ça tourne tout autour de nous, ça sort des armes et Tony sort un portable, me montrant une putain de photo. –Tu te fous de ma gueule ? Je répète comme si ça pouvait changer la finalité -Il se fout de notre gueule ? Et il ordonne la fouille pour s’éviter la moindre entourloupe. Ça commence à sentir mauvais, je le sais. Parce que je te connais, Tony, j’étais là toutes les fois où t’as marchandé et tué quand j’étais encore avec toi. Portes et volets clos, on a l’air de deux andouilles sur le grill, prêts à se faire rôtir. L’Autre suffoque, s’agite sous la peau. –Allons, Andy, tu me crois aussi bête pour ne pas vous fouiller, je ne sais plus qui tu es ça tombe bien, moi non plus. –J’aurais dû me douter que tu es toujours un menteur, tu bluff, t’as toujours été qu’un ramassis de merde, c’est Luis que j’aurais dû interpeller. Il accroche la mâchoire de ses tiges, Tony, il serre et comprime dans l’espoir futile, probablement, de me faire taire. Dingdong bouge, un flingue se braque sur lui. Sans me relâcher, il me traîne dans la pièce à côté, fait ouvrir la petite boîte qui contient la précieuse statuette enveloppée de velours vermeil. Main qu’il appose sur la nuque qui se courbe, les mirettes rencontrent d’un peu trop près l’objet. –Reviens ici, on est ta famille, Andy va chier –travaille pour moi jamais. –ROUGE ! Tout va beaucoup trop vite dans la pièce adjacente, les yeux de Tony s’écarquillent.
Douleur insane, les os craquent et le derme se déchire, ne laisse que des lambeaux de chair qui tombent par terre. Et il regarde, horrifié, il regarde au lieu de courir, de partir, de s’enfuir. La transformation s’achève dans une souffrance qui ne porte pas de nom. Babines que l’animal pourlèche. Il n’y a que toi et moi, comme avant. Comme avant lorsque les coups pleuvaient entre les côtes et sur le minois abîmé. Gueule béante qui se ferme sur le mollet, l’empêche de s’en aller. La patte folle s’appuie sur le ventre qu’elle transperce de ses griffes. Il crie, je rugis, il cogne, je mords. Les crocs se referment autour de sa petite gueule qui éclate comme une pastèque trop mûre. Sur la langue, l’hémoglobine attise l’instinct. J’ai faim. Et bientôt, il n’y a plus de cris, juste des gargarismes et le ronron d’une bête qui déchiquette, qui se rassasie. Panse bientôt pleine, la fuite et l’abandon quand ça bouge de l’autre côté. La panthère se tapit dans un recoin sombre, ne laisse derrière elle qu’une gerbe de sang. Dingdong livré à lui-même sans savoir où je suis, ce qu’ils m’ont fait. Et qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? T’accaparer la statuette et disparaître ? Confiance en l’homme éventré depuis trop d’années.

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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyDim 11 Nov - 20:03

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• Voilà qu’elle se montre bavarde, Annie, à ma grande surprise. En vrai, je m’attendais plutôt à ce qu’elle m’envoie chier, Annie. Je pensais qu’elle était ce genre-là, Annie. Le genre à me dire de fermer ma gueule parce que je ne suis pas légitime à l’ouvrir – après tout je ne suis pas là pour poser des questions, je suis là pour m’assurer qu’elle rentre à Ross Creek en un seul morceau avec la statuette, Annie. Alors si Annie a envie qu’on soit en couple, on l’est. Si elle n’a pas envie de me tenir informé, elle peut. J’ai le rôle du subalterne dans cette histoire, et je l’assume. Ouais. J’ai pas de problème d’écho avec ça. Admets volontiers que c’est moins d’emmerdes pour le coup et que je n’assurerais pas dans le rôle principal. Toujours cette histoire de langue, tu vois. Arrogant, mais pas complètement stupide, j’acquiesce face aux explications somme toute parfaitement crédibles qu’elle me donne. Crois Annie sur parole lorsqu’elle me dit qu’elle n’est pas trop emmerdante et qu’elle n’est pas du genre à réfléchir sur le travail qu’elle effectue. C’est une exécutrice, Annie. Elle s’en fout d’aller chercher à l’autre bout du monde Mein Kampf pour l'arrière petit fils d’Hitler – l’important c’est le fric qu’elle peut se faire en le ramenant en un seul morceau. C’est presque beau. C’est presque bizarre. Durant un instant – infime – je me demande si je l’admire, à cette fille, ou si je n’ai pas envie de la secouer pour qu’elle reconnecte ses neurones. Pas que je sois un enfant de chœur qu’elle devrait écouter sur parole mais j’ai toujours fait les choses pour moi, pour mes valeurs quand bien même elles ne seraient pas universellement morales, avant de le faire pour les autres. Ici je suis vraiment partagé entre m’en foutre, au détriment de ce que cette statue peut apporter à Doe, ou m’en mêler pour que jamais il n’ait entre les mains quelque chose qui pourrait tuer la moitié de la population américaine. Je n’aime pas les ricains. Mais au milieu de ces connards, il y a quand même mes frères. J’ouvre la bouche quand une phrase protestataire veut la traverser. La remballe dans un reflux étrange et presque irréel. Cette scène est bizarre, comme toutes les autres que nous partageons depuis que nous nous sommes rencontré, il me semble.Du français. OK. OK parce qu’il n’y a rien à dire d’autre. OK parce qu’elle s’en fout sûrement et que ça lui permet juste de s’échapper de cette conversation gênante pour aller prendre une douche. Et moi je reste là encore un peu, sans bouger. Figé. Bloqué. Le regard rivé sur la porte de la salle de bain minuscule – notons que je rentre à peine dans cette connasse de douche, autant en largeur qu’en hauteur. Je me dis Tout ça est bizarre, je me conforte, Tu es vraiment bizarre Annie. avant de me décider à renverser ma valise sur mon lit. Récupère au milieu de mes fringues en boule un bouquin légèrement corné. Vais prendre possession du petit balcon. D’une chaise. D’une clope. Pour lire. J’ai le temps pour ça. Et ça, ça m’empêche de penser tu vois ? De penser à des trucs crades, genre des sentiments ou des impressions… Ou même à mettre des mots sur des silences. Les silences qui nous traversent parfois et qui ne veulent pas forcément dire qu’on se tait… Annie revient. Vient avec moi. S’assoie. Elle veut que je lui parle. Quoi ? La demande sort de nulle part. Je la reçois un peu comme un appel à l’aide. Je relève le museau des lignes de mon livre. Vois sur le visage de la brésilienne quelque chose que je n’y avais jamais vu – un semblant de vie dans le fond de ses gallots. Une fragilité qui me fait un truc, dans le bide. Un truc de fille. Un truc que je déteste. Je te déteste. Je grogne. Je râle. J’ai envie de lui dire d’aller se faire foutre. Referme le bouquin pour lui montrer la première de couverture. Pleure, Géronimo, de Forrest Carter. Je capte qu’elle tique, Annie. Elle y louche sur ma couverture mais je ne suis pas certain qu’elle la comprenne. Elle ne lit peut-être que le brésilien, ça expliquerait deux trois trucs.Pleure, Géronimo, finis-je par la soulager en balançant ma chaise sur ses pieds arrière pour reprendre ma lecture. A haute voix, cette fois. – Il apparaît nettement que cette race est destinée à une extinction rapide et définitive… Tout ce qu’on peut attendre d’un gouvernement éclairé et chrétien comme le nôtre, c’est qu’il gradue et adoucisse leur passage hors du stade de l’existence humaine. […] Et je lis. Encore et encore. Gorge l’ambiance d’une histoire qui n’est pas la nôtre ou presque – adoucie la relation d’un instant qui se conte. Nous ne sommes jamais gêné ni mal à l’aise lorsqu’on nous lit un livre. C’est comme regarder un film sans les images. Ma voix se veut chaude et sans accroc. Annie ne peste pas une seule fois. Ne trouve rien à redire. Elle s’endort même, au bout d’un moment. De longues minutes et peut-être même d’heures. Me fait doucement repartir dans une lecture murmurée ; puis dans une lecture tut. Elle s’est recroquevillée sur sa chaise. Me sert de présence, et je ne sais pas trop pourquoi je trouve ça agréable. Nous ne sommes que deux cons fatigués sur une terrasse.

TOC TOC TOC.

Je me redresse. N’ai pas envie d’aller ouvrir, mais puisque ça insiste, je me décide, à contre cœur. Un flingue est ramassé au passage – coincé à la ceinture, dans le creux de mes reins. Le chambranle s’entrouvre sur une femme – pas vieille, mais pas fraiche – qui se met à pialer plus qu’à causer. Je ne comprends toujours pas ce qu’elle me baragouine. Jette un regard par-dessus mon épaule quand Annie paraît plus paniquée qu’en état de me faire la traduction qu’elle m’avait pourtant promis. J’arrive à placer un – Attend, en empêchant la femme de rentrer. Annie lui ferme le montant en bois au nez - je cherche pas à déchiffrer l’automatisme – avant de disparaître dans la salle de bains. Bordel, mais y a une ambiance… Au bout de quelques secondes elle me dit que celle qui frappe va finir par partir. Optimiste. Je garde mes questions pour moi, me dit que c’est pas le moment. Que ça ne sera probablement jamais le moment. Et puis je suis d’humeur à m’en foutre.

Quand Annie ressort de sa cachette, les traits défaits, elle exige qu’on aille en ville. Je préfèrerais rester là, à rien faire, mais ne proteste pas. Je la suis pour les mêmes raisons que celles qui font que je suis ici, à Rio. Je fais mon job. Le schéma est le même que les autres fois, où nous nous sommes montrés tous les deux. Sauf peut être que, cette fois, nous sommes physiquement plus proche. Pas de là à se tenir la main et à se rouler des pelles, mais j’essaie de ne pas marcher 15 mètres derrière elle. Elle me traîne dans des rues plus populaires pour acheter ses clopes. Puis sur une baie déserte où nous pouvons profiter de la mer. De la vue. De l’horizon. De l’air iodé. C’est un peu comme si nous allions mourir ce soir. Et pour le coup, je la laisse marcher seule sur la plage. Reste en retrait, loin mais l’œil attentif à ce qu’elle fait. Tu me donnes l’impression d’une condamnée à mort. Tu me donnes l’impression que nous allons à l’abattoir.

Puis on part. On marche. La rengaine se répète jusqu’à ce qu’on retrouve les copains d’Annie. Sans surprise. Ils nous attendent dans l’évidence qu’on va venir récupérer l’inestimable statuette qu’ils détiennent. Contre quoi ? que j’ai finalement envie de demander lorsqu’on me laisse entrer avant mon binôme. Contre quoi ils vont nous la céder ? C’est ça que j’aurais dû demander avant de venir jusqu’ici. Je ralentis, lorsque je ne vois pas Annie sur mes talons. Relève le menton dans un mouvement de recul. Un homme me pince l’avant-bras pour que j’avance. Je me dégage vivement de son étreinte furtive. Annie rentre à cet instant, dans une tension pleine de testostérone. Ca put. J’ai pas de don prémonitoire mais tu peux me croire, ça put. L’espace clos n’inspire pas la confiance. Tout est sombre, alimenté par une lumière artificielle jaunâtre et avare. Les fenêtres sont fermées au même titre que les stores. L’extérieur ne nous voit pas plus que ce qu’on voit l’extérieur. Et c’est étroit. Particulièrement étroit. La plupart de mes mouvements sont amputés par le manque de m² et la population qui empiète dans mon espace vital. Alors, ce n’est même pas une surprise qu’on se foute de notre gueule : C’est une évidence. Je me demande même si le lieu n’a pas été choisi en fonction de ma taille plus que pour le point géographique stratégique.

Ca bouge, autour de moi. Je me retiens d’en coller une au connard qui tend sa paluche pleine de doigt vers la ceinture de mon futal. Mes muscles se tendent. Je fais volteface, avec une souplesse que ma carrure ne laisserait pas présager. – Personne ne me touche, que je crache en cherchant les mirettes de mon acolyte en prise avec le chef des opérations. Faut qu’on sorte de là. Il la touche. Lui pince la gueule pour la forcer à regarder dans une direction random. J’esquisse un mouvement. Veux aller la dégager de l’emprise. Vois briller dans l’un de mes angles de vus le canon d’un flingue. Un gros calibre. A cette distance, si ce mec tire, j’aurais littéralement plus de face. Je me stoppe. Annie se fait trainer ailleurs. Dégage du salon trop étroit par obligation. Je fais un pas. Un type beugle un ordre. Le langage n’est toujours pas universel mais je mettrais ma main à couper qu’il vient de me demander de ne pas bouger. Je le devine parce que tous les types se mettent soudainement à sortir des flingues de leur holster. M’est avis, même, qu’ils souhaiteraient tous que je mette mes mains bien en évidence au-dessus de ma caboche, au cas où je serais armé, puisqu’ils ne m’ont toujours pas fouillé. Mais je m’en fous de vous, bande de connards. Mon contrat est dans la pièce à côté. L’encéphale n’a pourtant pas le temps de mettre un plan en place. Le code couleur est prononcé, dans la stupeur collective de l’annonce macabre – quand même bien ils ne comprennent pas la forme de la demande, le fond semble être clair. Mon pouvoir explose comme une bombe humide. Une tempête tropicale. Les bras se tordent quand les yeux s’écarquillent. Je les force tous à se viser les uns les autres, lorsqu’ils luttent pourtant contre l’eau qui parcourt leur corps. La douleur est intense chaque fois qu’ils tentent de me dire merde. Qu’ils tentent d’aller contre la chimie – l’alchimie – de mon pouvoir et de ma force. Le sang irrigue mal. Leur cœur manque quelques battements. Pas assez pour qu’ils détournent leur regard lorsque leur index appuie simultanément sur la détente. Ils se voient tous mourir – chacun dans la prunelle paniquée de leur ami et collègue. Les détonations raisonnent dans un vacarme assourdissant. Les têtes explosent dans une union parfaite – une marée humaine. Les murs sont tapissés à la Kurt Cobain – c’est glaireux et ça sent le fer. C’est une des parties du corps les plus trash à voir exploser, les cerveaux.

Je ne m’attarde pas vraiment. M’assure assez bêtement que personne ne respire – bien que l’exploit soit clairement improbable, parce que même s’il y en avait des pas humains, dans le lot, aucun n’aurait pu ressortir vivant de cette fusillade croisée. J’enjambe les corps inertes pour aller récupérer Annie. Débarque rapidement dans la pièce où le chef des opérations l’a amené, quelques minutes plus tôt. Glisse, à peine le premier pied posé sur le parquet ciré. Attend… Le parquet n’est pas ciré. Bug. Je m’arrête. Contemple la scène comme on contemplerait une œuvre d’art particulièrement macabre. Mon cerveau met un certain temps à accepter l’horreur qui se dessine – pire que mes tronches explosées dans le salon, le cannibalisme d’une bête semi humaine. Pas besoin de voir pour comprendre. Annie n’est pas là. Et il n’y avait qu’Annie, là, pour faire ça. Le visage de la victime ne ressemble plus à rien – comme son buste et le reste. Y a des manques. Des manques de chair et une vague odeur de merde. Parce que c’est pas beau la mort, en vrai. C’est pas comme dans les films. Ca sent pas le popcorn que tu te fais chauffer juste avant de te mater un thriller. Ca schlingue, la mort. Et ça schlingue fort. Jusqu’à me soulever l’estomac – et pourtant, je ne suis pas une âme très sensible, de base, mais ça fait beaucoup de morceau de gens dans la même dizaine de minutes. Je réprime un reflux gastrique – de la bile, si tu préfères. Repère la statuette sur le bureau du cadavre. Me décide à faire un pas supplémentaire. La prendre. Trouver Annie. Se barrer sans se poser de questions sur ce qu’il s’est passé ici. Ca sera le mieux. Faut juste que je m’assure qu’elle est vivante – que c’est bien elle qui n’est pas plus humaine que ce que je le suis et qu’elle ne s’est pas faite bouffé plus proprement que celui-là. Je me penche au-dessus du coffret. Hésite à le refermer. A le prendre. Annie a dit qu’elle ne réfléchissait pas, Django. Sa mission c’est de récupérer cette chose alors récupère cette chose. Je pourrais toujours dire que quelqu’un l’a prise avant que je n’arrives. Peut être que je réfléchis trop aussi.

Un bruit. Je sursaute. Me redresse de toute ma hauteur, une paluche sur la crosse de mon flingue, toujours coincé dans mes reins. Re bug. Annie sort de l’ombre. D’un angle de la pièce. De nulle part. Putain. Je frissonne lorsque je coule sur elle une œillade indescriptible. Annie est nue. Annie est une bête. Le seul doute qui subsiste est la forme qu’elle peut prendre… Annie n’avait pas besoin d’un garde du corps. Annie me fumerait comme personne au bras de fer. Je soupire. Lâche mon Colt pour dégager ma veste de sur mes épaules. – Je sais que tu t’en fous, mais on ne devrait pas la prendre cette statuette, dis-je d’un timbre si régulier qu’il pourrait donner l’impression que tout est parfaitement normal, ici. Je m’approche d’elle, pour lui tendre ce que je tiens. Manière qu’elle se couvre, et qu’on puisse sortir de là sans qu’on se fasse arrêter pour atteinte à la pudeur. Je fronce les sourcils. Passe le revers de ma main sur son menton – d’une douceur inhabituelle me concernant. Ca va ? que j’ai envie de lui demander mais que je me garde au fond de la gorge en tournant les talons pour arracher de sur la table la boite qui renferme notre pactole. Sans grand cérémonial j’agrippe le poignet d’Annie, la tire à l’extérieur. Emprunte les mêmes venelles qu’elle – un trajet parfait sans jamais me planter jusqu’à l’hôtel. Je me souviens, tu sais. Je me souviens que tu m’as causé de trafic à un moment. Petit. Gros. Un bordel parallèle. Et on a une statue inestimable. Et on vient de buter pas mal de types. Et notre avion n’est pas maintenant – je ne sais même pas si on a le même pour rentrer de Rio. Ce que je sais, par contre, c’est que ça ne doit pas être un mystère où on crèche. On est venu frapper à notre porte, j’imagine que le premier clampin peut donc venir nous tirer une balle en pleine gueule durant notre sommeil parce qu’on a pas l’air dur à trouver.Va te doucher, que j’ordonne, sans agressivité mais dans la pression évidente qu’il faut se dépêcher de décoller de là. Je remballe mes affaires. Fais pareil avec les siennes. Plis nos valises et ne perd pas une seconde, une fois qu’elle revient de sa douche, pour fuir de l’hôtel où nous sommes censés être. On fait des tours de ville. Je nous oblige même à sortir des petites venelles qui sentent le soufre. Me noie dans les avenues touristiques jusqu’à un autre hôtel à l’architecture simpliste – l’un des seuls qui ne soient pas décoré dans un style très typique et tape à l’œil. Au guichet, l’échange est muet. Je pose des billets sur le comptoir et quand l’hôte tire sur son registre blindé du nom de ses clients, je pose encore plus de billets sur le comptoir. Il comprend rapidement qu’il me faut des clés et qu’il n’aura pas de blase… Et il n’est pas réfractaire puisqu’il me donne ce que j’attends sans même se plaindre du manque de communication verbale.

On est relégué au quatrième étage sans ascenseur. Notre chambre n’est pas aussi spacieuse que la précédente et, malheureusement, les deux lits simples ont été troqué contre un grand lit double. Tant pis. Je balance mes valises. M’échoue sur une petite causeuse juste en face du plumard. Cale l’un de mes pieds sur le sommier en basculant ma nuque en arrière. – Repose toi, que je finis par murmurer. Il est peu probable que j’arrive à dormir moi, de toute façon.


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'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-7


Fébrile, la respiration en berne, j’attends. J’attends la fuite que je lui imagine prendre, trop content de se débarrasser d’une charge - toute féminine puisse-t-elle être. Je lui prête des intentions mauvaises pour ne rien espérer, pour ne pas me sentir vexée. Moi, c’est ce que j’aurais probablement fait. Récupérer le magot et me barrer, tu sais. Je lui donne des allures de connard, parce que c’est toujours plus facile comme ça. Pourtant, il reste là, museau penché au-dessus de la statuette comme s’il hésitait peut-être. Pourquoi tu ne la prends pas ? Le sombre du pelage disparaît et les os se soudent. Un pas puis deux. L’éclairage jaunâtre me dévoile, de cette absurde nudité dont je me fous. Et le rouge à mes lèvres, balayé d’un revers de main et l’air de ces minots que l’on vient de prendre en faute, étampé à la gueule. Les mots coincés à la trachée pour expliquer, pour larguer des mensonges qui ne tromperont personne. C’est trop tard, il sait.
Les prunelles prennent la fuite, se posent sur la gerbe écarlate qui côtoie les petons. Parce que derrière l’assurance fauve, il y a les doutes et les peurs et les trous en dedans. Je lui imagine le même regard d’horreur et de dégoût, celui-là même que je pose sur moi à chaque fois que les mirettes se posent sur sur mon propre reflet. Parce qu’il y a l’incompréhension malgré la fusion, qu’il y a les pourquoi et les comment qui ne trouvent jamais de réponses. L’engeance bâtarde, résultat d’une baise qui a merdé, d’un foutre contaminé. Poigne dans son dos et l’arme que je lui imagine tâter du bout des doigts avec l’envie de trouer le front de l’infamie. Je devrais te bouffer que je pense. Aspect purement pratique. Si tu n’es plus là, tu ne pourras pas juger, ni buter. Si tu n’es plus là, tu ne pourras pas raconter le terrible secret. Le secret en fardeau depuis trop d’années. Celui jamais partagé par peur, par lâcheté. Le timbre de sa voix résonne dans le silence assourdissant. Battements de cils et trogne qui le mire. Les yeux s’écarquillent. Tu ne me tues pas ? Tu ne me poses pas de questions, celles que je déteste et auxquelles tu n’auras probablement, jamais de réponses. ? Je fronce les sourcils, analyse la main qui se tend et comprends, à retardement, que la veste est seulement là pour me couvrir. Je m’exécute à la manière d’une poupée sans vie, enfile le tissu froid sur le derme qui se hérisse. La caresse qu’il délivre me fait tanguer sur mes guiboles. Conversation muette avec son lot de devinettes. Parole amputée, les questions crèvent sur le bout de la langue. Pourquoi ? Il tire sur le poignet, Dingdong, il extrait nos carcasses de ce tableau macabre. Là où les corps ne sont plus que charpies, les chairs réduites en bouillie. Et le carnage, son carnage, m’apparaît presque comme une délivrance. Toi aussi ? que je voudrais lui demander, sans toutefois oser le prononcer, le formuler. Je me berce de ce mutisme, emprunte avec automatisme ,les routes et les chemins sur lesquels il m'attire. Ralentis. Dans le bide, ça se tortille. Tu veux leur dire ? À qui ? Au bonhomme accoudé au comptoir, à la vieille dame dans le couloir, aux flics aussi ? La paranoïa enfle sous les côtes. Pourtant, rien de tout ça. La porte de la chambre se referme sur mon air hébété. Puis l’ordre, l’ordre enveloppé d’un peu de miel pour ne pas brusquer plus que de mesure ou que je lui rétorque d’aller se faire foutre. J’exécute sans broncher, regarde le siphon gober l’eau crade et colorée. Dix minutes. C’est le temps qu’il me faudra pour sortir de là, me heurter à mon sac déjà refermé que j’ouvre à nouveau pour récupérer des fringues - un débardeur et un short en coton - on dirait que je suis en pyjama. Je les passe devant lui, oubliant les cicatrices profondes qui parsèment le derme et la plus crade, boursouflée qui me mange flanc et dos. Oubliant que ça ne se fait pas, mais je m’en fous.

Une poignée de minutes après, on se mélange à la population qui se réveille pour faire la fête jusqu’au petit jour. Je le suis, ne délaisse pas sa paluche de peur de le perdre dans la foule qui se presse aux abords des bars les plus prisés. Notre escapade se résume à marcher, esquiver, se faufiler. Un autre hôtel, un autre comptoir, une autre tête. La chambre, elle - bien plus petite - se pare d’une décoration un peu plus banale, dans des tons de blanc et de noir. De quoi reposer les rétines. La vue est ridicule, pas de balcon, juste une fenêtre donnant sur la rue et ses passants qui crient et gesticulent. Il s’installe et j’imagine qu’il me laisse le lit j’ai pas la gale et j’ai pas encore les mains baladeuses, t’aurais très bien pu dormir là, j’aurais veillé à ne pas te toucher, si cela t’incommodait. J’ouvre la fenêtre après avoir récupéré mon paquet. Je m’en grille une alors qu’il invite au repos. Je me retourne à moitié, lui jette un regard pour lui offrir un hochement de tête. La nicotine entre dans les poumons et apaise à sa façon. Mégot écrasé et délaissé dans le pot de fleurs, je lui fais face, la mine contrariée. –Pourquoi ? La question enfin lâchée, mais dont il ne semble rien comprendre. J’avais oublié, que tu n’étais pas dans ma tête. –Pourquoi on ne devrait pas la prendre, la statue ? Maintenant qu’on a tué des gens, qu’on a sali nos mains ; maintenant qu’ils vont probablement nous rechercher dès qu’ils se seront aperçu que quelques têtes viennent à manquer. Je ne me pose jamais de questions, d’habitude. J’exécute, je rapporte, j’empoche. C’est aussi simple que de se lever pour allumer la lumière. Je ne sais jamais ce qu’il en fait, de ces babioles. Je crois que j’ai décrété que ça ne me regardait pas. C’est comme un échange de bon procédé. Il embauche et paye sans soulever la moindre interrogation. Basique, simple. J’hésite à lui couper la parole, à lui dire dans une négation parfaite que non, je ne veux pas savoir, en fait. Je pressens la suite, le poids sur mes épaules. Ce poids en fardeau dont je me débarrasse trop souvent d’une pirouette digne des Jeux olympiques de la mauvaise foi. Il doit savoir ce qu’il fait c’est peut-être ça, le plus terrifiant.
Je m’installe dans le lit vide, le regarde. –Je vais pas te bouffer, tu peux venir enfin, pas te bouffer vraiment, s’entend.
Le réveil brutal, encore. L’organe se fait la malle et l’indigestion force à se lever pour aller dégobiller le restant de viande mal assimilée. La fraîcheur du dentifrice mentholée ne calme pas la panique qui vogue dans le fond des émeraudes. Et ça me percute de plein fouet, comme un train à grande vitesse qui quitte sa voie pour se crasher. –Ils vont la tuer. Le la qui n’est autre que la génitrice. Je me demande, est-ce que ça me ferait vraiment chier ? Et la réponse oscille entre le oui et le non. Je n’y pensais plus, à elle. Parfois, je me disais qu’elle avait dû crever d’une infection à la con, d’un truc mal soigné parce qu’on a jamais eu trop accès aux soins dans le quartier. D’autres - comme pour me faire du mal - je la voyais pouponner, être une mère épanouie, de celles qui sourient stupidement en posant un regard tendre sur leur rejeton. Tantôt morte, tantôt vivante. Ne pas savoir m’allait parfaitement. C’est foutre des œillères et regarder nulle part, avancer à l’aveugle jusqu’à effacer les existences autres. Je déboule dans la chambrée et je répète, estomaquée –Ils vont la tuer. Qui. –Elle. Mais c’est qui, elle. –La femme de ce matin, ma mère. Ça me coupe la chique, les doigts se portent aux lippes comme pour taire le mot mère, mais c’est trop tard. J’ai l’impression qu’il prend écho partout, qu’il me percute avec la violence d’un monde qui s’écroule. Mon monde, mon monde avec personne dedans. Mais dans l’absolu de cette information, aussi tragique peut-elle être, je n’ai pas de solutions. Elle n’a pas d’argent, ne voudra jamais déménager, doit certainement crécher dans notre vielle bicoque crasseuse et étriquée. Elle a les cuisses sales et rien d’autres à offrir en contrepartie. Alors, c’est ça, je dois juste la laisser crever ? Ce serait presque mérité.
Déshumanisée.

Des racines trop longtemps arrachées, ne restent que les tiges fanées. Vestige d’une autre vie, de celle qu’on ne choisit pas, mais qu’on subit. La tempête se calme, le myocarde se détend et je fume une cigarette. Pas pour réfléchir, ni monter un plan pour lui venir en aide, juste pour occuper les lèvres. Je ne sais plus pourquoi je me suis subitement inquiétée parce que tu n’es possiblement pas aussi inhumaine que tu voudrais l’être, Andy. J’essaye d’oublier l’existence de cette fêlure qui s’étend à la poitrine, celle qui donne une impression désagréable et empêche une respiration pleine. Je voudrais la combler à coup d’colle d’alcool liquide. Sortir à présent, c’est s’exposer à croiser des gens, ceux avec qui, on n’a pas envie de causer et qui ne cherchent qu’à nous buter. Je suis tentée de hausser les épaules et de larguer un tant pis, mais je me tais. Je me bouffe les ongles entre deux taffes. –Putain que je crache. Je voudrais m’en foutre, tu vois. Comme de ma première culotte, de ma première baise, de ma première clope. Je voudrais m’en foutre, vraiment. Je finis par souffler –Je dois y aller, j’y arrive pas à oublier qu’elle est là, qu’elle existe, qu’elle va mourir. –Je peux y aller toute seule que j’ajoute ça ne fait pas partie de la tâche qu’on t’a confié, ça. Pas vraiment. C’est un détour sur le plan. Il s’amène et je ne fais rien pour l’en empêcher, égoïstement. J’arpente le bitume défoncé, esquive les scooters, ne réponds pas aux sifflements, pas même à Mario qui sort et beugle -Hey Andy ! Les Favelas ne dorment jamais. Je n’entends plus rien, me concentre pour ne pas dégobiller la profonde aversion de cette partie du quartier. Rien ne change. Les ados se chamaillent malgré l'heure trop avancée de la nuit qui s'éternise pendant que les parents se saoulent au bar du coin, les boutiques sont les mêmes et la porte d’entrée, d’un bleu délavé à la poignée tordue est toujours là. Rien ne change. Je ne prends pas la peine de toquer, découvre les pièces exactement comme si j’étais partie hier. La porte du placard est toujours là, même Filipe, ce gros tas. –Sortez de chez moi ! qu’il hurle, s’armant de son vieux revolver. –Elle est où ? Il ne comprend pas. –Elle est où, Olinda ? Connard. Il ordonne de partir, j’avance, il tire. La balle égratigne l’épaule, se plante dans la vieille cathodique qui crève dans des bruits mécaniques. Poignet tordu, l’os qui se pète et Filipe qui comprend, chiale, gémit –Andy ? L’Autre voudrait l’avaler tout entier. Il n’y a qu’un grondement sourd qui lui répond. Je devrais te tuer, pour tout ce que tu nous as fait. Je ramasse son arme et la lui tend, ignorant l’hémoglobine qui file le long de mon bras. Je le force à la prendre et pointe le canon sur sa tempe.– BANG ! Simple suggestion. Il sursaute, chiale comme une fillette. T’as jamais été un homme. C’est plus facile de cogner ceux qui ne savent pas rendre. –Remonte la rue, tourne à droite puis à gauche. Elle sera là avec un client –J’arrive. Y a que de la froideur dans la voix tandis que je ne le quitte pas du regard, Filipe. Ses yeux globuleux le regardent partir et il l’interpelle, il l’interpelle encore. Je lui intime de ne pas bouger et de se taire. Il n’écoute pas. Le pied frappe avec force le tibia. Il s’agenouille Filipe –Pas bougé, j’ai dit. Je monte à l’étage, retourne lit et commode pour tomber sur sa planque. Les réaux fourrés dans un sac, c’est pas ton argent, ça. Les babines s’étirent quand je le retrouve. Les crocs se dévoilent tout juste, l’Autre a faim d’une vengeance sanglante. Mais je me contente de partir, de partir pour ne pas que les émotions gangrènent l’esprit.
Elle est là, Olinda, à ronronner à l’oreille de Dingdong. Elle lui sort le grand jeu, battements de cils et rehaussement de poitrine. La cuisse s’ouvre dans une invitation claire. La langue du sexe est universelle. Elle me dégoûte. Je lui fourre le sac que je me trimballe depuis chez elle, dans les bras. Elle s’étonne, les traits se froissent d’incompréhension. –Tu dois partir. Avec ça, tu peux recommencer une nouvelle vie ailleurs, loin de cette merde. Alors pars. Maintenant. Vite –C’est ici chez moi. Sa voix est usée par les années, par ce job harassant qui lui a tout volé. –Non, ici, c’est chez lui. T’as toujours pas ouvert les yeux ? Et ça m’agace, ça m’agace profondément. La patience s’étiole et je lui agrippe la main. La tire, la tire alors même qu’elle trébuche sur ses talons de plastique. Je la traîne comme on le fait avec un gamin en pleine crise. Personne ne m’arrête, parce que tout le monde s’en fout. Ils se contentent de regarder, de s’écarter. C’est pour ça, c’est à cause de vous qu’on meurt. Vous regardez sans rien dire, y a que le constat qui vient tordre les lippes contrites, quand il faut nettoyer le sang, pousser les corps. Je la fourre dans un taxi, le premier qui passe. Me décharge de quelques biffetons. J’indique une ville un peu plus dans les terres. Ce sera pas mieux, ce sera pas pire, mais tu seras loin d’eux. Elle dit -Attends, la portière claque bon vent. La bagnole déguerpit. Il n’y a pas ce sentiment de libération que je voudrais ressentir, qu’une impression dégueulasse que je fais tout ça pour rien. Elle reviendra. Je le sais. Les balles fusent, agitent la population. Tout le monde rentre et ferme portes et volets. Et courir, courir malgré la masse imposante de Dingdong et sa grandeur qui fait de lui un parfait GPS, regardez, on est là. Je l’entraîne dans des ruelles plus étroites encore, pénètre dans la baraque d’une jeune femme qui tient contre son sein, quatre enfants d’âges rapprochés. Pas dire désolée, avancer, bousculer, faire tomber les objets ; atteindre le toit, le tirer tout au bord quand la nuit l'empêche de voir. –Fais-moi confiance que je lui susurre avant de reculer d'un pas puis deux. je le pousse, force le déséquilibre qui l'entraîne de l'autre côté. L’échine s’écrase sur un amas de sacs-poubelles, freine la chute. On s’y enfonce sous le poids de nos deux corps lovés l’un à l’autre. Je pressens qu’il ne sera pas content parce que je n’ai rien dit mais ça aurait enlevé tout le charme de tes grimaces lorsque le vide t’avale. Menotte qui se plaque sur ses lèvres pour le forcer à se taire. –Shhh que lui intime ma bouche qui se colle à ma propre main. J’ai pu les entendre grimper, tenter de nous suivre. Ça persiste quelques secondes ou minutes, jusqu’à ce qu’une autre piste soit envisagée par nos agresseurs.

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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyLun 12 Nov - 16:22

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• Je déglutis. Ma pomme d’Adam vibre sous ma peau lorsque je redresse la tête pour chercher ses gallots. Pourquoi quoi ? que mon haussement de sourcils lui demande. Et elle semble comprendre, Annie, qu’on n’est pas sur la même fréquence. Ou peut être que c’était un pourquoi vague… Le genre qu’on n’ose pas vraiment préciser. Parce que j’imagine que t’en a plein la gueule des pourquoi, à commencer par le fameux : Pourquoi tu ne m’as pas buté ? Suivi des : Pourquoi tu m’as pas abandonné ? Pourquoi t’as pas peur ? Pourquoi tu t’en fous ? Pourquoi je ne t’intrigue pas plus qu’un silence ? Pourquoi tu veux pas savoir ? Pourquoi tu m’dis pas pourquoi, toi ? Mais le seul qui passe les lippes d’Annie, de pourquoi, concerne la statuette planquée dans l’une de nos valises – la sienne, en l’occurrence. Et dès qu’elle la balance avec élan, son interrogation, je sens qu’elle la regrette. Je sens qu’elle ne veut pas savoir – je sens qu’elle s’en fout dans le fond et que je pourrais lui chanter la carioca que ça la satisferait tout autant qu’un truc intelligent – tu ne penses même pas que je suis intelligent, pas vrai ?. Parce qu’on va pas se mentir, c’est pas la raison qui l’intéresse ; au mieux c’est le son de ma voix pour lui faire oublier qu’on vient de passer une soirée de merde et qu’on va devoir se partager un espace encore plus petit que le précédent. Au mieux c’est juste pour combler les vides. Le malaise de l’instant. Pour taire ce qu’on vient de partager – pour rendre tout ce bordel un peu moins intime et un peu plus professionnel. Si on parle de la statuette, on revient un peu dans le concret. A Ross Creek. Loin de Rio. On sort du cauchemar. On gomme un instant de nos esprits qu’on va se faire dégommer. Je hoquette, mitigé. Pas vraiment enclin à répondre – je suis à peu près certain qu’elle ne m’écoute déjà plus, Annie. Tu fais blablabla quand tu causes Django, fais toi une raison, tu n’as même pas de nom, l’Anonyme Suiveur Rouge.Pour rien. Comme ça, que je crache sans plus de précision. C’est bien, aussi, que tu sois la seule de nous trois à pas savoir ce qu’il veut faire avec. C’est vachement moins dangereux, les gonzes qui se battent pour le pèze… Regarde, je me bats pour des causes et ça ne m’a amené que la mort. Je détourne le regard, mate un peu l’extérieur. Récupère machinalement le paquet de blondes, dans la poche de mon jean. Joue avec mon zippo. Clic. Clic. Bruit chiant et régulier. Annie se vautre. Me propose un bout de matelas. Merci. Cette fois, je ris. L’un des premiers rire que je lui cède. Parce qu’elle me semble naïve, la petite tout à coup. – Comme si j’avais peur que tu me bouffes, murmuré-je plus pour moi que pour elle. Je suis moins faible que ce que tu sembles le penser. Moins pleutre, aussi. Et le risque, ça m’enjaille, si tu vois ce que je veux dire.Mais nous ne pouvons pas tous faire les mêmes promesses. Je ne suis qu’un Homme. Si tu peux t’en tenir à rester en boule sous un coin de couverture, peut-être que moi pas. J’ai pas encore viré eunuque, et je sais à peu près ce que tu donnes sans tes fringues. Disons que je suis déjà au summum de l’effort chaste là. Je me trouve même plutôt cool dans l’ensemble. Ne me provoquons pas plus que ce que la providence ne me provoque. Voilà.

Clic.
Clic.


La cigarette crame dans la respiration régulière d’Annie. Elle s’est endormie. Moi pas. Les minutes s’égrainent avec la langueur des heures. C’est long. C’est chiant. Je m’emmerde. Je veux pas faire de bruit. M’acharne un peu sur mes clopes jusqu’à finir mon paquet. Je me tords. Gigote. Tente de trouver le sommeil mais la position improbable que la causeuse m’oblige à tenir est définitivement une torture pour le corps. Alors je me lève, doucement. Epie les gens de la fenêtre de notre chambre. Frissonne chaque fois qu’un connard s’approche de la porte principale de l’hôtel ; respire à nouveau normalement chaque fois qu’il s’en éloigne. Nuit blanche. Journée blanche. Je fais finir par être l’ombre de moi-même. L’automate inutile qui suit une louve ou une métamorphe. Elle se lève, d’ailleurs, Annie. Pour aller vomir – faut dire que l’épaisseur des cloisons ne laisse pas de place à l’imagination. Je soupire. Ca y est. On a échangé assez de familiarités bateaux pour que je trouve presque ça normal de t’entendre gerber. Je cale mon épaule contre le mur. La tempe contre l’arête de la fenêtre. J’hésite à aller faire un tour en ville. M’accorde après quelques secondes que ça serait parfaitement suicidaire. Me tâte à changer mon vol pour pouvoir rentrer ce jour à Ross Creek. Ca, ça doit être possible. Parce que plus tôt je serais là-bas, plus tôt je pourrais arrêter de cogiter sur la façon dont je vais mourir à Rio… La putain de Rio. Annie revient. Faut que t’arrêtes de balancer des moitiés de phrases tu sais ? Genre n’en fait pas une partie dans ta tête et l’autre à voix haute. J’suis pas télépathe. Je me tourne de trois quart. Arque un sourcil. De qui on parle ? C’est qui elle ? Celle qu’ils vont tuer ? Et là, la révélation choc. J’en croise mes bras contre mon torse comme si c’était en mesure de me protéger contre ce que je venais d’entendre. J’ai pas envie de connaitre ton arbre généalogique comme tu n’as pas envie de connaître le mien. Va falloir qu’on reprenne les bases, et qu’on reste chacun à notre place. Mais c’est trop tard, pour ça. Je sais que c’est sa mère. Et ça aussi, ça explique des choses. Bientôt, tu n’auras plus grand-chose de mystérieux Annie. Tu n’étais personne avant, et maintenant je sais que tu viens d’ici. Que t’es une fille du peuple. Que t’es en colère – ouais, vraiment en colère. Contre le destin – le tien. Contre ta mère – parce que t’hésite là, hein ? Contre ta vie – aussi pourrie que les venelles de Rio. Ca put dans ton cœur comme ça put dans ta ville. T’es pas moisie, mais ils t’ont bien ruiné, tous les types qu’on a croisé jusqu’à maintenant. Surtout le grand, celui que t’as bouffé. Celui là tu l’aimais pas – encore moins que ce que tu m’aimes moi. Je me tais, parce qu’il n’y a rien a dire. Je suis pas là pour me faire ange et démon décisionnaire. Elle s’en cogne de mon avis. Elle en a déjà un, de toute façon, Annie. Elle veut sauver sa mère. J’ai envie de dire Je te comprends. mais en fait pas vraiment.

On repart. Et si je la suis c’est seulement parce qu’il faut qu’elle rentre en vie, Annie. Je m’aperçois que c’est une idée de merde à peu près à mi-chemin. Ou non, attends. Plutôt quand un connard lui tire dessus dans un nouveau bouge. La télé pète, Annie trésaille à peine – moi j’ai déjà fait un bond contre le mur du fond. Si elle est en mesure de se régénérer comme une pro, moi pas. Moi je suis un putain d’humain qui a vraiment des pulsions à la con. T’aurais dû rester à l’hôtel, Django. Mais il a fallu que tu la suives, Django. Est-ce que tu ne penses pas être un boulet à sa cheville, plutôt, Django ? J’veux dire maintenant que c’est plus un mystère qu’elle n’a jamais eu besoin d’un type comme toi dans ses pattes pour la récupérer sa statuette ? Je sors lorsqu’elle m’ordonne de le faire – lui pointe un majeur qu’elle ne voit pas, ou qu’elle pense que je pointe vers le mec qu’elle braque. Mais ça lui est destiné, ouais. Parce que ça va. Ca va. C’est officieux là, la mission. Ne me prend pas toujours pour ton subalterne. Je rage. Serre la mâchoire. Crache une injure lorsque je vois la daronne, habillée dans l’élégance du métier qu’elle représente. Ta mère tapine, je pense que c’est un mystère pour personne. Elle me reconnait, je crois. Me tape la discute alors que je ne comprends pas un broc de ce qu’elle me dit. Elle rigole. Ca en fait au moins un sur deux qui se marre. Parce que qu’est ce qu’on se marre. Elle se redresse un peu pour susurrer à mon oreille, de ce portugais chantant et rond en bouche. Je la pousse un peu. Elle revient en me palpant le biceps. Ecarte une cuisse dans une invitation passagère. J’ai jamais été aussi content de revoir Annie.

Sortie de scène.
Je ne me mêle pas des histoires de famille. Reste en retrait. Prend plaisir à étudier les façades des murs clairs – les fissures diverses et variées et les quelques graffitis qui tentent de les cacher. Trépigne. Louche sur ma montre en me souvenant que l’heure n’est plus la bonne – puis j’ai plus de pile, ce qui ne va certainement pas aider à me faire une idée. Je me détourne. Vois la fille qui fait rentrer la mère dans un taxi. Je retourne à l’hôtel ! que je m’apprête à beugler parce qu’il est évident que personne ne va la tuer maintenant et qu’on a pas besoin de moi pour ce genre d’affaire. Mais un coup de feu me fait ravaler l’injonction. Je courbe l’échine. Détale comme un lapin dans les rues que je connais trop peu. Suis Annie, plus agile et intuitive. On se fait pourchasser. J’ai la sensation désagréable d’être du putain de gibier – Bambi entre des feux croisés. Ca serait bien plus simple de se confronter à eux, si tu veux mon avis. Tant qu’ils ne sont pas cent je peux les faire ployer. Je le garde pour moi. Rentre dans une baraque qui n’appartient ni à elle, ni à moi. Suis gêné, une fraction de seconde, pour cette femme – cette étrangère – qui ramène contre elle le fruit de ses entrailles. Je pense à mon gosse, comme j’y pense souvent même si c’est jamais assez – mais peut-être pas dans ces moments là – et j’ai la furieuse envie de me mettre une claque. On touche pas aux gosses, c’est au moins la seule chose que la paternité m’a apprise. On les met pas en danger, non plus. Pourtant je ferme ma gueule en donnant un grand coup de canine dans ma langue. Je me répète C’est pas le moment d’avoir une morale. C’est pas le moment d’avoir une morale. J’entends Fais moi confiance. Je relève le museau pour capter qu’on est en hauteur – à force de la suivre, je me suis perdu. J’ai envie de demander Pourquoi je te ferais confiance ? mais j’ai pas le temps. Annie me pousse. Je tente de résister. Le déséquilibre est plus fort. Ma paluche s’agrippe machinalement à la première chose qui passe pour ne pas que la masse bascule dans le vide. Le débardeur d’Annie. Elle me suit dans ma chute – la sienne étant probablement plus prémédité que la mienne. Je crois que je vais mourir. Je crois qu’elle a cru que j’étais pas humain. Je crois que je viendrais te hanter pour te rappeler que j’étais humain, connasse. Le choc est rude. Moins que ce que je ne l’aurais pensé. Ca rebondit pas, mais ça me brise pas non plus la colonne vertébrale. C’est presque mou. Ca put, surtout. Je ferme les yeux dans la tension vive de chacun des muscles de mon corps. Je crois que je me suis déplacé un truc. Annie plaque une main sur ma bouche. Je rouvre les yeux. Émeraude contre émeraude. Annie est très… Très proche. Je peux sentir son souffle dans ma barbe. Son nez qui effleure le mien. Nous sommes à une paume d’un baiser… Je le prendrais sauvage, s’il te plait.

J’attends. J’attends. Moment suspendu. J’attends, parce qu’elle attend et que je pense qu’elle a une bonne raison de le faire. Quoi que, dans l’ensemble on va pas se mentir, t’as surtout des raisons de merde. Je rus. Pas assez pour la faire basculer de côté, mais assez pour me dégager une main. Je la plaque sur son flanc – sens la chaleur de son derme contre la pulpe de mes doigts. Nous enfonce un peu plus dans l’amas de sacs. Et je rus encore dans une brûlure vive au niveau de mes reins – pas au sens sexuel du terme, c’est mon flingue qui me rendre dans le dos, même si la position est tendancieuse et que j’ai les idées faciles avec l’adrénaline. Je secoue la tête. Parviens à lui dégager la main de mon visage. Plaque celle qu’il me reste sur sa nuque. Dans une impulsion, je nous rapproche. Assez pour qu’on se voit flou – assez pour qu’on ne se regarde plus du tout. Mords moi si tu peux.Va te faire foutre, ronronné-je comme si je lui avais ronronné on s’aime ? Tout nu dans les sacs poubelles ? Dans la crasse de Rio ?. Au moins ça aurait parfait un tableau de merde. Je vais avoir un hématome et un tassement des vertèbres, et ça sera ta faute.

Vif – contrarié – je me dégage. Me bat avec les détritus des autres. Ai envie d’une douche – et ne sais absolument pas où sont nous foutus poursuivants. Elle doit le savoir elle, mieux que tu ne le sauras jamais.On se sépare, que je lâche, une fois que j’ai rampé jusqu’au bitume pour me remettre sur mes jambes. Je me frotte le jean. Je me frotte le tee-shirt. Faudrait surtout que je me frotte la peau avec de la flotte et du savon.Je te ralentis. Evidence.Note que la tentative de meurtre n’était pas nécessaire à me le faire comprendre. Je laisse le museau errer vers les toits. Reconnais qu’on est tombé de haut. C’est plus de mon âge. Je ne vois rien. N’entends que la ville qui vit. – On se retrouve à l’hôtel. Plus tard. J’ai confiance en notre instinct de survie.

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N-8 ••• © 2981 12289 0
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyLun 12 Nov - 19:41



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-9


La confiance s’effrite, cette confiance fragile qu’on n’accorde pas à l’étranger d’un claquement de doigts, encore moins quand il sait manier les armes et bouffer des humains. Il bouge, se tortille, s’échappe, nous rapproche - beaucoup trop. Je ne saisis rien de ses mots et tu le fais exprès. Il retombe sur ses cannes, me donne l’impression d’un sac-poubelle qui s’éventre par terre. Les gestes sont raides, emprunts d’un quelque chose dont je ne saisis pas les nuances. On est vivants, tu devrais être content. C’est ce que font les gens, normalement, quand ils échappent au pire. Ils se taisent ou ils sourient. Toi, tu tires la gueule.
Il se renfrogne, Dingdong. Il est contrarié, Dingdong. Il se la joue jeune fille effarouchée, Dingdong. Petite chose fragile que je pense sans toutefois oser en rire. Le mâle veut qu’on se sépare, pour des raisons qui ne sont pas seulement celles qu’il cite, je le sais. Y a qu’à regarder la façon dont tu me mires. Les prunelles aiguisées comme des poignards. Je ne comprends pas les interrogations, toutes ces choses qui réfléchissent le reflet de l’âme, mais je ne suis pas conne au point de ne pas savoir quand ça déconne. Je ne dis rien, le laisse s’acharner sur un bout de salade qui lui colle aux basques. Il s’en va. il s’en va et je ne le retiens pas. Probablement, que je devrais le faire, tirer sa manche, demander un pardon qui n’aura pas de sens. Je dois te demander, aussi, pour respirer quand on est trop près, de peur que nos souffles se mélangent ? Tu veux tenir un petit carnet, de tout ce que je pourrais bien faire, et qui pourrait potentiellement déranger sa majesté ? Il m’emmerde. Je t’avais dit de me faire confiance. Si la manœuvre visait simplement à te tuer, tu ne crois pas que j’avais mille fois le temps de le faire ? J’irais pas m’emmerder à te balancer du haut d’un toit, dans le plaisir exquis de voir ta cervelle explosée – ce serait gâché. La masse s’éloigne puis disparaît et je ne sais pas pourquoi j’enrage en réalité. On est différents, c’est tout. De ces différences qui creusent des tranchées que plus personne n’ose sauter. Mais on s’en fout, pas vrai ? On s’en fout parce qu’il n’a pas de nom, Dingdong ; a décrété qu’il s’en foutait suffisamment pour ne pas avoir à me le donner. Et c’est Andy, Connard ! Les poings se ferment et la silhouette s’égare sur les toits, là où personne ne peut vraiment me voir. Agilité féline, je m’arrête à la lueur d’une fenêtre éclatée, contemple une femme ou une mère qui chiale. Les sourcils se froncent et le fauve cherche à ressentir quelque chose, mais ça ne fonctionne pas comme ça. Il ne suffit pas de regarder une réalité dérangeante pour s’en émouvoir. Cette réalité que vivent des milliers d’autres partout dans le monde sans qu’il ne ralentisse ou ne s’arrête de tourner.

La cavale achève dans la petite rue de notre hôtel. Quatrième étage. La porte s’ouvre, claque, se verrouille. Fenêtre fermée, lumières éteintes. T’es où, putain ?
J’ai envie de m’en foutre, de m’allonger, de regarder un truc débile à la télé. Une émission ridicule, avec des gens qui rient avec d’autres gens, mais je n’y arrive pas. Je me demande ce qu’il fait, pourquoi il n’est pas rentré, s’ils l’ont attrapé, disséqué, tué ; s’il est là, dehors, paumé à ne plus savoir où il est. Et je me rassure, à moitié, ne le pense pas aussi crétin pour me laisser quand il ne sait même pas le chemin qu’il devra emprunter. La patience à ses limites que le félidé ne maîtrise pas vraiment. Une minute. Il ne va probablement pas tarder, c’est moi qui me fais des idées. Trois minutes. Il est peut-être déjà mort. Dix minutes. Je le déteste. La valise ouverte ,la sienne, je déniche un tee-shirt qui porte son odeur. Je te déteste de m’obliger à faire ça. Et au fond, pourquoi je le fais ? Je ne le sais pas vraiment. J’ai juste à prendre ma valise, à lui laisser seulement le vide en guise de petit mot d'adieu. J’ai juste à prendre un taxi, me diriger vers l’aéroport et oublier cette journée de merde comme on oublie qu’il a plu, que les œufs se sont cassés, qu’on s’est cogné le petit doigt de pied dans la commode de l’entrée. C’est facile. Et y a ce sentiment désagréable, celui qui dérange l’intime et vrille les sens ; il gratte et gratte et gratte à en rouvrir les plaies qui aussitôt s’infectent.
Putrescence. L'abandon en aversion.
Elle n’a pas demandé, tu sais ; comment j’allais et pourquoi j’étais partie et pourquoi j’étais là aujourd’hui. Elle a parlé de Tony sans me dire que j’étais moche ou jolie. Elle n’a pas dit ma fille, mais juste Andy. C’est moche, Andy. Ça me rappelle que je devais être un garçon. Mais on passe l’âge de vouloir leur plaire, d’être conforme à ce qu’ils désirent que l’on soit. Ça me fait sourire, tu sais, parce que je sais déjà que je suis une ratée, je n’ai pas besoin d’elle, ni de personne pour me le rappeler. Alors je le cherche, sans trop savoir pourquoi, ni même ce que je vais lui dire quand il sera devant moi. Je lui en veux, bêtement, juste parce que ça donne un sens à ma quête, parce que c’est facile de lui en vouloir. Le museau hume l’air, détaille les flagrances, dissèque les essences. Mes pas m’amènent dans une petite boutique, pas parce que je l’ai senti, mais parce que j’ai soif. J’ai soif d’oubli. La bouteille de whisky est payée, emmenée dans un sac en papier, et va chier, Dingdong, l’introuvable. Je me dirige vers la plage, m’installe sur le sable, me fous des grains qui se faufilent. Les mirettes se plantent dans le ciel, décortiquent les étoiles. Ces lumières que j’ai comptées et comptées et comptées, sans jamais savoir combien elles étaient. C’est impossible. Imaginer des formes et me raconter des histoires que personne ne peut savoir. Le bruit de la flotte en berceuse. Je ferme les yeux, juste une minute ou deux. Et son odeur emplit le nase. Je me redresse, me contente de le regarder tout à son errance. Tu me donnes l’impression d’être moi, un peu, parfois. Je le rejoins, imagine que je ne suis pas celle qu’il voulait voir apparaître dans son giron. Ni maintenant, ni jamais, probablement. Il m’intrigue, juste assez pour lui tendre la bouteille et ne pas lui aboyer dessus. Pourquoi t’es là, toi ? Pourquoi tu restes si t’en as marre de me voir ? Pourquoi t’es venu ici prendre une statuette que tu n’es pas sûr de vouloir rapporter à celui qui a dû grassement te payer ? –Je ne voulais pas te tuer. Parfait, tout le monde est content de le savoir. Je le scrute, voudrais soudainement bien posséder le manuel des pensées humaines pour pouvoir régler la fréquence. –Tu n’étais pas à l’hôtel, ça sonne comme un reproche. –Pourquoi t’es là ? Pourquoi t’es là, si c’est pour reculer quand il faut faire le grand pas ? –Pourquoi t’es venu ici chercher ce truc alors que t’as pas envie de le lui donner ? Parce que tu vois, de mon côté, ça n’a pas grand sens, les raisons de ta présence. Une envie de découvrir les paysages de cartes postales de cette chienne de Rio, peut-être. Elle est laide, Rio. Elle est laide dès qu’on s’y intéresse un peu ; aussi laide que les gens qu’elle engendre par centaine et par millier.

L’émeraude fixe et brille à la lueur des lumières de la ville qui jamais ne dort, pas tout à fait, jamais vraiment. Je n’aime pas parler que je voudrais lui dire pour expliquer les silences qui s’étirent et s’étiolent. Parler, c’est apprendre à l’autre les cheminements et les failles. Parce que lorsque l’on écoute bien, on peut savoir ce que l’autre aime ou n’aime pas. Il suffit juste d’écouter, ouais. Je sais que tu parles le français. Cette langue barbare réputée pour sa difficulté. Je sais que tu aimes lire, des trucs d’histoire, de guerre, du moins je crois ; que tu n’es probablement pas le simple mec qui a des muscles à la place du cerveau. Je sais que tu as quelque chose de magique en toi, parce que tu ne sens pas comme moi, ni comme les autres et que j’ai vu ce que tu as fait à ces hommes. Des certitudes foireuses, peut-être. Et si moi je sais ça, qu’est-ce que tu sais de moi, toi ? Vertige effrayant qui me fait frémir et déglutir. – Et t’as pas dit pourquoi, pourquoi t’es là vraiment, sur la plage ? Pourquoi t'es resté, Dingdong ? Et sans doute que ce n’est pas vraiment important, qu’il s’en fout comme je devrais m’en foutre. Il en sait trop. C’est ce que ma conscience me répète en boucle quand je voudrais lui répondre dans un murmure qu’il n’a pas eu peur lui. Qu’il ne s’est pas enfuit en hurlant, en abandonnant la mission sous des prétextes merdiques. Une mission bancale qui ne tient plus que par des liens usés, grignotés. J’attends de lui des réponses, de celles qu’il peine à me donner sans avoir à les éluder. Il touche, il touche à quelque chose de fragile, d’intangible. Je m’emmure soudainement. Regard fade qui part à la dérive. Je plonge dans cet ailleurs fait de fissures et de moisissures. Conscience déconnectée à la réalité.
Je la déteste parce qu’elle dit oui, hoche du chef, courbe l’échine. Elle subit sans rien dire des violences d’un homme qui n’est là que pour prendre son fric. Ce fric qu’elle gagne de la plus crade des façons et qui la rend vide et poisseuse. Alors, quand il abîme la carcasse adolescente, elle se tait, fuit mes prunelles qui voudraient comprendre pourquoi. De ces pourquoi qui germent à la psyché sans que jamais personne ne prenne le temps de les expliquer. Elle a bousillé la confiance et l'amour inconditionnel qu'un enfant offre à sa mère.
Battement de cils, les doigts s’enfoncent dans le sable comme pour s’y ancrer, se sortir des souvenances qui gangrènent l’encéphale. –Tu agis comme ces gens qui ont quelque chose à perdre, confié-je soudainement, frappée par l’évidence. –Tu ne fais jamais rien de complètement... fou ? Quand tu ne sautes pas du haut d’un toit avec l’inconnue pas vraiment inconnue qui te fait face. Folie ne rime pas toujours avec idiotie. –Tu m’en veux pour tout à l’heure ? Y avait pas de code couleur pour saute ou crève. Je discute, putain. Haussement d’épaules, je largue des excuses qui n’en sont pas. M’en demande pas, tu risquerais d’être déçu du résultat. Et peut-être qu’on devrait rentrer, s’enfermer à double tour avant que quelqu’un ne nous repère, ne sonne le clairon qui rameutera toutes les crevures du quartier. Notre seul atout, c’est d’être au milieu des touristes, là où la flicaille veille. Mais je n’ai pas envie de partir, moi qui croyais ne jamais avoir le mal du pays, ça m’a manqué, ça. Juste ça. L’étendue de flotte, le calme qui règne sur la plage aux heures les plus fraîches. Je bois. –T’es différent, conclus-je dans un ronron. T’es différent. –Je crois que j’aime bien ça, même si on s’en branle de ce que j’aime ou pas.


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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyMar 13 Nov - 15:46

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• Je m’éloigne. Elle ne me suit pas. Je tourne à l’angle de la rue. Elle ne me rattrape pas. J’arrête de respirer jusqu’à l’intersection suivante, dans l’espoir de l’entendre et dans le soulagement de ne pas la voir. Parce que je ne sais presque jamais ce que je veux. Parce que le social c’est pas mon truc. Mais que comme ça je me satisfait de tout et je ne suis déçu de rien.

Mon cœur se remet en route – mécanique hasardeuse. Boum boum boum. Je erre dans les rues de Rio. Boum boum boum. Les avenues principales. Les avenues bondées. Les avenues touristiques – celles qui me font passer pour un étranger, un nul, un naze. On me hèle plusieurs fois pour me vendre des trucs sur le trottoir. Je sais pas trop quoi – des bibelots à la con probablement, le genre moches et hors de prix. Puis y a ces odeurs de bouffe un peu partout qui me rappellent que j’ai faim. La chaleur qui remonte de l’asphalte et qui, pour la première fois depuis que je suis ici il me semble, ne put pas la pisse et la mort. Je me demande est-ce que tu vas arriver à te commander un repas ? je me réponds c’est le dernier truc prudent à faire. Je m’arrête dans un magasin. Une supérette. Un attrape badaud. C’est joli. Y a des lumières partout, des néons énormes qui clignotent. Ca fait propre même – et les prix sont exorbitants. J’ai pas grand-chose comme pognon sur moi. De quoi étancher foie ou estomac mais pas les deux à la fois. Je suis raisonnable, prend un paquet de chips. Pense que, de toute évidence, c’est pas ça qui va me nourrir. Le repose pour jeter mon dévolu sur une petite bouteille de whisky – le bas de gamme, le dégueulasse mais j’ai aussi besoin de nicotine. Je pose que ça sur le comptoir. Sous le regard accusateur de la vieille juste derrière moi. Mais m’emmerde pas va, c’est une poubelle géante Rio, c’est pas la première fois qu’on doit venir que pour ça. Je paie. Je sors. Je vais chercher mes clopes. M’y ruine dans ce bureau de tabac. Me dit que s’il m’arrive une merde maintenant, je ne suis même pas foutu de me prendre un taxi pour rentrer. Et tu penses qu’elle fait quoi, Annie ? J’en sais rien, en vrai. Je m’en fous, en vrai. Peut-être pas tout à fait. Dans une inconscience un peu consciente – après une bifurcation que je me convainc de ne pas connaître – je me retrouve au pied de l’hôtel. Enfin, un peu loin. Un peu dans un angle mort – assez en retrait pour voir de la lumière au niveau de notre piaule, pas assez pour voir une silhouette. Ca me satisfait, pourtant. Je me barre tranquille, comme ça. Marche, dans les venelles plus étroites entre quatre ou cinq gorgées horriblement âpres – ou âcres ou les deux. Bouteille terminée et balancée je m’aperçois que je cours – que j’ai fuis - seulement lorsque mes poumons me brûlent – que mon sang devient acide. Et je m’arrête. Subitement. Les pompes dans le sable de la plage – dans la nuit une brise me gifle. Si seulement l’errance était un art. Je reste coi. Un instant. Une seconde, une minute, une heure. J’en sais plus rien, en fait. Je vire même ma montre pour la jeter au loin. Quitte mes chaussures pour m’enfoncer dans le sol tendre. M’avance jusqu’à la flotte – jusqu’à ce que les remous et l’écume ne viennent me caresser le bas du jean. Ca sent les algues. Ca sent l’iode. L’infini de l’horizon embaume la liberté.

Et si quelqu’un a envie de te tuer tu tournes le dos à la réalité.
Je tressaute.
Amère réalité.

Puis je vois quelque chose bouger sur le côté. N’ai pas besoin de faire face à la silhouette pour parfaitement savoir qui elle est. Annie l’impersonnelle. Annie l’inconnue à plusieurs variables. Annie le saut de l’ange. Annie la carioca. Annie la blanche. Annie la chasseuse de statuette. Annie qui s’en fout. Annie la blasée. Annie sans problème. Annie et ses silences. Annie. Annie qui s’est jamais appelée Annie mais que je m’obstine à appeler Annie, parce qu’elle n’est personne Annie. Annie c’est juste cette connasse dans ce bar avec qui je devais voler un truc mais je ne savais pas encore quoi. Annie c’est celle qui m’a appelé DingDong parce que je refusais de me présenter. Annie c’est la concise, celle qui n’a pas de famille. Pas de vie ici. Annie c’est celle qui ne parle que quand c’est nécessaire. Et encore, même quand c’est vital parfois elle ne trouve pas ça nécessaire, Annie. Annie c’est la chef. Annie c’est l’égoïste solitaire. Annie c’est celle que je devais suivre parce que j’étais censé être plus fort qu’elle. Annie c’est l’humaine malpolie – Annie c’est celle qui m’emmerde. Annie c’est Annie. Je me tourne vers elle lorsqu’elle me parle. Prend ce qu’elle me tend. Mais je sais. Je sais que tu ne t’appelles pas Annie. C’est juste facile de détester Annie. De la mépriser. De la trouver horriblement différente de tout ce que je connais et tellement arrogante. C’est facile de me dire que tout ce qu’elle fait, elle le fait pour elle et contre moi. Parce qu’Annie c’est encore et toujours personne. Annie je ne la connais pas et j’ai pas envie de la connaitre. D’ailleurs Annie me le rend bien. Annie c’est celle qui m’aurait poussé du toit dans l’espoir de me buter. Annie c’est celle qui serait rentrée à l’hôtel, qui aurait pris ses affaires et qui m’aurait laissé crever sur cette plage. Annie c’est même celle qui m’aurait, potentiellement, tiré une balle dans la tête sur cette plage. Annie elle est facile à comprendre. Annie elle est binaire. Annie elle m’aurait dit qu’elle avait envie de me voir mort. Dans la bouche d’Annie il n’y aurait pas eu les pourquoi et les comment qu’il y a dans la bouche d’Andy. Et je ne sais pas finalement, ce qui me fait le plus peur.

Mon râble s’affaisse. Mon cul se pose dans le sable. Nous sommes si proche de l’eau qu’elle vient par vague nous tutoyer les orteils. – Je ne savais pas ce que tu devais trouver, ici, lâché-je dans un murmure en perdant mon regard quelque part – nulle part en fait je ne veux juste pas la voir, elle. – J’ai pas été embauché pour la statuette, j’ai été embauché pour les armes et pour faire en sorte que tu rentres vivante. Je pense que Doe ne me connaissait pas assez pour me causer de ses funestes projets. J’étais un employé facile et à la bonne réputation – chacun ses missions qu’il a dû décider. J’enlève une poussière inexistante de sur mon futal. Bois pour oublier qu’on ne dit rien. Même si les silences sont parfois plus bruyants que la plus endiablée des conversations. Gigote dans une gêne adolescente. Parce que toi, qu’est ce que tu fous là bordel de merde, ANNIE ?J’aime le bruit des vagues. N’importe quoi. Tu dis n’importe quoi. Je pousse un gros soupir en roulant des yeux. Les pose sur l’autre dans l’absolue conscience que c’est une mauvaise idée. T’es pas vilaine et c’est un véritable problème.Je ne sais pas pourquoi je suis venu ici. Probablement parce que… Parce qu’on respire autre chose que des effluves de pot d’échappement ici.Parce que ça semble être le plus bel endroit de Rio et qu’il me donne une impression de liberté. Ca va. Parfait. Il ne manque plus que les tisanes et les élastiques pour se faire des nattes maintenant. J’aurais dû m’en tenir au bruit des vagues même si c’était pas vrai.

Il fait sombre - quelques nuages passent parfois devant le croissant de lune – mais pas assez pour que je ne capte pas le profil d’Annie. D’Andy, maintenant, je ne sais même plus. Merci bien. Elle a les cheveux en désordre repoussés en arrière, me laisse pleine vue sur sa tronche. J’aimerais dire qu’elle est trop laide pour être belle, ou trop parfaite pour toucher des gens ailleurs que sur les papiers glacés des magasines mais ça serait se mentir – y a ces détails, infimes, comme la courbe de son nez peut être trop court, peut être trop rond ou la petite ride qui se forme à la commissure de ses lèvres lorsqu’elle cause, qui lui octroient ce truc en plus qu’on appelle le charme. Et elle a même pas besoin de maquillage pour qu’on le voit. – On a tous quelque chose à perdre, que je souffle, à peine audible. Moi, j’ai peut-être moins à perdre que beaucoup d’autres cela dit. J’ai déjà tout perdu.Bien sûr que si, je fais des trucs fous. Pas plus tard que cette semaine j’ai accepté un contrat à Rio pour protéger une fille qui n’avait pas besoin qu’on la protège. T’images, te manger 18h de vol alors que t’aimes pas voler juste comme ça ? Pour une fille que tu ne connais pas et de l’argent qui ne t’es pas indispensable pour vivre ?, souris-je d’un timbre plus léger. Dans la lourdeur d’une ambiance qui n’a rien de léger.Je t’en veux pas. Je dodeline du chef. – Je t’en ai voulu sur le moment, mais c’est passé, maintenant. Pas parce que tu me donnes du whisky. Ni parce que la plage ça me gagne. Ni parce que l’air frai donne le CO² nécessaire à mon cerveau pour ne pas que je vire complètement connard – c’est pas une mauvaise irrigation ça, c’est 100% naturel. Ni même parce qu’on a la mort aux trousses et que du coup faut bien que je fasse une BA pour sauver mon âme – elle est flinguée mon âme si tu savais. Juste parce que t’es là, à côté de moi… Et que je sens que tu fais un putain d’effort pour être là, à côté de moi. Et que j’sais pas. Ca me fait un truc – ça m’rend empathique ? – et que j’ai envie de te rendre ce truc, un peu maladroitement. Fait chier. Je fronce les sourcils. Putain. Ca serait quand même plus simple de te dire merde pour que les sensations amicales dégagent de l’encéphale. Que tu te barres. Que tu me lâches. Même si cette fois je ne sais pas si ça me soulagerait vraiment que tu te barres et que tu me lâches. Action impossible de toute façon. Andy m’enchaîne – me fixe au sol, m’accroche à son visage, à ses lèvres tâchées d’ambres au goût boisé. Je suis différent et t’aimes bien ça. Si je voulais chipoter – si j’en étais capable – je lui demanderais sur quelle échelle de la différence elle se base – parce qu’elle est vague et qu’on m’a plus souvent dit que je ressemblais à tous ces autres plutôt que t’es tellement pas comme les autres, genre différent. Mais je prends juste le compliment. Je me le garde – parce que ça doit être rare, pour elle, d’en faire et que c’est rare, pour moi, d’en recevoir. En fait je ne suis même pas sûr que ça en est un, de compliment. Mais tant pis.

Ma main lisse le sable devant nous lorsque je redresse l’échine. Et le doigt dessine des sillons, des courbes – joue de sable humide et plus foncé. – J’aime bien l’art. Mais aucun rapporte avec ce que je fais là, cherche pas.J’veux dire, j’aime assez ça pour savoir ce que tu viens de voler. La statuette de Pazuzu est très ancienne. Elle est asyrienne – c’qui veut plus rien dire de nos jours. Enfin, elle a un certain pouvoir. Le roi des mauvais esprits des vents qui sort violemment des montagnes en faisant rage, c'est moi. C’est une des inscriptions qu’il y a noté dessus. Je vais pas te la faire littérale, ni trop longue, mais il faut que tu saches que cette statuette, mise entre de mauvaises mains, peut amener sécheresse, famine, inondation et répandre la maladie – entre autres choses. Et pas que sur la petite partie d’un territoire, elle a vraiment un rayon d’action gigantesque. Sans compter qu’elle protège celui qui la possède, ce qui peut conférer une certaine puissance - être presque intouchable t’imagines, c’est énorme. Mes phalanges balayent le sable – les sillons et les courbes représentant le visage de la statuette et les abords de la Mésopotamie. J’ai touché longtemps à la magie noire. Alors je sais certaines choses. Et j’en ai fait d’autres, aussi. Pas des glorieuses.Que tu saches ce que tu rapportes, au cas où tu aurais des choses à perdre, toi aussi. On ne sait jamais. Et parce que je ne t’empêcherais probablement pas de faire ton travail. Quelques secondes s’égrènent. La bouche sèche va chercher au goulot de la bouteille de whisky de quoi se (dés)hydrater. – Je n’étais jamais venu à Rio avant… Là. Et… Et je crois que je n’aime pas beaucoup cette ville. Je penche la caboche. Me tord la nuque pour couler une œillade vers Andy. – Donne moi envie de retourner à Rio un jour, Andy, même si je n’y retournerais jamais. Amène-moi dans le plus bel endroit de la putain de Rio. Celui que tu préfères. Celui qui te ferait hésiter à repartir. Celui qui pourra me faire dire : Je peux mourir ici maintenant. Vends moi un peu de rêve dans ce cauchemar. Fais moi oublier qui nous sommes.


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N-10 ••• © 2981 12289 0
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyMar 13 Nov - 19:18



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-11


On a tous quelque chose à perdre. La phrase tourne et tourne en boucle à l’intérieur de la boîte crânienne. Les mirettes fixent l'horizon, la flotte et la lune qui s’y reflète. Et je me demande alors, ce que j’ai à perdre, moi. Et le gouffre est effrayant. J’avais oublié qu’elle existait jusqu’à aujourd’hui, tu sais. Cette femme au regard fade et au visage fatigué. Je sais qu’elle va mourir, ça devrait probablement m’émouvoir, m’inquiéter, mais au fond, c’est juste un constat, une réalité. Elle va revenir et mourir. De vieillesse ou d’une balle en pleine tête. Je n’ai personne à perdre, personne que je n’ai déjà perdu. On pourrait me voler mon oseille, abîmer ma caisse, mais ce n’est rien qui ne se remplace pas avec du temps et de l’argent. Je n’ai rien à perdre, parce que je ne possède rien. Mais c’est faux, et je le sais. Parce qu’il y a ce sentiment animal qu’il ne doit pas connaître. Les cages et les chaînes en épée de Damoclès. Je ne veux pas perdre ma liberté. Cette liberté que tous pensent pouvoir posséder parce qu’ils travaillent, qu’ils ont leur propre toit sur la tête, qu’ils sont décisionnaires de la bouffe qu’ils mettront dans leurs assiettes ou du film qu’ils iront voir ce soir. C’est des mensonges, on est jamais libre, jamais vraiment. On a tous nos liens et nos carcans. J’aimerais me targuer d’être libre, mais ça aussi, ce serait mentir. Il n’y a que l’Autre qui l’est, un peu, quand je le veux. Parce qu’elle n’a de comptes à rendre à personne, qu’elle peut passer des heures, des jours et des semaines à errer sans autre pensée que de se sustenter. C’est facile d’être l’Autre. C’est reposant. La suite de sa tirade me fait oublier cette sensation crade qui souille l’encéphale. Le presque rire qui s’étouffe et les lèvres qui s’étirent en une grimace qu’ils appellent sourire. Ça me donne surtout l’impression que ta vie est fade, tu sais. Venir ici juste pour le plaisir, pour le goût du risque et de l’adrénaline… C’est qu’il y manque quelque chose, à ta vie. Et les prunelles se vissent à leur opposé, imaginent derrière les muscles, les tatouages et les cicatrices, les trous qui lui perforent la poitrine. Les plaies, celles que l’on veut effacer, recouvrir, dissimuler, oublier. Celles qui tiraillent dès que quelque chose déraille, dès que le sel se renverse. Vague écho qui prend forme à l’intime et retourne le bide. T’es différent, pas parce qu’il ne me drague pas, qu’il n’essaye pas de me toucher, de nous rapprocher ; qu’il ne retient pas mon putain de prénom, qu’il ne me donne pas le sien, que je l’affuble d’un surnom ridicule, Dingdong. T’es différent, parce qu’il respecte les silences - ceux que je lui impose, qu’il lit autre chose qu’un vulgaire magasine, qu’il semble intelligent et cultivé quand je suis incapable de déchiffrer le moindre mot qui ne soit pas bar, tabac, W.C., mais surtout, surtout, il ne m’a pas tué quand c’est la première chose qui viendrait à l’idée de ceux qui ont peur. Tuer, crier, dévisager, juger. Il n'a rien dit, Dingdong. Il a caressé le minois quand les crocs mastiquaient encore un bout de chair humaine. Il n’a pas demandé les pourquoi et les comment, peut-être parce qu’il s’en fout, dans le fond, Dingdong. Peut-être parce qu’il est seulement là pour une mission. Celle qui doit lui apporter des sensations. J’aimerais lui dire que je comprends, que je sais, mais je ne sais rien, pas vraiment.
Les tiges gigotent dans le sable et les petons s’enfoncent sous les grains mouillés. Les prunelles le quittent et dérivent sur l’ailleurs. Cet ailleurs que j’ai si longtemps voulu gagner comme si c’était là, la fin des cauchemars, le début d’une nouvelle réalité. Mais tout est moche. Tout est laid. Les colères grondent et les haines attisent. Partout des gens meurent de froid, de faim, de mauvais traitements, d’un vulgaire accident ; d’une maladie - héréditaire ou non, d’une mauvaise chute, d’un manque de chance. La misère est dans toutes les rues et Rio est sale, Rio est une pute, une bâtarde, une chienne. Mais Rio, elle est pareille au Mexique, au Canada ou aux États-Unis.

La confidence larguée du bout des lèvres. L’Art. Connaissances suffisamment aiguisées pour qu’il sache ce que nous venons de voler. Cette statuette qui dort paisiblement au milieu de frusques propres et sales. Le minois se tortille, regard happé par ses doigts qui naviguent sur le sable. C’est la raison pour laquelle je ne pose pas de questions sur ce que je fais, à la base, Dingdong. Ça évite les cas de conscience dans ce genre de situation. Parce que, ce qu’il est en train de me dire, Dingdong, c’est que je vais provoquer des malheurs. Pas ceux que je provoque par ma nonchalance, quelques bagarres ou ma panse à remplir de viande. Non. Les autres, tous les autres. Ça me fait regretter sur la tarification que je n’ai pas doublée. Tu m’as baisé, putain. Ça donne le vertige. Et je me demande comment un truc si petit et si moche peut avoir une telle capacité. Comment il peut foutre notre monde à feu et à sang. Putain, t’es chiant. Il est chiant parce que ça me fait me poser des questions que je n’ai précisément pas envie de me poser. Ça me fait ruminer sur les prises de risques merdiques pour un truc que je ne peux définitivement pas lui rapporter. Le seul soulagement que je puisse tirer de cette histoire, c’est qu’elle n’est plus entre des mains sales, cette statuette - bien que les miennes n’aient jamais été très propres, pour être honnête. Je ne suis pas vraiment étonnée lorsqu’il dit ne pas apprécier la ville. C’est difficile, une fois qu’on a vu le pire, pas vrai ? Une fois qu’on l’a regardé droit dans les yeux, cette salope, en se détournant de ses courbes et de ses jolies couleurs. Il me surprend pourtant par sa demande insolite que j’ai envie de rejeter comme pour préserver un bout d’intimité. T’as dit Andy ? T'as dit Andy. Les secondes se délitent tandis que je le fixe. Pourquoi ? Pourquoi, si tu sais ne jamais revenir ici ? Ça ne la rendra pas moins laide, ça ne nous empêchera pas de mourir. J’hésite. Je réfléchis. –Ça dépend que je lui lance dans un demi-sourire. -Ça dépend, si t’as envie de faire quelque chose d’un tout petit peu fou. Promis, ce ne sera pas de la chute libre. –Rien qui n’implique que tu penses que je veux te tuer, que je me sens obligée d’ajouter. Se déplacer à pied est suicidaire. Les taxis ne dorment jamais, à Rio. J’ai dû retirer quelques billets, manière de pouvoir payer notre course.
Le chauffeur refuse. –Il faudra attendre le train. J’insiste, il fronce les sourcils. Je sors le blé, il demande de patienter. Il sort son vieux téléphone et compose un numéro que je ne vois pas. –Alors ? Il lève la main pour que je la boucle. Connard. Je soupire. –D'accord, mais ce sera le double du tarif, je pense t’es un arnaqueur, putain, je réponds –Ok. C’est pas mon argent après tout. Cet argent qui deviendra certainement un problème si je persiste à vouloir revenir les mains vides. Ça va m’en faire, des dettes.
On quitte le brouhaha de la ville et j’ouvre la fenêtre, ferme les yeux pour profiter du vent frais qui fouette mon visage. Les odeurs se muent, se déchargent de la pollution et de la crasse. On emprunte une route fermée d’une grosse grille avec tout un tas de warning et de panneaux « défense d’entrer », traduit dans à peu près toutes les langues. Il discute, de ce genre de discussion qu’on s’imagine difficile, digne d’un véritable interrogatoire. –Il lui demande juste comment vont sa femme et sa fille, que je lui souffle. Le site est désert parce que les accès sont fermés et rare sont ceux qui traversent la forêt en pleine nuit pour y accéder.
Il nous dépose, je vérifie l’heure indiquée sur son tableau de bord, dilapide l’argent qui n’est pas le mien pour qu’il nous attende au moins pendant une heure.

Il peut le voir, le Christ rédempteur, celui qui domine la ville et se veut protecteur. La religion et ses conneries. –Je sais, c’est cliché et très touristique. –Mais essaye de me faire confiance, juste une fois, ok ? Il faut gravir les marches par dizaine pour se hisser au sommet. Ici, le silence est purifiant. Il n’y a que le vent qui fait bouger la cime des arbres dans des crépitements agréables ; il n’y a que les oiseaux de nuit qui crient et vivent. Je prends place sur l’un des murets et je l’invite à en faire autant. Les petons se balancent dans le vide. –Encore un peu de patience que je lui intime dans un murmure. Quand j’ai su ce que j’étais, j’ai pu traverser la forêt à l’aide de mes pattes et c’est ici que je venais. J’ai prié au pied de cette statue, j’ai hurlé aussi. Je voulais comprendre, pourquoi, pourquoi j’étais un monstre ; pourquoi j’étais cette chose autre. Je lui ai donné des coups de pied, aussi. Parce que j’étais en colère, parce qu’aussi haut, puisse-t-il être, ce n’est jamais qu’un tas de pierres. Il ne réalise ni les souhaits, ni les rêves. Il n’accorde aucun pardon et ne pleure pas sur la misère de notre monde. Il est là, planté au beau milieu d’un somptueux décor comme on déposerait un vase au milieu d’une table, une fleur sur une pierre tombale.
L’éclat au loin se fait timide, teinte le ciel d’une lueur mordoré jusqu’à ce qu’il le colore, minute après minute ; se dévoile dans des reflets de jaune et d’orangés. Il incendie le ciel de ses rayons, le soleil ; de ce feu chatoyant qui réchauffe et réconforte les âmes en peine. Et le silence nous enveloppe de son manteau doux et chaud. Parce qu’il n’y a rien à dire, rien à décrire, il n’y a pas de mots à poser sur cet instant un peu hors du temps. Cet instant qu’on vole au temps. Et oublier les Favelas, l’existence foireuse d’une mère, Tony sans son visage, les murs couverts de moisissures et de sang ; la statuette et sa puissance, ces types qui veulent nous descendre. Oublier pour encore quelques minutes, qui on est et pourquoi on est là. Je n’ai jamais rien partagé, tu sais. Je n’ai jamais eu envie de le faire – on ne m’a jamais demandé de le faire. Je romps le silence. –Et là d’où tu viens, c’est joli pareil, Dingdong ? Je réalise l’absurdité de cette phrase. –Et je vais devoir t’appeler Dingdong encore longtemps ? Ou tu vas finir par me donner quelque chose de plus consistant ? Plus personnel. J’ai envie de le toucher, parce que la lumière le rend irréel. Les phalanges glissent sur les siennes quand je viens récupérer la bouteille. Je le regarde, il me regarde, on se regarde. Le myocarde rate un battement ou deux et le souffle se coupe. Je ne fais jamais ça. Parler pour ne pas dire oui, ne pas dire non ; parler pour ne pas claquer des menaces, des ordres, une commande. Je ne fais jamais ça. Emmener un presque inconnu pour lui faire plaisir, sur un site presque devenu trop personnel lorsque la nuit s’accroche au-dessus de nos têtes. J’ai presque envie de devenir bavarde, de lui dire que c’est un privilégié, qu’il n’y a que les riches pour se payer ce genre de luxe. Les très très riches. Lui expliquer à demi-mot, pourquoi j’aime cet endroit, particulièrement à ce moment précis de la journée, mais les mots se sont égarés. Je tiens toujours la bouteille et ses doigts. Je n’ai plus très soif et des idées lubriques plein le crâne.
Je les ravale, comme on ravale l’acidité qui ronge l’œsophage. C’est presque douloureux. On va peut-être mourir avant d’atteindre l’aéroport ou après, quand on se pointera les mains vides auprès de notre employeur. Les lèvres se plaquent sur les siennes dans une impulsion maladroite, primitive. C’est comme lui prendre autant qu’il m’a volé sans le vouloir, sans le savoir. Lui prendre des bouts de lui, quand il possède des bouts à moi. Des bouts qui ne sont pas les plus beaux. Des bouts crades que t’as regardé sans rien dire, sans être effrayé. Et je me demande jusqu’où ça peut aller parce qu’il sait. Décide de me détacher dans un ronron ténu. –On doit rentrer, dis-je sans en avoir la moindre envie. Parce que je suis bien ici, c’est le seul endroit où on peut s’entendre penser. Sauf que je n’ai pas vraiment envie de penser, là, tout de suite, maintenant. Je n’ai pas envie de m’écouter me dire que c’était sans doute une connerie, qu’il va croire telle mère, telle fille. J’ai presque honte, d’un coup. Putain.

Il y a les silences encore, les silences toujours. La radio du taxi ne capte aucune station, crache de la purée plus que de la musique. J’étouffe, dès que l’on retrouve les artères de la ville. J’étouffe, dès qu’il faut sortir pour s’engouffrer dans l’ascenseur. J’étouffe, putain, dès que la porte de la chambre se referme. Je n’avance pas, réprime une envie ridicule de m’excuser. T’excuser pour quoi ? Tu l’as pas demandé en mariage, non plus. Et le silence ne m’a jamais semblé aussi bruyant qu’à cet instant. Organe martelant sa cage dans un rythme anarchique. Je voudrais lui demander si je le dégoûte, de ce dégoût qui fait froncer le nase et réprimer un haut-le-cœur. Mais demander, c’est le laisser me juger. Alors je me tais. Encore. Parce que c’est ce que je fais le mieux, ça. Me taire. Mais l’ambiance semble s’alourdir d’une gêne presque palpable. –Je ne regrette pas, si c’est ce à quoi tu peux penser. J’en sais rien, au fond, de ce que tu penses. –Oui, je pourrais recommencer, si c’est ce que tu te demandes,probablement pas.



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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyMer 14 Nov - 15:23

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• Andy accepte. Pas de suite, quand même. Il lui faut un temps de réflexion. Plus ou moins long. Plus ou moins pour se demander si c’est une véritable bonne idée d’accorder à un inconnu un privilège qu’il ne mérite probablement pas. T’es qui, pour exiger qu’elle te montre un lieu cool Django ? Tu crois vraiment qu’elle en a quelque chose à foutre que tu crèves avec les yeux plein de la merde de Rio ?. Ca m’arrache un sourire, tout ça. Ca me met un peu de baume au cœur. Le truc que j’ai pas envie d’avoir. Le truc que c’est pas le moment d’avoir. Le truc que j’essaie d’éviter depuis le début et que j’engendre pourtant avec des intentions à la con. Ca n’aurait pas été plus simple de retourner directement à l’hôtel ? Pour pas y dormir. Pour la regarder dormir – pour regarder Annie dormir. Pour fumer mes clopes accouder à la fenêtre en espérant que le temps passe plus vite. Pour rentrer chacun de notre côté sans penser à l’autre – à cette soirée, à l’échange. Rio aurait été moche et fade… Mais qu’est ce que tu t’en foutais de la trouver moche et fade ? C’est pas ta femme Rio. C’est même pas ton amante. C’est rien, Rio. C’est un contrat, Rio. Et Annie qui est devenue Andy… Maintenant, c’est qui ? On se relève. Embarquons avec nous la bouteille de whisky – elle délit visiblement les langues et les esprits, cette bouteille a au moins ça de magique… Si elle pouvait aussi m’empêcher de penser moi, je ne suis pas contre l’idée. Je dois faire un détour pour récupérer mes godasses, à moitié englouties par le sable de la plage. Suis Andy jusqu’à un guichet pour qu’elle retire quelques billets – je ne suis même pas sûr que ce soit avec sa carte. Elle trouve un taxi. Négocie sans que je ne comprenne pas vraiment où est le problème – où elle nous emmène. Pose pas de question lorsqu’elle monte. Me cale dans l’habitacle presque trop petit pour ma carcasse. Oublie les lumières de la ville. Elles sont moins jolies que le profil d’Andy. Parce que je la fixe, sans trop savoir pourquoi – ni même comment justifier l’insistance si elle venait à me le faire remarquer. Mais elle est sympa, Andy. Elle m’ignore. Me lâche juste une information sur ce que dit le conducteur. Je réponds : Oh je pense J’écoutais même pas. Je suis juste comme un gosse qu’on amène à la fête forraine – sauf qu’il n’y a pas de fête foraine, juste la promesse d’un paysage exceptionnel. Tu sais que sa gueule ne te donnera pas les coordonnées GPS de l’endroit, tout de même ? Je dodeline du chef. Me décide à la soulager un instant pour loucher vaguement sur la route et le bas-côté. On ne va pas vite, que je constate un peu bêtement, parce qu’il faut bien que je constate de quelque chose pour ne pas que ça turbine, dans ma tronche. Faudrait aussi que je boive plus tien. Pour que mon encéphale me lâche un peu. Pour qu’il arrête de me demander ce que je fous dans cette caisse avec une fille qui est censée n’obtenir de moi qu’une froide indifférence.

On s’arrête. Enfin. Je sors un peu rapidement. Titube sur mes jambes. Pas parce que je suis saoul – j’ai de la marge – mais parce que je me suis pris les pieds dans une caillasse. – Bordel… Je grogne. Relève le museau. Le Christ du Corcovado. Pas dans une vision idyllique – ou éthylique selon les circonstances – mais dans une vision réaliste. Nous y sommes. Il est là. Touristique ou pas le site est superbe. Donne une impression de grandeur. Les marches escaladées, la vue est à couper le souffle. Je reste un peu con, de prime abord. Légèrement en retrait. Andy s’installe quand je contemple l’immensité de Rio. Quand je me surprends à la trouver pas si dégueulasse que ça, finalement, cette putain de ville. D’ici, elle paraît propre. Lisse. Les lumières des réverbères lui offrent un aspect surprenant, digne des plus belles cartes postales qu’on peut voir d’elle. Puis on peut respirer. A plein poumons. Ca sent l’air. Juste l’air. L’humidité du mois de novembre, l’herbes et les feuilles.

Je rejoins Andy, un peu béat – un peu bêta. M’installe à côté d’elle, le whisky accroché aux phalanges. Je refuse pourtant de boire. J’ai peur de gâché par ces effluves un moment unique. Parce que je reviendrais pas. Je patience lorsqu’elle me le demande. Aimerais lui balancer Déconne pas, me pousse pas de là. Retiens milles questions qui pourraient l’emmerder plutôt qu’autre chose. Jusqu’à ce que le soleil se lève. Jusqu’à ce que son éclat zèbre le ciel d’une myriade de couleurs féériques. Elles sont partout. Par touche d’abord, par vague ensuite. Par vague silencieuse. Je me redresse. Tend la colonne vertébrale comme si ça pouvait me rapprocher encore de ce que je vois. C’est rouge, jaune, orange et violet. C’est presque improbable. Presque… - C’est joli aussi, chez moi. Mais c’est pas joli pareil. Je détourne les mirettes. Les poses sur Andy. Sa peau, et plus particulièrement le haut d’une de ses pommettes, retient des fragments de lumière. Ca illumine ses traits, lui donne un côté doré. Pas hâlé. Juste doré. Ca illumine ses yeux qui n’ont, jusqu’alors, jamais été aussi verts qu’à l’instant. J’ai l’impression que je peux voir ton âme, comme ça. Ses doigts glissent sur les miens. Pour la bouteille. Y reste sans pourtant prendre son bien. Fais un truc Andy, que ma raison supplie quand mon putain de cœur remonte jusque dans ma gorge. Quand mon attention descend jusqu’à sa bouche. J’ai envie de lui donner mon nom. J’ai envie de dire Jean comme j’ai envie de lui dire que je viens de la Nouvelle-Orléans et que j’y suis condamné à mort, très probablement. J’ai envie de lui dire T’es belle, surtout parce que tu ne le sais pas. J’ai envie de lui dire C’est bizarre tout ça, tu ne trouves pas puis Je travaille seul, ramène moi à l’hôtel. J’ai envie de lui dire Je crois que t’es jeune Andy. J’ai envie de lui dire Embrasse moi avant que je crève d’attendre. Elle m’exhausse. Dans une pulsion sauvage. Me prend un grondement. Me fait fermer les paupières. Lever une paluche pour lui effleurer les cheveux. Ca s’arrête trop vite. Elle se recule, Andy. Me laisse un peu pantois. Un peu sur ma faim. Je ne veux plus partir. Je veux la retenir. Encore Andy. Attends. Pourtant je ferme ma gueule parce qu’elle veut rentrer. Enfin parce qu’on doit rentrer. Un devoir étrange et abrupt. Soudain. Alors on rentre. Et cette fois le silence est particulièrement pesant. Il est lourd. Il est long. Il est comme gêné. Il est comme épais. Dans le taxi il n’y a même pas de la musique pour nous tenir compagnie. Ca permet à mon cerveau de se poser de nouvelles questions. Des auxquelles j’ai pas envie de répondre.

Hôtel. Hall. Couloir. Chambre.
Bruit de pas. Bruit de pas. Bruit de clé dans la serrure. Bruit de porte qu’on claque.


Je m’avance. Freine avant de percuter le dos d’Andy qui se stoppe subitement dans la petite entrée de notre chambre. Qu’est-ce que tu fous ? Elle reste un peu là. Sans rien dire de plus. Sans rien faire de plus. Je décide de ne pas bouger, moi aussi. D’attendre, sans savoir ce que j’attends. Ca peut durer longtemps. Un mot. Un geste. C’est pas comme si t’avais pas le choix, y a mille façons de faire comme s’il ne s’était rien passé. De continuer notre routine dans l’oubli d’un instant. C’était qu’un baiser. Dis toi ça, pour te rassurer. Dis toi que c’était rien ou pas grand-chose. Que tant pis, on va pas rester dessus toute la soirée.  Que c’était rien. Qu’un moment d’égarement parce qu’il était beau le ciel et le soleil et le Christ. Que c’est pas grave. Que c’est moins grave que me balancer du haut d’un toit. Je vais pas aller le faire écrire dans la gazette locale. Personne saura… Ouais, personne saura qu’on s’est embrassé, t’inquiète pas. Y aura que moi. Que toi. Et un peu notre fierté. Parce que c’est souvent ça fait qui fait chier. La fierté et la raison. - Je ne regrette pas, si c’est ce à quoi tu peux penser. Je pensais pas vraiment à ça. Ou peut être un peu. Parce que tu donnes vachement l’impression de quelqu’un qui regrette. Mais j’ai mis ça sur le compte de la gêne – pour ma fierté. Tu vois, un peu, comme je suis sympa avec nos egos un peu blessé ? - Oui, je pourrais recommencer, si c’est ce que tu te demandes. C’est déjà un peu plus ce qui m’intéresse.Alors pourquoi tu as arrêté ? Pourquoi tu as voulu qu’on rentre ? Mais je sais pas. Y a un truc qui déconnecte là-haut avant sa réponse. Dans mon crâne. Un truc qui fait boum. Qui fait Cloc. Qui fait Crac. Ca se casse la gueule, là-haut. Le blackout de la conscience immédiate – du raisonnable. Je me baisse un peu fort. Le visage à hauteur de son épaule ; je la respire dans un frémissement animal. Bestial. Je respire son odeur, parce qu’elle ne porte pas celle de Rio, étonnamment. Ni celle des poubelles. Y a des relents de cannelle sur ta peau, je ne sais même pas comment c’est possible. Hisse le museau jusqu’à l’angle de sa mâchoire. Mes paluches viennent se poser sur ses hanches. Mon corps vient se lover contre le sien. Je la pince pour qu’elle se cambre. Son souffle fait un truc bizarre. Comme s’il s’était coincé quelque part. Ca me fait un truc pas catholique dans le bas ventre. On va peut être crever à Rio Andy, alors laisse nous ne pas avoir à réfléchir. On s’en fout des conséquences – des trucs bizarres qui crépitent dans notre bide, t’sais ces trucs que certains appellent sentiments. On a pas besoin d’en faire une analyse complète pour être juste bien. J’pense qu’on a rien à perdre, ouais. J’pense… J’pense…

Je pense plus à grand-chose. Dans un râle désireux. Un soupir avide. Je te veux. Je crois que je te veux. Genre que je te veux vraiment. Je crois que Rio ne sera jamais aussi belle que dans tes bras. Qu’entre tes cuisses. Ma bouche caresse sa peau. Une de mes mains glisse jusqu’à son cou. S’y enroule doucement pour en sentir la respiration. Tu respires plus vite. Plus fort que d’habitude. Elle déglutis Andy. - C’est quand ? murmuré-je quelques octaves en dessous de mon timbre habituel, d’une voix grave et pleine. – C’est quand que tu auras envie de recommencer Andy ? Parce que je crois que je pourrais pas attendre le bon moment. Je veux dire, un autre moment merveilleux en haut d’une belle montagne avec un joli et énorme Christ. Je pourrais pas attendre un autre levé de soleil. Je pourrais pas créer un truc plus magique que là pour t’exprimer comme j’ai envie de plus. Je me presse dans son dos. Plus encore si c’est possible. Miaule. Feule. Ronronne. Geint. Cris. Griffe. Fais moi entendre ta voix, Andy. Hurle même, s’il le faut. Si c’est le prix à payer pour entendre toutes tes nuances. Mon pouce lui bouscule le menton pour qu’elle tourne la tête vers moi. Mes lèvres s’écrasent contre les siennes, affamées. Je l’embrasse comme je bois. Comme je vis. Comme je respire. Dans une pulsion passionnée. Mes phalanges s’emmêlent à son débardeur. Y tire. S’acharne. Mon cerveau me rappelle qu’il faut que je me détache d’elle, ne serait-ce qu’un peu, si j’ai envie de le lui retirer. C’est que ça ferait vraiment mauvais genre que je te l’arrache. Je me pousse. Lui vire son haut. Lui intime de me faire face. La contemple. Comme on contemple une œuvre d’art qu’on ne pourra jamais vraiment posséder. Lui mord les lèvres. Fais un pas en avant. La force à en faire un en arrière. La touche. Sous la pulpe de mes doigts vivent chacune de ses cicatrices – chacune de ces lignes qui racontent plus d’histoire que les films. T’es douce.T’es douce Andy. J’ai toujours aimé les cicatrices.Détâche tes cheveux, soupiré-je. Je veux les voir danser autour de ton visage quand tu bouges.Détâche les. Et pose pas de questions. Bientôt mon tee-shirt prend le même chemin que le sien. Mes chaussures. J’agrippe son short. Ferme les yeux dans une concentration bancale. J’ai envie de lui sortir un Fais moi confiance mais ça ferait vachement phrase de violeur alors je m’abstiens. Je me contente juste de laisser filtrer mon pouvoir. Le laisser s’échapper de mes pores. Il s’infiltre en elle. Il la caresse. Lui aussi. D’en dedans. Dans un frôlement intime. Très intime. Elle serre les cuisses. Ou les écarte. Je sais pas. Je sais plus.Django. Je m’appelle Django. Parce que j’ai envie de l’entendre, ce nom, rouler sur ta langue.


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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyMer 14 Nov - 19:09



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-13

Silence qui s’égratigne de mes mots. Ce silence qui se brise, comme le projectile défonce une vitre. Je ne le regarde pas, pas parce que je n’en ai pas envie, mais parce qu’il est toujours derrière moi. Et je peux le sentir, le sentir si proche que je frémis. Je ne sais pas, moi, si tu regrettes. J’imagine que ce n’est jamais bon pour les affaires, ce genre de relations, celles qui ne sont pas écrites dans un contrat, pas même dans les petites lignes en bas, mais je m’en fous, je sais pas lire, moi. Et peut-être qu’il n’a pas envie, Dingdong, qu’il préfère éluder, oublier. Après tout, c’est moi qui l’ai embrassé sans rien lui demander, comme à l’accoutumé. J’aurais dû donner un code couleur pour ça. Peut-être rose, à cause de la teinte que prennent les joues lorsque les souffles se coupent ou bleu, parce que c’est joli, le bleu. Ça a des allures d’horizon, de ciel et de nuit et de liberté aussi. Et les pourquoi sortent de ses lèvres, ces pourquoi qui emplissent ma tête. J’ai envie de lui répondre parce que, sans rien expliquer autour. Juste un parce que, qui veut tout et rien dire parce que c’est comme ça. Et je ne réponds pas, laisse les interrogations en suspension dans l’air qui se charge seconde après seconde. Son museau se penche, je peux sentir son souffle tiède caresser le derme. Et les lippes s’ouvrent à la recherche de l’air, de son air. Il touche, pince et le corps suit les mouvances. Ça me fait pousser un hoquet qui se crève, qui s’étrangle. Sous les paupières, il n’est plus Dingdong et je ne suis plus Annie, ni Andy. Je suis elle et il est lui. Ça fait un quelque chose de bizarre qui noue et tord le bedon de la plus agréable des façons. Je voudrais que le temps s’étire pour que je l’imagine encore un peu. Que je l’imagine gorgé d’un désir suave malgré l’horreur qu’il détient entre ses doigts. Il se rapproche. Encore. L’organe gueule ses désirs dans un boum-boum qui me semble étrangement bruyant. Sa voix ronde effleure et berce, cajole l’animal qui s’isole. J’ai les mains moites et les jambes qui tremblotent. Le quand, le quand qu’il répète, qu’il clarifie. Maintenant et un peu plus tard, à midi, sans doute tout l’après-midi et toute la nuit. Il extirpe un râle, Dingdong, quand les lèvres se retrouvent et que les langues dansent. J’exalte. Je me tords, gronde de ne pas pouvoir le toucher, pas vraiment, pas assez. Les tiges ne font que s’enfoncer à son crâne pour le sentir et le retenir. Il délaisse une seconde. Cette seconde qui a un air d’éternité et qui ravive les angoisses et les peurs. Le tissu s’accroche, quitte la chair et je lui reviens, happe les rondeurs de sa bouche. Les phalanges cherchent le contact de sa peau, glissent sous le coton. Il avance, je recule. Chorégraphie presque trop parfaite des corps qui s’exigent. J’ai le vertige. Il a ses doigts, ses doigts partout sur moi. Partout ou juste là, je sais plus, je sais pas. C’est rien que des vestiges, des morceaux d’un passé ; rien que des bouts fracassés d’une existence à la dérive. Ils sont des mensonges et des vérités à la frontière de notre réalité. Touche-les. Touche-les encore, que je voudrais lui ronronner. Juste comme ça, juste pour voir. Pour voir si tu sais, toi, les atténuer, les effacer. Mais Dingdong, il ne semble pas détester la peau et ses difformités. Et sans doute qu’il ment, mais mens-moi encore longtemps. Je voudrais ne pas répondre à sa demande, juste pour ne pas avoir à le quitter. Le fauve rue face à l’ordre dans un mécanisme de défense étrange, il enfle sous l’épiderme dans une vague qui pourtant crève. Les cheveux sont détachés et l’élastique balancé. Les paumes le retrouvent quand les doigts le délestent de ce coton qui m’empêche de le voir. Les prunelles le couvent. Émeraudes qui scintillent à la découverte des tatouages, ceux que je ne pouvais pas discerner pleinement. Ils racontent des histoires - ton histoire, des marquantes, des ridicules, des erreurs. Des histoires gravées comme pour ne pas avoir à oublier d’où tu viens et qui tu es. Je voudrais prendre le temps de les regarder, de les redessiner du bout des doigts comme si les flatter pouvait me révéler les origines et les sens. L’idée est avortée parce qu’il a un nom, Dingdong. Il offre des contours quand jusque-là, tout était flou. –Django, que je répète dans un souffle. Et je frémis quand l’Autre feule. Le myocarde ne sait plus comment battre, se dérègle et s’emmêle. Il touche, Django. Il touche sans vraiment toucher de ce quelque chose que je ne sais pas expliquer. Ça me picote, enfle dans la poitrine, me donne le vertige. C’est comme une drogue, le genre addictif, celle qui te fait oublier pourquoi t’es ici, pourquoi t’existes. Les mains se précipitent et je crois que quelque chose craque dans mon empressement. Besoin irrépressible que de le regarder, nu sans une tonne de fringues en mensonge pour dissimuler le crade et le sale. Les corps racontent, ils chuchotent et je crève d’envie de l’écouter, le tien.

Et je l’étreins, savoure le sel à sa peau, enroule ma jambe à sa hanche ; attends qu’il la retienne pour que l’autre la rejoigne, qu’il porte, soulève. L’échine s’écrase sur le moelleux du matelas, je me tortille et la mimine furète jusqu’au tiroir de la table de chevet, repousse la tranche d’un livre, la bible, m’empare du morceau de plastique comprimé dans son emballage bleu et gris ; le déroule sans plus de cérémonie sans jamais le quitter. J’aime à croire que je peux te voir, te voir, toi. J’aime à croire qu’un jour, à force de m’y essayer, je comprendrais les nuances qui te traversent.
Je m’extirpe de sous ses pattes, roule et le recouvre. Fente qui déjà, pleure son miel et l’appel et l’avale, tout entier dans un soupir exalté pour ne plus bouger. Je veux me souvenir de cette sensation ; de toi en moi. Laisse-moi te contempler juste encore un peu, encore une fois. Mouvance anarchique des hanches ; tantôt trop fort, tantôt trop lent. Tout n’est que jeu pour faire plier l’autre, pour lui extirper ronrons ou feulements. Le fauve domine, mordille et lape, mâchoires et épaules ; voudrait se l’accaparer tout entier jusqu’à s’en imprégner. Flagrance humectée, le museau niché à son cou pour mieux le respirer. Je le veux un peu trop vite, un peu trop fort. Ça tempête à l’intime, de ces orages qui grondent et qui éclatent. Ça tiraille en dedans sous les coups de foudre qui incendient. Le dos s’arque à l’extrême, laisse échapper la place qu’il investit, Django. De ses paluches qui courent sur ma peau et dans une impulsion, nous redressent. L’échine percute le mur. Un tableau se décroche et se brise. Et je lui murmure des –encore qui s’essoufflent. Y a son prénom qui roule sur la langue dans la puissance d’un coup de reins qui achève. Incendie ravageant chaque parcelle qu’on ne peut plus sauver. Le corps se tend et l’air n’entre plus dans les poumons. C’est l’explosion des sensations. C’est presque douloureux. Je vacille entre ses bras, paupières closes et rouge aux joues. Je le tiens, je le serre pour qu’il reste ; peux le sentir palpiter à l’entrecuisse. On s’étend après des minutes ou des heures. Sourire niais vissé aux badigoinces, les mèches de cheveux emmêlés se collent à mon visage. J’ai chaud et j’ai soif, mais pas d’oubli, cette fois.
Je le mire, encore et toujours dans le silence de l’après. Les prunelles dérivent et la pulpe des doigts redessine les contours d’un tatouage. J’ai envie de lui demander ce qu’il représente, ce qu’il veut dire. J’ai envie qu’il me raconte, qu’il se raconte. Mais je me tais encore un peu, juste assez pour qu’on se lève, qu’on pisse, qu’on boive, qu’on fume. Clope qui s’écrase dans une coupelle en guise de cendrier. Et maintenant ? Que je voudrais lui demander. Et maintenant on fait quoi ? De ça, de cette statuette, de Rio. Est-ce que ça signifie quelque chose ? Ce genre qui n’a pas vraiment de sens. Probablement pas. Coucher ensemble c’est pas dire je t’aime.
Les yeux se plissent, cavalent sur les formes et les creux. –Il veut dire quoi, celui-là ? Demandé-je, intriguée. Peut-être qu’il vaudrait mieux que je ne sache rien, que tu restes une baise, une simple baise pour dire qu’on est encore vivant. Ouais, voilà. Pour que ce soit facile, que ce soit simple. Pour m’éviter des centaines de pourquoi, de ces pourquoi qui te feront gerber tant il y en a. Je l’effleure. Pourquoi t’as pas peur ? Pourquoi tu restes ? Pourquoi tu ne me tues pas ? Pourquoi tu m’as donné ton prénom ? Pourquoi tu me regardes, de ces regards qui ne sont ni horrifiés, ni dégoûtés ? Pourquoi t’es différent ? Pourquoi ? Pourquoi ? Ouais, pourquoi ? -Tu me montreras chez toi, un jour jamais -Tu me montreras comme c’est joli pas pareil ? En photo, en carte postale, tout ce que tu veux du moment qu’il y ait une image.

Je déteste Rio. Je déteste ses gens, ses artères et ses venelles. Je déteste son ciel, lorsque l’on marche dans les rues pauvres. Je déteste son odeur de friture, de pisse de chien, de bouffe, de pot d’échappement et de moisissure. Ouais, je la déteste, mais j’ai plus envie de la quitter.
Parce que je sais, je connais les après. Les regards gênés, savoir si on doit s’embrasser une dernière fois, se taper une bise, se serrer la main ou rien faire du tout. Dire salut ou à bientôt ou adieu ou rien dire du tout. Les envies de demander on se reverra ? T’habites où déjà ? On reste en contact ? Et se taire pour ne rien gâcher. Alors on redeviendra des inconnus qui ne se regardent même plus, par peur ou par lâcheté que tout s’étiole une fois rentré. On se trouvera des excuses ridicules, des c’est trop dangereux qu’on ne croira qu’à moitié. On se dira qu’on a pas envie de s’attacher, que s’attacher, c’est de la merde et que ça finira mal comme dans toutes les histoires y en a toujours un des deux qui meurent, à la fin. La conscience du temps s’est envolée. Je ne sais pas l’heure qu’il est, ni s’il faut se lever pour s’en aller. Je ne sais même pas, comment on doit quitter le pays. Parce que t’imagines bien, qu’ils nous ont pas oubliés, ces connards. Qu’ils savent, qu’ils nous attendent quelque part, ici ou là-bas.
Je profite du silence, le mire un instant -On va pas la rendre, pas vrai ? Je veux dire, t’as dit qu’on ne pouvait pas la rendre et t’as raison. Mais, mais on va la mettre où ? On va en faire quoi ? J’imagine vaguement qu’il faudrait la détruire, l’enterrer dans le jardin d’une mémé parce que, putain, qui ira creuser dans son jardin, à mémé ; la rendre aux autorités en s’excusant pour la gêne occasionnée, la poser par terre en se planquant derrière une poubelle pour savoir qui va la ramasser. Ça ne devrait pas exister, ce genre de truc capable de ravager un pays, un monde. Et tant pis pour la thune et pour les contrats perdus. Je sais servir des verres, après tout.




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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyJeu 15 Nov - 15:27

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• Et c’est parti. C’est parti maintenant. C’est foutu. On est foutu. Parce qu’on s’enlace, toi et moi. Parce qu’on s’emmêle, toi et moi. Et qu’on danse toi et moi. Parce qu’on s’étreint dans une pulsion qui nous gangrène et qui germe. Qui fleuri dans une peau qu’on pince et une épaule qu’on mord. Dans un soupir, un souffle, une odeur. Parce que ton odeur me rend dingue – la tienne, celle de ta peau, pas celle de tes fringues ou de Rio. Puis tes gestes aussi, me rendent dingue. Puis ta voix, même si je l’entends pas beaucoup, tu vois. Puis tout, en fait. T’es un appel à un paquet de trucs qui se font pas. Rapidement j’ai plus envie de rien – j’ai juste besoin de tout. De la sentir, toujours plus près. De la goûter – elle a perdu sa saveur de whisky entre deux baisers. C’est assez automatique. Un peu comme si on avait déjà fait ça. Ensemble. On bascule, sur le lit, dans un rebond, dans la perte de nos dernières fringues. Un bouton de jean qui saute, une fermeture qui craque, une couture qui cède. On roule. Elle se détourne. Je la rattrape par les hanches, un peu machinalement. Un peu bêtement. Lui lèche les côtes. Comme si elle allait partir maintenant. Elle sort victorieuse de la table de chevet un petit carré de plastique. Mes phalanges se perdent dans ses cheveux lorsqu’elle me le passe. Lorsqu’elle m’enjambe. Non pas comme ça, que j’ai envie de lui grogner en me redressant. Mais elle ne me laisse pas le temps d’aboutir le mouvement, Andy. Me fait vibrer tout entier lorsqu’elle s’empale – lorsqu’elle ne bouge plus. Dans un spasme je tressaille. C’est bon. C’est bon et j’aime pas que ça le soit, bordel. Elle guide, Andy. Elle prend les décisions Andy. Et je meurs sous Andy, moi. Je frissonne et je râle et je grogne quand elle gémit. Gémis encore. Les cheveux qui cascadent et qui ondulent – qui fouettent ses épaules chaque fois qu’elle martèle nos chairs, m’hypnotise autant que sa poitrine, autant que ses yeux et que sa bouche. J’aime le bruit qu’on fait. J’aime nous entendre nous entrechoquer un peu fort, un peu vite puis plus lentement. J’aime ne pas savoir. Ne pas savoir le rythme que tu vas prendre. J’aime te voir là, sur moi, même si je ne l’avouerais pas – même sous la torture, putain, je le dirais pas. J’aime qu’on soit moite. Qu’on glisse un peu. Qu’on se mélange. J’aime cette intimité. Te toucher. Te laper. Te respirer. M’abandonner, là, entre tes cuisses. M’abandonner à toi même si on se connait pas assez, certains diront. Mais je me redresse, plus sûr de moi. Lui agrippe une fesse et une hanche. Nous lève – nous soulève – pour nous envoyer contre un mur. Un peu au hasard. On aurait pu aller loin comme ça. Nos respirations se coupent. Nos doigts s’emmêlent dans les remous de nos bassins brûlants. Y a plus de rythme. Nulle part. C’est anarchique. Je me fie aux couinements d’Andy, seulement. A sa voix qui s’enraille et ses encore qui courent sur nos langues. Moi je dis putain moi je dis merde moi je dis C’est bon Andy. Moi je tape dans le mur. Tente de m’accrocher quelque part lorsque je sens que je vais venir. Ne trouve rien de plus attrayant qu’un sein et un flanc quand mon visage se plaque dans son cou. On frémit ensemble, dans un arc en ciel de couleurs vives. Dis moi, le monde était en noir et blanc à Rio, avant ça, pas vrai ? Mes jambes veulent céder lorsque je me presse plus encore contre Andy. Lorsque je me noie dans son odeur sucrée. Attends. Attends s’il te plait. Et j’attends, et elle attend. J’sais pas vraiment combien de temps avant que je recule pour nous déboiter. On était bien, là, pas vrai ?

On retrouve le lit et un silence apaisé. Repus. Je lui coule une œillade. Lui dégage une mèche de cheveux de sur le visage – laisse toutes les autres parce que je la trouve parfaite comme ça. J’ai soif. J’ai soif et je crois que j’ai besoin d’une douche. Parce que je dois pas sentir bon moi, et que t’as le museau probablement un peu plus sensible que le mien. On se lève. Pas en simultané mais presque. Je préfère fumer d’abord – elle préfère squatter la salle de bains. On s’échange vite les rôles. Je mets plus de temps qu’elle – doit me battre avec la porte de la douche toujours trop petite pour mes épaules. Reviens, nu comme un ver, pour m’échouer sur le lit, à côté d’elle – cette fois j’emmerde la causeuse y a pas moyen. Je sais pas l’heure qu’il est mais le soleil est toujours haut dans le ciel. M’est avis qu’il est midi passé – ou pas loin de midi, ou j’en sais rien, en fait. En tout cas je suis fatigué. Je suis fatigué et j’ai faim, mais j’peux encore m’abstenir de manger, pas de dormir. La pulpe des doigts d’Andy cavale sur l’un de mes bras. Je sens mes paupières qui s’alourdissent avant qu’elle ne cause. – C’est un tatouage protecteur, murmuré-je en me tordant le poignet pour mieux le voir. – C’est plus culturel que ce que c’est protecteur, en fait. J’ai jamais vu de l’encre dans la peau protéger de quoi que ce soit. La suite me surprend plus que ce que la fatigue ne le laisse transparaître. C’est pas tous les jours que des gens s’intéressent à l’endroit d’où je viens. La plupart du temps on s’en fout. Même si c’est potentiellement joli.Je t’y amènerais, chez moi, un jour. Carrément, Django, c’est que t’es ambitieux. Tu sais que le prochain pied que tu mets à la Nouvelle-Orléans, on te le coupera ? Pas sûr que ce soit bien pratique pour une visite guidée.  J’hésite, vaguement. Certainement pas assez longtemps. Roule sur le côté pour me rapprocher d’elle. Désolé. Pardon. Je sais pas trop comment on fait, en vrai. J’suis un peu nul, en rapport humain. En rapport sociaux. Avec les filles, tout simplement. C’est même pire avec les jolies filles. Souvent, d’ailleurs, je les paie, pour tout te dire. Comme ça y a pas de malentendus tu vois ? J’ai pas à réfléchir comme là. J’ai pas à me demander si je fais un truc de travers ou si je suis vexant ou trop franc ou pas assez – si je parle trop ou trop peu. Souvent elles ne dorment pas avec moi, les filles. Parce qu’elles ne veulent pas – ou parce que je ne veux pas. Sinon ça empiète sur l’espace vital. Genre c’est intime le sommeil. Puis le lit aussi c’est intime. Mes bras la pressent. La serrent. La lovent contre mon torse quand je flanque mon pif dans ses cheveux désordonnés. Généralement, j’peux pas blairer ça les cheveux des filles. C’est chiant et tu lui coinces sous ton bras quand tu dors et tu leurs tire et tu les bouffes… Va savoir pourquoi j’m’auto inflige ça là, maintenant. Je ferme les yeux. – Peut être que je me trompe. Peut être que c’est juste un collectionneur ton employeur. Je l’ai jamais rencontré après tout.T’inquiète pas, Andy. Si tu veux pas la lui donner on trouvera une solution. On trouvera une solution pour la détruire. Parce que si on la rend, il y aura toujours une chance qu’il parvienne à la refaire voler, et on sera les premiers à trinquer. M’est avis que Doe, il ne va pas apprécier qu’on lui dise d’aller se faire foutre. Mais j’imagine aussi qu’il sera bien obligé de se faire à l’idée. – Et s’il nous faut un peu de temps pour ça, je la garderais chez moi. Tant que ça ne dure pas trois mois.

Je m’endors. Je tombe littéralement dans le sommeil, accroché à Andy comme si ma vie en dépendait. D’un sommeil lourd et réparateur. Je m’y enfonce et m’y vautre. Et je ne sais pas pendant combien de temps. Je sais juste que je me réveille, à un moment. Que je me réveille assez pour voir Andy un peu loin. Que je me réveille encore plus pour venir lui mordre l’angle de la mâchoire. Pour la réveiller, elle aussi. Pour la toucher – m’assurer qu’elle est bien là, encore, à côté de moi. L’esprit échauffe le corps qui échauffe l’autre corps. Le cercle vicieux du désir. Je me faufile entre ses cuisses, récupère dans mon portefeuille un nouveau carré de plastique. Supplie dans un Encore lascif. Et on danse une nouvelle fois. Et je la sens une nouvelle fois – l’écoute dans d’autres sonorités. Et je la savoure une nouvelle fois, persuadé que c’est la dernière fois qu’elle me laissera faire ça.

…….
…..
..
.

Lorsque je me réveille, le soleil est toujours là. Tout comme Andy – elle est parvenue à s’extirper de mes bras, ou bien c’est moi qui l’ai lâché je ne sais pas trop. Silence. Je me frotte les yeux. Me hisse sur un coude. Me penche pour voir l’heure sur le téléphone fixe posé sur la table de chevet. Des portières claquent sur le trottoir. Comme si elle savait – ou qu’elle avait reconnu quelque chose de particulier dans la manière de faire – Andy se lève. Va vers la fenêtre. Un peu loin, quand même, pour ne pas être vu de la rue. Je comprends que c’est la merde lorsqu’elle s’affole – bien que le terme affolé soit assez relatif pour qu’il soit ici exagéré. Inutile de me l’expliquer, il est clair qu’on a fini par nous retrouver. Le temps manque. Je jette mes affaires dans mes valises sans même me souvenirs de les en avoir sorti – à moins que ce ne soit toi qui les ai sorti un moment donné, Andy. En profite pour loucher sur mon billet d’avion qui indique que mon vol est pour dans la soirée. Ca risque de faire juste. Assez pour que je ferme ma gueule en m’élançant vers la porte de la chambre, juste derrière Andy. Le chambranle s’ouvre à la volée. Un écho dans le fond du couloir m’indique que les autres ne sont pas loin – pas assez pour que je me retourne en tout cas. On court. Des détonations résonnent à mes oreilles. Une issue de secours est empruntée dans la précipitation – le genre qui amène sur une façade extérieure et des escaliers pas toujours fiables, en métal. Un vrai gruyère cette merde mais c’est encore la solution la plus rapide. Andy est plus agile que moi – moi j’ai du mal à me faufiler parce que je suis trop large. Je devrais probablement lui conseiller de partir devant – comme l’autre soir, parce que je la ralenti clairement. Ne trouve pourtant pas le temps de le faire lorsque mes semelles touchent le sol de Rio. Et ses fragrances me reprennent à la gorge. On fuit, parce que c’est la meilleure chose qu’il nous reste à faire. Andy me perd à travers la ville – cette fois je lui fais assez confiance pour que mon cerveau n’imprime même plus par où nous passons. On dérape, on bifurque ; on prend de bref bain de foule comme pour y perdre notre parfum, puis on revient dans des venelles plus étroites et intimistes. On prend un peu de hauteur. On traverse quelques balcons. On redescend. On entre quelque part – ça fait baraque désaffectée, le genre qui put la terre battue humide et qui n’a pas vu âme qui vive depuis des années. Les fenêtres ne sont que des trous béants où des planches ont été cloué. – Andy… Je lui effleure le bras du bout des doigts. – Andy, est-ce qu’on est loin de l’aéroport ? Je sais plus où on est bordel. Et j’imagine qu’on sera plus en sécurité qu’ici, là bas. Même si je dois reconnaître que ce truc ressemble à un vrai terrier. – Quand est-ce que tu as ton avion ? Est-ce qu’on a le même, surtout… Si on a été con jusqu’au bout, on a demandé de faire l’aller et le retour seul pour pas être emmerdé par l’autre... Bordel dis-moi qu’on a pas été si con et que dans une heure on est dans l’avion, loin de ces fêlés qui veulent nous cribler de plomb.

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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyJeu 15 Nov - 18:17



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Sam Tinnesz
N-15

Il rassure, Django. Il rassure dans des explications, dans l’étalage d’une ou deux solutions. C’est où chez toi ? Que j’ai envie de lui demander. Ça implique qu’on va devoir se revoir ? Parce que, parce qu’il faudra bien s’en occuper et qu’on est deux, pas vrai ? Pas vrai ? Battement de cils, les questions s’envolent, s’évaporent, se taisent. –D’accord. D’accord, on fera comme tu dis, comme t’as envie. Mais t’as dit nous. Et nous, ça veut dire toi et moi, moi et toi. Ça veut dire qu’on se reverra parce que, sinon, t’aurais pas dit ça, je crois. Les défaillances. Celles qui gangrènent la boîte crânienne et qui rendent difficile le rapport à l’autre. Parce que je ne fais jamais ça, dormir avec quelqu’un, encore moins après avoir couché avec. Je préfère m’enfuir plutôt que de partager la gêne du réveil. Cette gêne qui s’amène dès qu’on se lève et le matin, tu bois du café ou du thé ? Un sucre ou deux, ou rien ? Parce que je n’ai pas forcément envie de sentir son haleine, que je n’ai pas besoin, non plus, de le voir avec sa gueule de tous les jours. Laissons-nous une part de rêve. Pas besoin de réfléchir, s’il faut laisser une adresse ou un numéro de téléphone ; pas besoin de s’éterniser sur le pas de la porte à la manière de deux adolescents qui ne savent plus comment faire ; pas besoin de se demander ce que ça représente et du coup, ça veut dire qu’on est ensemble ? Genre ensemble un peu, pour encore quelques heures ou quelques jours ? Partir, c’est éviter les complications, les interrogations. Mais je reste. Je reste dans ses bras juste parce que ça me rassure qu’il le fasse. Parce qu’il tient et que j’ai la sensation qu’il ne veut plus me laisser et que je sais pas, moi, ce que ça fait vraiment, ça. Je voudrais y croire, juste un peu, juste un temps, mais je sais au fond que c’est terriblement con, qu’à la fin, l’histoire se termine toujours de la même façon. Tu vas rentrer chez toi et oublier de demander un numéro, parce que je ne te l’aurais, moi-même, pas demandé. Tu vas rentrer et mon odeur va disparaître peu à peu jusqu’à ne plus exister du tout. Alors tu ne penseras plus à moi, plus à moi allongée contre toi. Non, quand tu penseras à Rio, tu te souviendras comme elle était laide et combien elle sentait mauvais, Rio. Tu te perdras dans d’autres bras, entre d'autres cuisses et ça ira, ça ira comme ça. Ses paupières se ferment et sa respiration se fait plus lente, plus profonde aussi. Son bras paraît plus lourd et je le regarde, interdite. Il te ressemblait un peu, mais il était moins grand et beaucoup plus chétif. Il avait les mots, ceux qu’on enrobe de miel. Il larguait des promesses et des je t’aime. Moi, je voulais le croire, je voulais vraiment le croire. Puis j’ai compris, entre deux conversations - que je n’aurais pas dû entendre, que c’était des conneries. Que sous le miel, réside toujours l’acide. Et j’ai peur. J’ai peur maintenant, tout le temps. J’ai peur que tu restes, j’ai peur que tu partes. Que tu dises les jolis mots et les moins beaux.
Je regarde le plafond, compte les tâches parce que c’est comme compter les moutons. Je compte un…deux…trois… et me laisse bercer par le son de sa respiration. Et je ne sais plus vraiment quand je m’endors, si j’étais arrivée à dix ou à cent. Voile d’obscurité qui s’efface quand les paupières clignent pour replacer le visage et ses traits. J’ai froid et je me niche, tout contre lui, retrouve la chaleur de son corps et la rondeur de ses lèvres. Danse paresseuse des corps qui se lovent, qui se réclament, qui se désirent. De ce désir un peu fou, un peu bruyant, un peu adolescent. On s’emmêle dans cette nouvelle mélodie qui trouve son rythme dans des accords imparfaits. Y a son odeur partout sur mon corps et une nouvelle flagrance s’ajoute au mélange, la nôtre.

Le sommeil n’apaise pas. Sous le front, persiste les cauchemars. Les angoisses en écrin et les peurs en manteau. Y a les fractures et les plaies et le sel et les douleurs. Putrescence qui gangrène l’encéphale. Ça fait mal. Ça cloque et ça s’esquinte. Ça fait mal, putain. Désillusion et abandon toujours, toujours, toujours inscrits à la carne ; dans des dégradés de rouge et de jaune et de vert. Ça fait mal, mais ce n’est pas réel. Je me réveille, porte encore les horreurs dans le fond de mes prunelles. Elles dissèquent l’espace, coulent sur la carcasse nue, à côté de moi. Et je me souviens, je me souviens. De toi, de toi, Django et pas Dingdong. Le myocarde s’apaise, retrouve son rythme. Je n’ose pas bouger, pas tout à fait, de peur de le réveiller ; me redresse pourtant parce que j’entends au-dehors, j’entends des claquements - quatre, un peu trop fort. Les guiboles me portent jusqu’à la fenêtre dans des pas félins. Et là, planquée derrière le rideau, c’est le coffre que j’entends et ce sont eux que je vois. –Ils nous ont trouvés que je lâche d’une voix pleine de graviers. Un pas puis deux, le sac est tiré, pour en sortir des fringues et les enfiler, ne pense même pas à récupérer les autres, celles paumées dans la bataille de notre étreinte. La statuette est là, juste là. Pourquoi tu me l’as donné à moi ? Je ne réfléchis pas, je ne réfléchis plus. Je ne pense qu’à sortir, survivre. Je ne pense qu’à me tirer au plus vite pour oublier qu’ils sont là. Courir. Y a les tirs et la douleur, mais je ne dis rien. Je ne dis rien du tout, je cours, je cours parce que ça, je sais faire. Les escaliers métalliques résonnent sous chacun de nos pas. Ça tremble et ça grince dans des bruits de ferraille, mais rien ne pète, rien ne se fracasse sur nos têtes. Et c’est la fuite, la fuite un peu égoïste d’abord, parce que je l’oublie, l'éjecte de ma conscience animale et ne pense qu’à sauver ma peau. Elle rugit, l’Autre. Des rugissements qui éclatent à la cage thoracique. Badigoinces verrouillées pour la museler, la paume happe le poignet pour qu’il suive dans les coins et recoins de la ville. On cavale depuis des minutes ou des heures, je n’arrive plus à savoir, ni même à compter. Le souffle court, je m’arrête lorsque je nous crois à l’abri, suffisamment longtemps pour qu’on puisse réfléchir. Les menottes sur les cuisses, je fixe le sol, tente de calmer le souffle anarchique qui s’extirpe du gosier. Et il demande, Django, il demande l’aéroport, le où et le quand. J’en sais rien, putain. Je renifle, fouille dans mon sac à la recherche du billet, le trouve, tassé dans le fond du sac. J’avais oublié ce détail, le billet retour et l’horaire qui forme une suite de chiffres, le seul truc que je sais décrypter. Je le lui tends, parce que je crois que j’ai raté mon avion, moi. -C’était ce midi, je crois. Il confirme évidemment. Je le mire, tente de réfléchir, mais c’est le bordel à l’intérieur de mon crâne. –C’est pas grave, c’est pas grave. Monte dans un taxi et prends-la que je lui largue. Je sors la statuette et la lui fourre entre les doigts. –T’occupes pas de moi, ça ira. Toi, sauve-toi. Y a le rouge au bras et j’ai chaud. Débardeur humide dont le noir cache le trou. Je baisse les yeux et je comprends, je comprends et surtout je sens. La douleur dissimulée par l’adrénaline éclate au plus mauvais des moments. Le minois se crispe, mais je ne dis rien. Parce que tu dois t’en aller, toi et que ce serait égoïste de te demander de rester. C’est rien, c’est rien qu’un éclat, un bout de balle ou peut-être rien. Le bras se plaque au flanc pour camoufler la tâche et je serre les dents. Je les entends, j’entends les pas et les respirations. J’entends les directives, la mise à mort ordonnée. Je voudrais lui demander qu’il s’en aille, mais les mots se coincent et l’échine se tord. Les genoux frappent le sol. Je suffoque, étriquée dans cette peau humaine. Elle ondule sous le derme, l’Autre. Ondule à en fissurer la carne. Des craquements, les os en fractures multiples et les pleurs. Les silencieux qui se mêlent aux grognements, le visage s’allonge, laisse place au museau. La peur domine et j’abdique, j’abdique pour la laisser vivre. C’est comme faire une chute du dixième étage et sentir son corps et ses os rencontrer le macadam, comme prendre un bain d’acide qui dévore chaque bout de chair humaine. Et ça dure et ça dure jusqu’à ce qu’il ne reste que le pelage noir et ses tâches qu’on aperçoit à peine. La gueule s’ouvre dans un feulement. Animal qui tourne et vire dans une ronde, pourléchant ses babines et expirant son air. Le fauve cesse, referme sa gueule et écoute. Ils sont juste à côté. Ils fouillent les ruines par groupes de deux. Et ils ne tardent pas à trouver la planque, ne s’attendaient probablement pas à un tel accueil. Le saut est majestueux et le poids de l’animal bouscule et écrase. Les griffes laissent de profondes entailles dans les chairs, mais pas assez pour les faire taire. Les coups pleuvent sur les côtes qui m’extirpent des miaulements rauques. Les crocs plantent et tailladent et l’hémoglobine agit comme un moteur dès qu’il touche la langue. Les carnes sont broyées avec puissance et les cris alertent les autres qui s’amènent ; arme à la main. Et s’il n’y a plus de vie sous les pattes, le fauve est sourd et aveugle à ce qui se trame derrière lui. Dans le nase, il n’y a que le fer, que le fer partout. Les cris et les coups de feu, c’est ce qui fait relever le museau. Devant les billes s’animent les silhouettes un peu trop flous La vigueur est moindre, je titube, fais une embardée sur le côté. Et après des minutes à tenir sur mes pattes, je tombe. La forme animale conservée comme pour se protéger du pire. Je couine, la langue lape la plaie qui déjà, suinte. Elle lape à l’en laver comme si ça pouvait finir par l’effacer.

Il s’approche, Django et je grogne, montre les crocs. Les mots ne trouvent plus sens, il n’y a que les gestes qui s’imprègnent à la psyché. Je le renifle, le renifle encore dans un ronron moins effrayant. Je sais qui tu es, tu sais. Je le sais parce que je te sens, que tu sens les autres et un peu toi et encore un peu nous. Langue râpeuse qui délivre sa caresse sur le dos de sa paluche avant que la tête ne se couche et que les paupières papillonnent. J’ai mal, tu sais. Les billes vertes le scrutent entre deux battements de cils. Et il faudra du temps, du temps avant que le félidé se sente suffisamment en sécurité pour s’effacer, pour laisser place à l’humanité à la chair dévorée. Les transformations épuisent et délitent la conscience. Y a le vermeil partout, celui des autres et aussi, un peu le mien. Un geste et je rue, me recroqueville dans un jappement trop sauvage pour qu’on me touche. Et ce n’est rien, rien qu’un peu de chair écartée, rien qu’une blessure comme les autres qui nécessiteraient quelques points de suture que je ne ferais jamais. Une nouvelle cicatrice, sur la carne qui les collectionne. Je tremble. Elle est invasive, la douleur. Elle s’étend, remonte le flanc à en brûler les côtes. C’est tellement con, la douleur. Elle n’était pas là, elle était même inexistante jusqu’à ce que les yeux se posent sur la plaie. –Tu vas rater ton avion que je balbutie, retrouvant un semblant de lucidité. Et c’est pas grave, tu sais. Tu peux partir, tu peux t’en aller maintenant. Je vais te mentir, te dire que ça ne me dérange pas, qu’il y a plus important que ça, que moi ; que tu dois t’envoler et oublier et ne penser qu’à ce truc en pierre. Je vais te vomir des conneries avec l’espoir bête que tu restes quand même. Je ne sais jamais vraiment ce que je veux, peut-être parce que j’ai peur des choix, des oui, des non, des peut-être.



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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyJeu 15 Nov - 20:45

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• Ca va un peu vite. Un peu trop vite pour moi. Les images s’enchaînent mais j’ai du mal à leur trouver un sens – à me dire que c’est moi qui suis en train de les vivres, dans cette baraque de merde qui me rappelle ma propre baraque. Celle quand j’étais gosse. Ca put un peu pareil ici, et j’ai cette boule au fond du ventre, cette angoisse étrange qui me fait me sentir particulièrement vulnérable. Elle me tend son billet d’avion. – Tu l’as raté, que je lui balance un peu bêtement en effleurant à peine le bout de papier. Evidement qu’on avait pas le même vol. J’arrive cependant en être surpris. Aussi surpris que lorsque je me retrouve avec la statuette entre les paluches. Son essence noire m’en brûlerait presque les paumes. Mes phalanges se referment autour d’elle. Mon cœur palpite. Je la fixe. Longtemps. Trop longtemps. Je sais qu’il faudrait que je bouge. Que je dise ou que je fasse quelque chose d’intelligent. Si seulement j’étais intelligent ça arrangerait probablement les choses. Et je l’entends loin la voix d’Andy, celle qui me conseille de me barrer. De prendre un taxi pour rentrer – aller à l’aéroport. La seule chose qui me vient c’est que je ne sais pas parler le portugais, que ça va être compliquer d’expliquer où je veux aller, avant de me dire que l’anglais est assez universel pour me faire comprendre. Au moins pour ça. Mais c’est juste une excuse ça. Dans le fond j’ai pas vraiment envie de te laisser crever ici toute seule, même si t’aurais plus de chances de t’en sortir sans moi. Même si tu l’aurais fait toi… C’est une sensation assez irrationnelle ça. Je ne sais pas trop pourquoi je l’ai. Moi l’individualiste. Toi la blanche. Enfin la presque blanche… Je ferais honte à mon père, dans cette histoire. Enfin, après tout, je lui fais honte depuis des années à mon père, si tant est qu’il se soit déjà considéré comme tel. Je tire le sac que j’ai sur l’épaule pour y flanquer ce que je tiens. Dégage, avant que je ne veuille plus du tout te lâcher, Pazuzu de merde. Il ne dure qu’une fraction de seconde ce geste. C’est assez pour que le visage d’Andy change. Pour qu’elle s’écroule à genoux. J’esquisse un mouvement dans sa direction. L’avorte quand j’entends des pas derrière nous. Je saisi qu’ils arrivent après elle – à retardement. – Andy, un murmure rauque, craché entre une mâchoire beaucoup trop serrée pour que je sois audible. Je la vois juste qui se crispe. Qui se tend. Une impression étrange me submerge. Ses muscles roulent sous sa peau en une vague surnaturelle – irréelle. C’est la merde. Je voudrais lui accrocher le bras. La tirer loin de là. Péter d’un coup d’épaule les planches en bois qui voilent les fenêtres – nous balancer dans le vide avec l’espoir de s’en sortir. Cependant je sais d’avance que ça ne serait pas une bonne idée – elle a sa bête à gérer, Andy, et pas besoin d’un connard qui la tracte pour la déconcentrer. Je suis bloqué entre l’envie vitale de fuir et l’envie irrationnelle de soutenir quelque chose qui m’échappe. Ta présence n’arrange rien, que l’encéphale hurle sans même écouter la raison qui suggère qu’elle pourrait me bouffer, moi aussi. Dans un élan de folie un peu animale. Pour moi Andy reconnait ses alliés sous toutes ses formes. Devant moi la transformation opère. C’est mois joli que dans les films. Et ça a l’air vachement plus douloureux aussi. Les muscles ne font pas que rouler ; les os craquent dans d’atroces bruitages mouillés. Ca explose, dans Andy. Pas comme un orgasme mais comme si d’Andy naissait une nouvelle Andy. Une Andy au pelage aussi noir que l’ébène. Ca me bouscule. Physiquement. L’instinct me fait me coller contre le mur. Le dos dans les briques pour n’avoir qu’une seule face à protéger. La pile. Ma gueule. La base. C’est pas une louve Andy. C’est une panthère. Une panthère que la mutation n’honore pas.

Je ne sais pas vraiment, combien de secondes ou de minutes nous restons seuls, tous les deux. Toujours est-il que les autres finissent forcément par nous trouver – c’est qu’on n’est quand même pas dans un palace, on va pas se mentir. Et j’ai le temps de rien, en vrai. Andy est plus rapide. Plus féline et plus violente. Plus sauvage aussi, lorsqu’elle bondit de sur ses pattes. Lorsque l’impulsion, puissante, la propulse sur les agresseurs – les agresseurs agressés. L’impact est brutal, autant que les crocs dans les chairs qu’elle mâche, tire et décortique. Ca hurle. Ca geint. Ca braille. Y a juste des flashs. De rouge. Comme des gerbes de fleurs – des gerbes de roses écarlates – qu’on jetterait sur des tombes. Les images qui nous viennent dans ces moments-là, ne sont pas forcément les plus fameuses. Et c’est con, mais je ne m’attache qu’à un détail. Minime. Ultime. La balancier régulier de la queue d’Andy lorsqu’elle tue des gens. Ca va de droite. Ca va de gauche. A vive allure. Mais moins vive que ses coups de griffes et que les voix qui la supplie de lâcher les jarrets et les carotides. Il faut que des renforts arrivent pour me réanimer doucement. Pour que je détache mon dos du mur. Des détonations partent. Font jaillir mon pouvoir. Les bras dérivent, parfois trop tard – une balle passe près de ma tronche. Les cœurs sont comprimés dans leur poitrine comme si c’était mon poing qui les tenait. Des hommes s’écroulent quand d’autres résistent. Y en a dans tous les sens. Une scène de guerre. Une scène de vie. Puis tout s’arrête, aussi vite que ça a commencé. Quand tous les méchants ne sont plus que de mauvais souvenirs – ceux qui nous font nous dire que c’est peut-être nous les méchants, dans cette histoire. Andy se renverse sur le flanc. La panthère toujours accrochée au derme. Je m’avance. Elle me fait comprendre qu’elle n’a aucune envie que je m’avance. Alors j’insiste pas, je bouge pas. Regarde avec défiance l’animal blessé. Le scintillement humide sur le pelage foncé. Elle saigne Andy. Elle est blessée, Andy. Elle hume l’air comme pour reconnaître mon odeur – s’assurer que, bien qu’armé, je ne compte pas lui envoyer une balle dans la tête, que je ne suis pas une menace. Je lâche mon Colt. Tend une main. Ca râle, de son côté. D’un râle plus sympathique qu’un grognement. Je prends ça comme une invitation à me mouvoir – au pire, tant pis, ma derrière escale n’aura pas été si terrible. Elle me lape le dessus de la paluche. Je me baisse. Tente de voir quelque chose mais ne voit finalement pas grand-chose. La merde. Je m’assoie. J’ai tout mon temps, de toute façon. Personne ne m’attend à la maison. Regarde la porte, dans la peur passagère que ça ne soit qu’une première salve, tout ça. Puis les corps. Tous. Décharnés. Morts. Puants.

Il lui faut au moins ça, à Andy. Beaucoup de calme, de silence. De rien et de vide agréable, pour reprendre une forme humaine. Les craquements sont les mêmes. La douleur aussi, ça a l’air d’être la même. Dans les giclures d’une glaire épaisse, Andy avale son animal. Andy redevient Andy. Celle qui peut parler et que je peux comprendre. Pas encore toucher cependant. Parce qu’elle dégage, Andy, lorsque je me tourne vers elle pour la regarder. Comme si ma présence là, maintenant, était un poids bien plus lourd que celui d’avoir tuer. Peut-être parce qu’elle ne m’a pas tué, justement. – C’est pas grave pour l’avion, que je lui réponds en haussant une épaule. Je veux dire, c’est chiant de payer un billet, mais c’est pas le dernier avion au monde qui rentre à Ross Creek à mon avis. Personne n’est bloqué ici. Elle est nue et prostrée ; pleine de vermeil et d’hommes de main. Elle semblerait presque vulnérable. Sauf que nous savons, toi et moi, que tu n’es pas vulnérable. Je finis par me redresser. Tapote mon jean pour en épousseter la poussière rance. M’approche d’elle. Doucement – doucement mais sans hésitation, parce que ça serait parfaitement stupide de ne plus être sûr maintenant que ça fait 20 minutes que je poireaute que pour ça, et que j’ai raté l’occasion de prendre un taxi et mon avion, avec cette statuette de merde que me perturbe plus que ce qu’elle ne perturberait un métamorphe. – Montre… Je me penche sur elle. Tente de voir la blessure. Elle n’est pas vraiment coopérative Andy. Parce que ça va et qu’elle va s’en remettre.Montre, que j’insiste, en essayant de lui pincer un bras pour l’obliger un peu à être plus sympa. – Merde, fais pas l’enfant, que je râle en claquant mes cuisses, désespéré. M’oblige pas à utiliser mon pouvoir sur toi pour autre chose qu’un peu plus de plaisir, ça serait con, dommage et particulièrement désagréable pour nous deux.Ok… Ok… Je hausse une épaule. Me pousse. Rebrousse chemin jusqu’à mon sac, abandonné à l’autre bout de la pièce, pour fouiller dans l’une des poches internes. – Je viens de Ross Creek, dis-je plus distrait que véritablement intéressé, semble-t-il. Comme toi. Je l’ai vu sur ton billet d’avion. J’imagine que celui qui nous embauche est aussi par là, en ce moment. Je récupère une petite trousse. Pas bien grande, pas bien grosse. Dedans, la base pour soigner les plaies – vraiment la base, parce que personne n’a visiblement pensé à mettre du fil et une aiguille dans ces kits. – Il ne sait pas à quoi je ressemble. J’étais pas censé le rencontrer. Je rencontre jamais les gens qui me prennent des contrats, parce que le simple fait qu’ils puissent me retrouver m’angoisse. Je reprends place à côté d’elle. Refais une tentative pour la manipuler – avec plus de succès, cette fois. – C’est le premier contrat que t’as avec lui ? Ou tu lui a déjà ramené des objets dans le genre ? demandé-je dans un pansage très basique de sa blessure – un truc assez ridicule pour ne pas lui éviter une belle cicatrice, mais elle ne se videra pas de son sang et n’affolera pas les foules à l’aéroport. On peut pas toujours avoir ce qu’on veut et je suis très mauvais dans tout ce qui est incantations chiantes de régénération… J’ai jamais trouvé ça utile… Là j’avoue que ça aurait pu l’être.

Et après le bandage, vient le moment plus compliqué – plus complexe. Qu’Andy se refasse une semi beauté dans un lieu comme celui là reste assez chimérique. Elle tente de retirer le sang sur sa peau. Renfile des fringues semi sales semi propres. Puis on sort de là. Le soleil est bas – Rio se drape du noir de la nuit. – L’aéroport, est le seul mot qui traverse mes lèvres lorsque Andy arrête un taxi. Je lui chope la main quand on monte à l’arrière. Probablement pour nous rassurer, un peu tous les deux. Parce qu’on est tous les deux, au moins jusqu’à ce qu’on rentre à Ross Creek. On verra comment on se démerde après. Et pour la statuette, et… Et pour le reste. Le trajet me paraît aussi long que court, de cette impression étrange que la route ne défile pas, mais que déjà lorsque le moteur ralentis devant les portiques. On paie. On descend. Je tiens toujours Andy. L’entraine à l’intérieur – sans mouvement brusque, le but n’étant pas de lui faire plus mal que ce qu’elle doit avoir mal. Je cherche l’accueil. Me perd un peu – faut dire que je ne suis tellement pas habitué à prendre l’avion… Le trouve. Balbutie mon anglais pour demander deux nouveaux billets pour Ross Creek. Ca sera pas direct, y aura plusieurs escales. Je pose ma carte et les papiers qui justifient de mes armes. Ouais t’inquiète connasse, on va survivre lors des escales. J’m’entendais pas à ce que tu me proposes le vol parfait, je sais d’avance qu’il ne le sera pas.Il partira à 05h ! Dans longtemps. Fais chier. Je grogne. Je râle. Mais j’acquiesce, parce qu’on a pas le choix. Alors je nous dégage de là. Passe devant. Amène Andy aux toilettes. Parce que j’imagine qu’elle doit au moins avoir envie de se rafraîchir à un lavabo. Je fais pareil, d’ailleurs. Asperge mon visage de flotte. M’humidifie la nuque. Ignore ma gueule de déterré que me renvoi le miroir. Sors de là. Attend Andy. Lui propose un café. Lui propose qu’on se pose quelque part. Et finalement, jette mon dévolu sur un snack aux sandwichs hors de prix, parce que je crève de faim. On commande. On bouffe. On boit. Un. Puis deux puis trois cafés noirs pour moi. Bus froids, ou presque froids. Les globes accrochés à la pendule de l’aéroport. A ces minutes qui ne défilent presque plus. On est pas mort dans cette baraque, mais on va finir par crevé d’ennui ici. Je me tourne vers Andy. La reluque, un moment. – Tu m’aurais laissé ? Court silence.Si j’avais eu un problème, à un moment, tu m’aurais laissé à Rio ? C’est quoi cette question de merde ? Est-ce que t’as vraiment envie d’en entendre la réponse, en plus ?

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N-16 ••• © 2981 12289 0
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyVen 16 Nov - 12:38



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-17

Pourquoi tu restes là ? Que je voudrais lui demander. Je me répugne dans ce corps encore luisant de l’Autre. Je me dégoûte, parce que j’imagine ça, monstrueusement dégueulasse et que ça l’est, forcément que ça l’est. Et toi, t’es là, t’es toujours là. Je n’arrive pas à saisir les nuances qui le composent. Tu ne savais pas, tu ne savais pas si j’allais te tuer, toi. Je ne sais pas si c’est parce que tu étais tétanisé ou fasciné ou bien les deux, qui sait. Les mirettes brillent et le fixent, analysent ses traits comme pour avoir à les graver, à y déceler une grimace, une infime grimace qui donnerait raison à ce que je ressens moi. Regarde-moi, je suis un mensonge. Je ne suis ni vraiment humaine, ni vraiment animale. Je suis tout et rien à la fois, mais je suis surtout rien, je crois. Mais il n’y a pas d’horreur ou de dégoût qui viennent peindre son visage. Il n’y a qu’un léger froncement de sourcils lorsqu’il s’avance, lorsque je refuse de montrer la plaie. Les bras se resserre autour de moi et je pivote pour extraire la faiblesse à sa vue. –C’est rien, ça va passer, que je mens. Il insiste, je me retourne ; il s’agace, je geins. Il abandonne, je crois, jusqu’à ce qu’il fouille dans son sac et que je me contente de le regarder bouger, vivre et respirer. L’oreille se tend et écoute l’histoire qu’il conte. J’oublie presque que j’ai mal. Alors, tu ne le connais pas. Tu ne sais pas à quoi il ressemble, tu ne sais pas qu’il vieillit parfois et qu’il rajeunit aussi. Tu ne sais pas qu’il donne l’impression qu’il a quatre-vingts balais, ou moins, ou plus - j’ai jamais été très doué pour donner l’âge des gens. Je me demande vaguement comment on peut accepter un contrat à distance et être sûr que ledit contrat ne soit pas sur soi. J’ai besoin de les voir, moi. Je m’imprègne des odeurs comme on photographie un visage. Et puis, et puis après, je mords. Je mords au besoin. Il revient et je ne dis rien, le laisse même me toucher, me manipuler. Je serre les dents, grogne, lâche un soupir crispé. –Je le connais depuis longtemps trois ans –Je ne travaille que pour lui, la plupart du temps. Je traverse le monde pour lui rapporter les babioles qu’il exige, aie ! J’ai envie de le mordre, retiens tout juste un claquement de dents. Je ne suis pas une bonne malade, je n’aime pas avoir mal. Je n’aime pas qu’on me soigne et je n’aime pas non plus l’odeur que ça a, une blessure. Ça pue. Un mélange de sang séché et de viande avariée. J’inspecte le bandage, caresse les pourtours et la vie reprend son cours. Je crache dans un bout de fringue, retire le rouge à mes lippes et le rouge à mon cou. Et je me couvre, récupère des vêtements, en abandonne d’autres. Une manie de petit poucet. J’ai envie de lui demander de ralentir parce que je n’ai pas vraiment envie de partir. Je suis pas prête. Les badigoinces restent définitivement closes, on monte et sa paume étreint la mienne. Mon cœur rate un battement ou deux ou trois ou quatre. Est-ce que c’est censé dire quelque chose ? Parce que ça y est, c’est bon, on a plus besoin de faire semblant maintenant, tu sais ? Bien sûr que tu le sais. Les phalanges se resserrent autour des siennes sans avoir à lui tordre les doigts, cette fois. Et dans le silence, les questions tourbillonnent avec la vigueur d’un ouragan. Ça se déchaîne sous le crâne. Et l’après, l’après qui déjà traumatise et réveille les craintes. Celles qui sommeillent, mais qui ne disparaissent jamais vraiment, jamais tout à fait. J’ai envie de faire l’enfant, de tirer sur sa main et de lui dire viens, viens on s’en va et on va ailleurs, on va chez toi. Ce chez toi joli pas pareil. La voiture s’est arrêtée. Je grimace pour descendre, je grimace pour marcher, je grimace pour attendre, je grimace quand il parle au guichet. De nouveaux billets pour quitter Rio, Rio la chienne et ses merveilles. Il me surprend, Django. Il me surprend à aller au-devant de mes besoins quand je ne suis qu’une coquille vide qui obtempère. Poupée qu’il trimballe à gauche, à droite et dépose. J’ai une sale gueule pensé-je en me regardant dans le miroir. La lumière blanche est éblouissante, me fait clore à demi les yeux comme pour préserver les rétines. Une inspiration douloureuse, les tiges s’agrippent au lavabo dans un souci de se raccrocher au tangible. J’ai du mal à saisir si c’est un rêve, un cauchemar ou la réalité.

Plantée devant le type qui attend que je commande pour me servir, les mirettes s’éparpillent. Il racle sa gorge, il dit –Madame ? Vous avez choisi ? Silence. Il lorgne Django comme pour comprendre. Il s’imagine peut-être que je suis sourde ou muette. Derrière moi, ça s’impatiente, ça dit –Bon, c’est bon maintenant ? Mais je ne réponds toujours pas, comme absente, effacée. Après de trop longues minutes, j’opte finalement pour un café même si j’ai surtout envie d’alcool et tout un tas de conneries trop sucrées. On trouve une place, on s’installe et je dévore plus que je ne mange pour effacer le goût des autres. Tout autour de nous, les gens vivent, discutent, beuglent dans le téléphone et là, tu m’entends ?, mâchent bruyamment, font du bruit, lisent des livres ou des magazines dont je ne saisis pas même les titres. Ils sourient, tirent la gueule, restent stoïques. Et moi ? Moi je sais pas. Moi, je crois que je les déteste, tous ces gens-là. Il me faut une poignée de secondes pour comprendre qu’il me cause, Django. Une autre pour décortiquer la question. J’avale ma bouchée et lui claque un –Non, sans la moindre parcelle d’hésitation. Non, parce que je suis bête et disciplinée. Parce que tu fais partie du plan, de son plan à lui. Au mieux, je t’aurais demandé d’attendre que je revienne dans l’hôtel, au pire, je t’aurais becté. Et puis en vrai, surtout non, depuis Tony. Depuis que t’es resté, que t’as pas crié et que t’as caressé. Non, c’est tout. Les explications que je ne largue pas pour enrober, pour développer, possiblement rassurer. Il y a juste ce non et le rien autour, rien que l’affirmation qui claque dans l’air. Je croque dans mon biscuit, occupe ma bouche pour ne pas étaler une myriade de pourquoi à ces oreilles. On change de place, souvent, pour ne pas rester statique, pour ne pas qu’on nous repère. Entre deux cigarettes et après des minutes ou des heures d’un nouveau silence je lui demande –On va faire quoi, quoi après ? Je trébuche sur les mots, tente de reprendre maladroitement. –Tu, tu vas faire quoi quand l’avion nous aura ramené ? Je mordille l’intérieur de ma lèvre et de ma joue, pas franchement à l’aise. Autant retirer le pansement d’un coup sec pour que ça fasse moins mal, que ça ne fasse mal qu’une fois et pas longtemps. Dans l’avion, j’essaye de me concentrer sur le film qui passe, sur la mère de famille aux yeux cernés qui tente de calmer son bébé qui braille alors qu’elle semble au bord des larmes ; sur le bruit des touches que fait le clavier d’ordinateur du type d’à côté. Je me lève une fois, deux fois, cinq fois j’ai envie de pisser, mais les chiottes sont trop étriquées pour que j’y reste j’étouffe à l’intérieur. Première escale et la pression n’est plus là. Il n’y a plus Rio, il n’y a qu’un ailleurs. Cette constatation me rend aussi euphorique que malade. Il fait la queue pour acheter un énième café, je le rejoins, fourre ma main dans la sienne même si je sais, que ce n’est pas nécessaire. Nouvelle commande, nouvelle attente. Les chaises n’ont rien de confortables ; du métal bleu et froid. J’ai chaud je crois que j’ai de la fièvre. Ou peut-être pas. Peut-être que c’est seulement parce qu’on se rapproche de Ross Creek et que ça m’angoisse, ça. –Tu voudrais bien lire pour moi ? Ça sort de nulle part, ne prend racine à aucun endroit si ce n’est dans ma cabèche déglinguée. J’aime bien le son de ta voix. Quand tu racontes, elle est différente, enivrante. J’aime bien quand tu parles, quand tu me parles, pour dire merde, pour dire encore, pour dire nous pour dire tout et pour dire rien.
Avion, escale, avion, même rengaine. Je crois que je me suis endormie sur le dernier vol celui qui nous ramène à la maison. J’ai la tête sur son épaule et ce sont les turbulences de l’atterrissage qui viennent me cueillir comme une mauvaise herbe. J’ai le réveil difficile, il me faut une seconde ou deux pour me souvenir des détails. L’instant d’après, le ventre se tord, se tord à en faire des nœuds. La bouche est sèche et les mains sont moites. Je ne veux pas me lever. Sensation de trop peu, le besoin et l’envie de retourner en arrière. Elle étreint sauvagement les viscères, la panique. Respiration qui se détraque et l’Autre, l’Autre qui de nouveau bouge et vibre. Je crois qu’il comprend ou qu’il en a marre, m’extirpe de la carcasse en ferraille, me traîne dans le long couloir. Attends… –Attends ! Je m’essouffle alors qu’on a simplement fait quelques pas. Mais attendre quoi ? Les revendications ne forment plus qu’une boule dans le fond du gosier. Acide, amère. Et rien ne sort et rien ne vient. On gêne, on avance, je retiens sa main mais j’arrive pas à te dire que j’ai peur. J’ai peur de rentrer, de rentrer dans un chez moi qui n’existe pas. J’ai peur de ne plus le revoir, plus jamais ; de partir dans un autre pays, qu’il m’oublie. J’ai peur, mais c’est complètement con, d’avoir peur. Je sais que c’est con, vraiment con. Sans doute que tout a été trop vite, trop fort. Que j’ai juste besoin de temps et d’espace pour me rendre compte que, gémir à ses pieds, c’était pas nécessaire et surtout ridicule, putain. Oui, voilà, on va retourner dans nos vies en désordres ou bien rangées, puis on va juste classer cette histoire, la relayer au rang des sans lendemain. Et ce sera facile, pratique. Il n’y aura plus les interrogations pour dévorer la psyché, y aura que les réminiscences à garder ou à brûler. –Quelqu’un t’attend, Django ? Pas ici, mais chez toi. Chez toi ici ou là-bas, ou ailleurs, je sais pas. Une femme, des gosses, un chien, un chat que j’imagine ; le feu aux joues. J’aurais dû te laisser une notice explicative, d’autres codes couleurs, juste pour que tu saches et comprennes que je suis nulle dans les relations humaines. Je ne lui laisse pas le temps de formuler une réponse et j’enchaîne –T’as dit, t’as dit que t’avais quelque chose à perdre, mais c’est quoi, c’est qui ? Je me mords la langue pour me taire, pour ne pas continuer à déballer le sale qui se loge à la boîte crânienne.


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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyVen 16 Nov - 21:16

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. ••• Non. Et elle ne dira rien de plus, Andy. Parce que c’est juste non. Parce que ça n’a pas besoin d’être argumenté, ni même justifié. Parce que c’est pas des parce que qui l’auraient rendu plus réaliste, son non, ou plus consistant, ou plus vrai, ou plus faux. Ou plus légitime ou plus ou moins moral. Ou plus altruiste ou moins froid. Il est logique, son non. Ni plus, ni moins. Probablement, quelque part dans sa tête. Pas dans la mienne. Mais non, elle ne t’aurais pas laissé crever dans un coin de la baraque qui puait l’humidité Django. Elle t’aurais aidé, comme tu l’as fait. Je ne sais pas comment, ni même pourquoi, mais cette idée parvient à me rassurer. A m’enlever un poids de sur mon bide, le genre que t’as pas envie d’avoir tout le long d’un voyage quand t’es assis à côté de quelqu’un qui pourrait te laisser crever pendant 18h. A me faire me dire que je ne regrette pas de ne pas avoir plus réfléchi en prenant la décision de l’attendre et de rater mon avion. Il y en a toujours plein d’autres des avions, mais c’est toujours plus agréable de le partager avec des inconnus qu’avec des lâches. Et ça doit être pour ça que ça ne me fait plus rien de me taire – que je me tais d’ailleurs plutôt bien en me promenant dans l’aéroport avec Andy. C’est surtout pour ne pas rester à la même place trop longtemps qu’on fait ça. Qu’on se prend la main, qu’on s’arrête boire un énième café ou qu’on se fige devant une boutique pour en lorgner les vitrines. En ça me donne l’impression de flâner comme si nous étions des gens normaux. Comme ces gens qui nous croisent sans même lever les yeux vers nous, parce qu’on leur ressemble assez pour passer inaperçu. La relativité du normal. Et ce, malgré nos mines fatiguées – blasées, détruites par notre voyage à Rio, par tous ces morts et tous ces rebondissements. Et ce malgré la blessure d’Andy qui la ralenti parfois et que j’attends.

Bientôt les hauts parleurs et les grands écrans crachent notre vol. On rebrousse chemin jusqu’à la salle d’embarquement – devons encore attendre une heure avant que nous puissions nous installer. C’est quand nous sommes dans la queue, juste avant de gravir les marches jusqu’à nos places, qu’Andy décide de reprendre la parole. Sa voix est pleine, bien qu’un peu fuyante – pleine et douce comme sa peau. Je me détourne. Baisse les prunelles sur son visage qui s’échappe – qui m’échappe. Elle n’a pas l’air à l’aise, Andy, quand je comprends pas bien pourquoi la question est dérangeante. Parce que j’imagine qu’elle doit l’être si elle trépigne comme ça. Je me dis qu’il doit y avoir un sous-entendu que je ne saisis pas. – J’imagine qu’on va rendre la statuette… Et moi, qu’est ce que je vais faire ? Moi tout seul, une fois que l’avion il aura posé ses connasses de roues sur le bitume et que j’aurais un tantinet le choix ? Je vais rentrer chez moi pour prendre un bain, je vais dormir, boire et manger dans mon bain, et je vais cramer toutes les cartes de Rio pour oublier que cette putain de ville existe. Puis après. SEULEMENT après, je viendrais avec toi pour qu’on aille refuser de donner la statuette qui m’a fait détester cette ville… Pourquoi, tu comptes faire quoi toi ? Sortir en boite et danser toute la nuit pour hurler ton plaisir d’être encore en vie ?J’imagine que j’irais rendre la statuette avec toi, réponds-je dans un raccourcis très raccourcis de mes ambitions futures.
On monte. On s’installe. C’est pas de la première classe mais ça fera l’affaire. Le mec derrière moi mâche trop fort et je déteste les gosses qui pleurent… Je prends sur moi dans une profonde inspiration. Agrippe les poignées de mon siège. – Dis moi ce qui se passe, dehors, soufflé-je en direction d’Andy alors que l’avion va prendre sa place pour le décollage. Ca bouge et je déteste ça. Ca me file la nausée, parce que je sais pas voler. J’aurais peut-être aller du voir le pilote avant, pour être sûr qu’il était pas bourré… Y a tellement de chances qu’on le quitte les pieds devant, cet avion… Tout se passe bien, pourtant. Andy me parle, un peu. Avant de se lever, souvent, et de revenir tout aussi vite dans une chorégraphie qui me présente soit son cul, soit le reste. Au début, je me lève, à la fin je la laisse m’enjamber – elle est souple, après tout, et elle a une vessie de la taille d’une épingle à nourrice. On cause pas. On s’échange juste des regards en essayant d’y lire quelque chose de consistant. Un truc à se mettre sous la dent. Puis on se mate un film. Nul le film. Je crois que je m’assoupis juste avant la première escale, quelques secondes seulement – certainement pas assez pour que quelqu’un le remarque.

La routine. La clope, puis le café qui me donne soudainement envie de whisky – d’un shot d’héroïne même peut être, pour que le reste du trajet se passe bien, sans stress, pour que l’encéphale me laisse tranquille. La menotte d’Andy qui vient machinalement dans la mienne, comme si ça commençait à devenir une habitude, tempère mes lubies. Je la lâche. Lui encercle les épaules d’un de mes bras pour la coller contre mon flanc pendant que je prends nos gobelets en plastique. On s’assoie. Ma mâchoire vient se caler dans la paume de ma main, mon attention sur le couple juste derrière nous – un couple à la langue improbable que je ne saurais clairement pas reconnaître. Je me focalise sur les lèvres de la femme, toutes fines, qui bougent bien plus vite que ce qu’il est humainement possible de le faire, je pense. Comment son mec peut comprendre un broc de ce qu’elle lui baragouine ? Et pourtant, il se met à rire, un peu avant elle – preuve qu’il l’écoutait, en plus. J’arque un sourcil. Hoquette, légèrement, à la demande d’Andy, un peu étrange. Tu veux que je lise pour toi ? Pourquoi ? Parce que tu aimes bien ma voix ou que tu ne sais pas le faire, toi ? Je préfères ne pas poser la question. Trouve des prospectus sur notre table, mais ils ne sont pas fameux – pauvres en histoire. Finalement, je sors de mon sac le livre que j’avais commencé à lui lire - Pleure, Geronimo. Ca semble l’apaiser. Ne pas lui faire penser à grand-chose. On reste sage, jusqu’au prochain vol – puis jusqu’à la prochaine escale. Puis on fait pareil, dans une angoisse grimpante. Parce qu’on se rapproche et que c’est de plus en plus long. Le dernier avion qu’on prend est une véritable torture pour la patience. Je suis ingrat, surement, avec la plupart des hôtesses qui viennent me proposer leur aide – ou des boissons ou de la bouffe. Je les envoie chier. Cette fois, le mec de derrière moi, qui boit à la paille un cocktail clairement fini, n’a pas le temps de savourer son boucan – je le lui fais remarquer sans préavis et sans classe. Je vous emmerde tous. Je soupire beaucoup. Je tape des pieds. Je m’enfonce dans mon siège comme un enfant le ferait – comme il bouderait. Jusqu’à ce qu’Andy vienne foutre sa caboche sur mon épaule. J’irais pas jusqu’à dire que ça me calme, mais ça a le mérite de me faire fermer la gueule. Ca va aller, que je me rassure on lui caressant doucement les cheveux, en un geste machinal. Je tente de me poser. Bascule ma tête en arrière pour trouver le sommeil. Ne trouve rien d’autre que la respiration régulièrement d’Andy qui glisse sur ma clavicule.

L’atterrissage. L’angoisse. L’envie de clopes et de rentrer chez moi. Comme si nous étions à l’hippodrome, dans les starting-blocks, tout le monde se lève comme un seul et même Homme. Ca recommence à parler, à parler fort. Ca nous laisse pas nous inclure dans la file pour aller prendre l’air. J’me tourne pour lui faire part de la connerie grossière de la plupart de ces connards. Vois la tronche que mon duo se paie – une tronche que t’as pas envie de laisser enfermer longtemps dans un espace clos, parce que ça sent vraiment le meurtre de masse plus les minutes passent. Je me redresse, sans plus de préavis. Bouscule un type d’un jet d’épaule un peu violent. Attrape Andy par le bras pour la trainer à l’extérieur du cockpit. Descend les marches, cavale comme jamais pour rejoindre le parking – peut être même se mettre un peu à l’écart le temps qu’elle retrouve ses esprits. Mais elle me retient Andy. Est-ce que tu penses que c’est vraiment le moment de me retenir ? Elle est pâle. Elle n’a l’air dans son état normal. Soudainement, j’en viens à me demander si ça ne vient pas plus de sa blessure que de son éventuelle mutation publique. – Ca va ? que j’hasarde, persuadé qu’elle ne m’écoute pas, qu’elle m’écoute plus, préoccupée par autre chose. Elle tout simplement, probablement.

On s’est calé à contre sens. Et on se prend une marée humaine dans la gueule. Et ça nous bouscule de droite et de gauche, quand j’injurie, quand je demande, agressif, de faire gaffe. Quand je vocifère que les gens sont tous des cons et que je me baisse un peu, pour entendre Andy. Pour lui proposer, aussi, de se foutre un peu en retrait. Mais elle me coupe le chiquer Andy, comme si ça commençait à devenir une habitude pour elle. Un truc facile pour elle que de voir se dépeindre sur ma face des expressions que je n’ai pas pour habitude de laisser apparaître en règle générale. Quelqu’un m’attend ? Chez moi tu veux dire ? Dans mes draps ? Je veux répondre non, un peu spontanément – un peu vexé qu’elle puisse penser ça de moi. Après tout on se connait pas. Je me tends, légèrement. Réhausse le râble pour me donner une contenance feinte. J’te l’accorde, ouais, quand même, que je peux être un peu tendancieux, parfois. Un peu incompréhensible – un peu mystérieux. N’importe quoi ou n’importe qui pourrait être dans mes draps, même un chat.Mes vengeances, soufflé-je le plus sérieusement du monde – avec au fond des mirettes une haine qu’il serait difficile de m’extraire sans s’y brûler. – J’ai juste ça, à perdre. Et mon fils… Mais je suis sûr que t’as pas envie de l’entendre, l’histoire de mon fils.Je mets un point d’honneur à ce que mes problèmes meurent de ma main. Court silence.Allez viens. J’sais pas bien si c’est ça que tu veux… Si c’est ça que tu essayais de me demander dans des demis mots un peu maladroits – je sais pas si t’as envie de venir chez moi… Mais je t’y amène quand même. T’es pas en mesure de dire non… T’es pas en mesure de dire oui. Et si t’as vraiment pas envie tu partiras juste plus vite que prévu.

L’attende de nos bagages – enfin surtout du mien avec les armes - est interminable. J’en viens à envisager de laisser ça là. Imagine que ça serait problématique parce que c’est censé appartenir au gouvernement mais que tout ça, c’est du grand flan. Je prends mon mal en patience, balance quelques mots sur les passants – une jupe à la couleur improbable, de ce jaune verdâtre particulièrement criard, ou sur cet homme d’affaire qui hurle littéralement dans le combiné de son téléphone sans même se soucier des gens qui peuvent l’entendre.

Dehors je ralentis l’allure. Marche au rythme d’Andy, pour une fois, en la guidant, doucement, vers ce qui ressemble à un pick up blanc – un peu vétuste, écaillé, mais passe partout. J’ouvre. On y monte – parce qu’elle doit capter que je l’embarque dans un rapt pas tout à fait involontaire. La musique – une musique folk – nous berce jusqu’à ce que je me gare devant mon immeuble – à moitié sur le trottoir, une place qui n’est pas réservé à cet usage, à la base. Je la fais descendre. Lui prend son sac malgré les protestations – monte les marches une par une jusqu’au second. Ouvre mon appartement sans que ma voisine d’en face ne fasse sa concierge – un véritable miracle, mais c’est peut-être une heure trop indécente pour faire sa concierge. Je ne sais même plus si le soleil se couche ou s’il se lève. Un petit couloir en guise de hall, un salon immense rempli de cartons. Un canapé noir, sur lequel on peut largement y rentrer à sept, une télé collée au mauvaise endroit – devant une fenêtre. Dans le fond des baies vitrées. A droite la cuisine – fermée, un peu vieillotte par rapport au reste mais parfaitement fonctionnelle. A gauche la chambre avec une salle de bains – et une baignoire d’angle dans laquelle je rentre. Ils m’ont appelé ça une suite parentale à l’agence, de vrais truands là dedans. - Bienvenue chez moi. Enfin dans mon chez moi à Ross Creek, tu l’auras compris.Va te doucher, dis-je en lui indiquant la porte de la piaule. Bug.La salle de bains… Elle est dans le fond. Et comme elle ne semble pas très sûre d’elle Andy, je pose les affaires sans les ranger. La suit à pas feutrés, comme pour me faire oublier. Traverse la chambre avec le lit king size complètement défait. L’aide, un peu, à se débarrasser de ses fringues et de son bandage en des gestes lents – tendre même, peut-être. Pour n’effrayer personne – et parce que je ne vois aucun intérêt à y aller comme une brute pressée. Je lui fais couleur l’eau. – Pas de savon sur la plaie, que je préviens dans une évidente évidence. Et t’as qu’à lui apprendre à se savonner aussi… Elle est pas débile, Django, elle est juste pas bien. J’en profite pour fouiller dans ma pharmacie. Y trouve une trousse un peu plus sophistiquée que celle amenée à Rio – une gaze, une aiguille, du fil, une bande, la base pour les sutures. Je prends cependant sa place, lorsqu’elle termine. Elle se sèche. Je me lave. La synchronisation est presque parfaite – à cela près que j’abandonne donc l’idée d’un bon bain. Me contente du plus rapide. Une serviette aux hanches, je me concentre sur mon fil, me pose sur le rebord de la baignoire. Hésite. Me relève. – J’ai du whisky dans la cuisine. La proposition est merdique, on va pas se mentir, mais je sens que ça ne va vraiment pas être agréable ce que je vais te faire là.

Chambre. Salon.
Choisi un bouquin, que je propose en m’arrêtant devant la pile astronomique de cartons. J’te le lirais, pendant que je te fais mal… En espérant que ça te fasse un peu oublier que je te fais mal. J’en ouvre un. Attrape des romans pour les lui passer – un mélange de thrillers et de bordels historiques, de livres philosophiques et de pensées amères. Change de contenant. N’y trouve que des DVDs – le genre disneys comiques nuls ou en noirs et blancs. – J’ai que ça. Les autres doivent être planqué plus bas. Enfin, je compte quand même pas faire durer mes sutures des heures entières. Je disparais l’espace de quelques secondes. Reviens avec l’alcool tant attendu. Lui tend la bouteille. – Prête ? Demande qui laisse courir une œillade sur ce qu’elle me tend.


Dialogue:
 

N-18 ••• © 2981 12289 0
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptySam 17 Nov - 16:33



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-19

Ça perfore l’encéphale et les questions se font besoin. C’est vital, comme respirer, boire et manger. Et tu sais, c’est pas grave. Pas grave si quelqu’un t’attend, si t’as des enfants. J’aime pas ça, les enfants ; c’est nul, les enfants, mais c’est ok. C’est ok, tu vois. J’ai des nœuds au ventre, j’attends sans savoir vraiment ce que je veux entendre. Les lippes du mâle s’animent et je crois que je m’attends à plein de réponses et que dans ma tête, se tisse déjà une toile de mensonges à larguer en protection. Mais il parle de vengeance, Django. De ces vengeances qui pourrissent l’âme et tordent la peau. Et je me perds dans mes propres songes, mes colères par centaine et par millier, celles qui me font suffoquer jusqu’à m’en étrangler au point que je me sente crever. Je l’ai même pas tué, ce connard, ce Filipe, tu sais. Je voudrais me dire que je l’ai laissé vivre par bonté, mais c’est rien que de la lâcheté. L’espace d’une poignée de secondes, j’admire sa détermination, me perds dans ses émeraudes qui me transcendent. Mes problèmes, moi, je préfère les fuir. Parce que la fuite, c’est facile. J’y ai mis de la distance, une tonne de kilomètres, saupoudré d’oubli liquide. Battement de cils avant que je ne le suive. Automate qui marche dans ses pas, s’arrête, respire, repart, attend. Réceptionner le noir bagage, avec tous ces trucs dedans qui se choquent les uns aux autres. Suivre encore, suivre sans trop savoir pourquoi, pourquoi je ne m’en vais tout simplement pas. C’est le moment, normalement ; celui où on se regarde comme deux adolescents sans savoir ce qu’il faut dire ou faire. Je ne dis rien, rumine et étreins la crasse qui me bousille l’intime. Respire. Je respire l’air du dehors, je le respire comme jamais ; savoure Ross Creek et ses flagrances plus sauvages, plus mouillées. La fraîcheur et l’humidité m’embrassent et m’enveloppent et me bercent. Je bugge. L’organe en dysfonctionnement, les mirettes analysent le pick-up il est pas blanc, il est pas blanc le mien. Il est noir, même un peu gris et marron parce qu’il est sale. Et monter, regarder la route à travers la fenêtre. Les lampadaires dégueulent leur lumière jaunâtre, ils défilent un peu trop vite dans le décor. La bile remonte dans ma gorge je ne sais même pas où tu m’emmènes. Je le mire, lui qui se concentre sur le dédale de routes ; étudie son profil, dissèque le minois, la forme de son front, de ses pommettes, et même de ses lèvres. J’ai envie de le toucher, de pincer son bras juste pour qu’il me regarde, sans raison, juste comme ça. Et je n’en fais rien, retiens mes mains, range mes doigts, les planque contre moi. J’essaye de me concentrer sur la musique pour occuper l’esprit qui n’a de cesse de divaguer.
Claquements de tôles.
Descendre, gronder sur le sac qu’il extirpe des paumes, ronchonner puis se taire et marcher. Personne n’a jamais fait quelque chose pour moi, pas sans raison. Alors pourquoi t’es sympa, toi, Django ? C’est quoi, tes raisons ? Pourquoi tu gueules pas, pourquoi tu cris pas -rentre chez toi, pourquoi tu m’emmènes là, pourquoi, ouais, pourquoi, putain. Gravir les marches dans des grognements étouffés ça fait mal. Porte qui se déverrouille et chambranle que je peine à passer c’est chez toi. Son chez lui avec des cartons qui trônent partout dans le salon. Tu t’en vas ? Que j’ai envie de lui demander en ajoutant le où ? Mais il empêche de formuler, Django, fait s’enrayer le disque qui saute. Je le regarde sans comprendre je sais pas où c’est, où est-ce que je dois aller. Il indique alors la salle de bains et je m’y traîne sans envie, traverse la piaule au lit défait. Un détail qui m’extirpe un sourire. Lumière allumée, le reflet du miroir me fait comprendre pourquoi il exige que je me douche. Je dois sentir mauvais. Ça se corse quand il faut retirer les fringues. Parce que la plaie suinte et que ça fait mal, putain. Je m’immobilise, ne veux pas toucher ni même regarder. Alors il aide, Django. Gestes tendres qui me font le dévisager avec affection. Il doit avoir l’habitude de me voir nue, maintenant, pensé-je vaguement. Précaution larguée, je m’interroge tu fais ça avec toutes les filles que tu rencontres ? Les pas forcément jolies que tu couches dans ton lit, qui t’ouvres leurs cuisses ? T’es gentil pareil, avec elles ? Je m’exécute en silence, presque trop docile. La flotte se colore de marron et de rouge et un peu de gris, aussi. Je frotte sous les ongles, je frotte partout, partout pour retirer les bouts d’autres. Danse étrange qui s’opère ; je me sèche, il se lave je ne sais pas vraiment à quoi ça ressemble, un vieux couple, mais je crois qu’on en a vaguement l’air, c'est... Bizarre. Je m’enroule dans ma serviette, j’attends qu’il en fasse autant. Il manipule une trousse, des trucs que j’ai pas envie de voir. Non ai-je envie de lui dire. Ajouter non, c’est bon, pas besoin, ça va se réparer tout seul. Je me balance d’une jambe à l’autre, exprime clairement le mal-être qui me ronge regard fuyant, bras entortillés autour de moi, et ce mouvement de balancier qui ne s’arrête pas. Le museau se dresse parce que ça m’intéresse, tout à coup, le whisky dans la cuisine. Clébard qui marche derrière lui pour obtenir sa dose de liquide. Je m’arrête devant un carton, bugge comme s’il venait de me parler dans une langue étrangère. Ils ne m’inspirent rien, ces bouquins. Il n’y a que des pages blanches, des tranches vieillottes ; que des illustrations avec des titres qui ne veulent rien dire. Je les pousse, fais mine de m’y intéresser comme si je savais ce que je fais. J’en pioche un au hasard quand il revient, le lui tends en récupérant l’ambre de ses mains. Je ne suis pas prête. J’avale une gorgée amère et brûlante, une seconde pour anesthésier le gosier, une dernière pour me donner le courage que j’ai paumé. Je m’allonge sur le côté, achoppe ma serviette pour pouvoir y mordre. Désinfecter, c’est déjà beaucoup me demander alors quand l’aiguille pique la première fois, je feule un peu trop fort avant de m’étouffer dans le coton. Je ferme les yeux, peine à me concentrer sur ce qu’il raconte. Je sens les effluves de mon propre sang. La gueule s’étire, se mue, l’Autre vibre à nouveau, roule sous l’échine comme pour rappeler qu’elle existe. Museau qui se planque un peu plus pour dissimuler le fauve. Il n’arrête pas de lire, Django. D’un timbre lent et doux, presque chantant quand j’y pense. Ça prend écho sous le front, rend la douleur un peu plus supportable. Elles sont chaudes, tes mains. Je voudrais qu’il me touche, partout, partout ailleurs, mais pas .

Besogne terminée, je me redresse, inspecte, le regarde. Tu sais que je vais les faire sauter, pas vrai ? Parce que je ne sais pas rester tranquille longtemps. Je pose son livre sur la table basse, l’enjambe, l’embrasse. Tu devrais arrêter d’être aussi gentil avec moi. Ça fout le bordel dans ma tête, après. Ça complique tout, après. Ça me donne envie de rester, après. Je grimace, tout contre sa bouche, me fous de savoir que ce n’est pas raisonnable et qu’il faudra tout recommencer. Je m’en fous. Je m’en fous parce que tu me plais. S’étreindre à nouveau sans la peur de mourir demain accrochée au bide. Je le touche, je le touche parce que j’en ai envie depuis qu’on s’est tirés de Rio. C’est physique, répond à un besoin primitif, une envie, un délire je te veux. Je te veux autrement qu’hier et demain. La plaie tiraille, empêche les mouvements trop amples, elle me rappelle que malgré la puissance de mon Autre, je peux mourir et souffrir elle me rappelle que je suis vulnérable. Et je me vautre dans ce que je ne comprends pas, ces trucs que ça fait dans le poitrail et les entrailles. L’appartenance même infime, même un temps. Sentiment qui implose et détraque la psyché, fait se mouvoir les hanches sur une serviette qui se barre. J’ai envie de lui dire prends-moi comme on dit aime-moi mais il n’y a que les ronrons dans la gorge qui vibrent. Et je me noie dans une myriade de sensations oubliées depuis trop d’années, celles que je refusais d’entrevoir par peur d’y crever. Et peut-être que j’en crèverai, peut-être, qu’il ne résultera de nos ébats qu’une froide indifférence qui se lèvera un matin ou demain probablement demain. La dominance, toujours, celle que je lui impose en me faisant de plombs malgré mes ondulations. Je feule, mordille et plante mes ongles. Y laisser des marques, des traces brèves par plaisir, par besoin. Dans le crâne, la crasse tapisse les parois et dessous, bien planquées, les défaillances, les angoisses ; réminiscences acides qui gangrènent l’encéphale. Et oublier, oublier même si ça nécrose en dedans. Ça enfle dans l’air, râles qui s’extirpent d’entre les lippes asséchées j’ai faim et soif de toi. Y a plus que de la déraison, pas la plus petite parcelle de connexions. Celles qui me feraient dire arrêtes Andy, putain, tu vas te planter. Ce type-là, il est trop gentil, toi tu préfères les connards, ceux qui ne te respectent pas, qui ne te disent pas ça va ? Qui ne cherchent pas à savoir qui t’es, en vrai, au fond, qui s’en foutent ; ceux qui ne t’aiment pas, qui se servent de toi, qui te font mal pour que tu puisses leur rendre sans avoir le moindre remord. Parce qu’il y a toujours la violence au bout des doigts au bout des poings. Parce qu’il y a le sombre et la putrescence. Je pourrais tuer par simple jalousie. Invasive, irrationnelle, folle à lier, ouais, peut-être. Peut-être que je suis qu’une cinglée qui s’ignore, que je suis la malintentionnée, celle aux déficiences affectives - probablement. Je m’agrippe à sa nuque, à ses épaules, à son corps. Un point cède dans une torsion de visage tout juste visible, me moque bien de savoir lequel. Ça ravage l’intime, incendie les reins, ça brûle comme de la lave en fusion. Les tiges s’assurent toujours de le toucher, de le tenir, dans une possessivité maladive. Tu sais pas, toi, pas encore, que je détruis tout ce qui effleure le bout de mes doigts.
Prénom que je feule, son prénom à lui. Lui qui n’est plus Dingdong, mais Django, juste Django. Le vertige me gagne parce que je suis là, à traverser le vide de l’existence avec l’effroyable sensation que je vais me crasher des mètres ou des kilomètres plus bas. La gifle. Celle qui tord le bedon, bourdonne de papillons qui s’agitent, qui s’entrechoquent qui se meurent. Rapport à l’autre biaisé, malsain. Jouissance qui me traverse, vagues brûlantes qui dévastent et étranglent. Souffle coupé quand les muscles, eux, se tendent. Et arrive l’après, l’après toujours, l’après déraison, l’après passion. Il est amer, l’après, trop souvent, tout le temps. Se lover à sa musculature, écouter l’organe battre sa démence en y apposant l’oreille et c’est bon, juste bon.
Fumer et envahir le lit beaucoup trop grand. Les pourquoi et les comment foudroient la conscience. Ce n’est pas juste. Ce n’est pas juste qu’un type comme lui, se retrouve avec une fille comme moi. Tu mérites mieux que ça.

Il fait jour depuis je ne sais combien de temps. Il n’est déjà plus là et le palpitant craque, un craquement crade qui s’étend et glace la cage thoracique. Respiration difficile, je me lève un peu trop vite, manque trébucher sur des bouts de fringues. La porte est repoussée, j’arrive pas à respirer. Django est pourtant là, juste là. Et le silence revient, quand le myocarde s’apaise et ne tambourine plus à mes tempes. On tourne, on vire, on fume, on boit, on bouffe, on vit. De l’autre côté du téléphone, mon employeur, celui qui n’a ni nom, ni prénom. –Tu sais où venir, Andy. Il ne veut pas parler de notre affaire, comme il n’en parle jamais de peur qu’on l’écoute. Il ne veut pas dire le lieu, cette bicoque au beau milieu d’un nul part que je connais pourtant par cœur. Il ne parle pas de Django je ne parle pas, de Django. J’imagine qu’il pense me voir arriver seule puisque son autre agent n’a jamais voulu le rencontrer. –Je peux y aller toute seule, si tu veux, lui confié-je dans l’espoir qu’il réfute. Plusieurs dizaines de minutes sont nécessaires pour emprunter les chemins de terre qui conduisent à son chez lui. Il attend sur le perron avec l’impatience qui le caractérise. Pour me parler ou me payer, tu traînes en pyjama et mets dix plombes à m’ouvrir, mais quand je te ramène tes merdes, t’es toujours dehors, à m’attendre comme le messie. Il me semble qu’il a pris encore dix ans dans la tronche quand il m’ouvre la portière. –Venez, venez, ne restez pas dehors par ce temps-là c’est vrai qu’il caille, qu’on est loin des trente degrés de Rio. Je fixe Django un moment je me souviens plus, on avait un plan ? Il me montre mon verre de whisky et mon enveloppe parce que je n’ai jamais failli. Pas une seule fois, ne suis revenue les mains vides. –Faust, je suppose ? Je tique, le regarde les yeux aussi ronds que des coupelles. Faust ? J’espère que c’est à lui que tu mens. La confiance s’effrite soudainement parce que je ne la donne que trop rarement, ma confiance. –Alors ? Où est-elle ? L’azur de ses yeux naviguent entre nous deux, constate froidement qu’il n’y a pas de sac et qu’on n'a pas d’assez grandes poches. –Andy ? Où est-elle ? Le ton se fait rauque, glacial. –Et bien en fait… Et bien en fait, connard, je l’ai ramassé, j’ai fait mon boulot, moi, comme tu me l’as demandé, mais tu vois, ce type-là, à côté de moi ; il m’a dit que c’était pas joli-joli tout ce qu’on pouvait faire avec. Et moi, tu me connais, j’en sais rien, je sais pas si c’est vrai ce qu’il dit, mais il a pas l’air con et il aurait aucune raison de mentir, tu saisis ? Donc j’ai décidé de la garder, de la bousiller, l’enterrer, plein de truc qui se termine en é. –Ben je sais pas, je suis certaine que tu t’es planté dans la destination, je t’avais dit que c’était probablement des conneries. Il croise ses bras, se renfrogne. –Depuis quand, tu me mens, au juste, Andy ? Merde, c’est mon nez ? Il s’est mis à pousser comme ce petit con de Pinocchio ? Sa paluche froisse mon enveloppe et ma thune. Il avance d’un pas, je recule ; en fait un autre et je l’imite. Je crois qu’il a des flammes à la place de l’eau plate qui borde ses rétines. –Où. Est. Ma. Statue. Andy qu’il décortique comme si j’étais débile. Haussement d’épaules. –J’en sais rien. Ce que je sais, c’est que j’ai failli y crever, et que je veux au moins la moitié de mon blé. Sinon je garde ta carte de crédit, ducon. Je sens qu’il ne va plus jamais vouloir m’embaucher, et ça me fait chier, moi. Ce fric, j’en ai besoin. –Sortez de chez moi, qu’il tonne. Je suis prête à me faufiler jusqu’à la sortie, mais ce n’est pas à moi qu’il s’adressait, mais à lui. Il retient mon bras dans une décharge qui me pulvérise. Sa magie empêche l’Autre de mordre, de s’amener. –Vous, Faust. Vous allez peut-être, être plus apte à m’apporter des réponses. Ou pas.




Dernière édition par Andy Moares le Lun 19 Nov - 14:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyDim 18 Nov - 17:41

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. •••  Andy se couche sur le flanc. Prépare sa serviette pour y mordre quand j’ouvre d’un pouce distrait, une page au hasard du bouquin qu’elle m’a tendu – Le Prince, de Machiavel. Ca cause de gouvernement tout ça, Andy… D’un Prince qui estime ne pas avoir besoin d’être moral puisque les Hommes sont des cons. C’est pas une histoire fun. C’est de la philosophie, Andy. C’est compliqué. Faut se concentrer pour comprendre le principe – et même là, faut relire plusieurs fois quand on est pas intelligent, comme moi. Mais je pense qu’elle s’en fout, surtout, Andy. Je pense qu’elle a pioché au hasard dans le grand carton pour en ressortir un bouquin. N’importe lequel. La problématique de ton savoir-lire se souligne. Je fais pas de commentaire. Entame la lecture d’une voix pleine – bourrée de miel et de sucre et de grave et de rond – pour lui faire oublier, de petites fractions de secondes, que je pique ses chairs et sa plaie et sa peau. La désinfection est brève, à côté de l’aiguille qui se plante et qui ressort et qui se plante et qui ressort. L’angoisse de la douleur, sur la douleur qu’elle a déjà. Elle se tend Andy. De la tête au pied. Je vois ses muscles se dessiner et se gonfler. Je vois sa mâchoire se serrer. L’ignore. A contre cœur. Mais lui dire que je comprends en lui tapotant l’épaule ne rendra pas le moment plus agréable. Je me contente de lire. De coudre. De l’effleurer d’un revers de phalange pour lui donner un peu plus de courage. Quand elle se tord. Quand elle en a marre – quand je la soule parce que clairement je dois la souler. Tu dois avoir envie de me dire merde. Tu dois avoir envie de me faire bouffer le rebord de ma table basse ou même de me jeter au travers d’une de mes fenêtres. Et tu sais quoi, je t’en veux même pas. Mais elle ne me dit rien, Andy. Elle subit, Andy. Sage. Jusqu’à la fin. Ou presque. Il ne me manque que le pansement – un truc un peu large, assez pour recouvrir les sutures et éviter qu’elle me flingue mes draps si y en a une qui lâche. Je me détourne pour le récupérer. Avorte le mouvement lorsqu’elle me récupère le bouquin. J’ai envie de balancer Me dit pas que ça t’as assez plu pour continuer de le lire mais je ferme juste bien ma gueule parce qu’elle m’enjambe Andy. Elle me surplombe. M’embrasse. T’es pas obligée, tu sais… T’es pas obligée de faire ça. Parce qu’il n’y a pas que comme ça qu’on peut remercier un homme. Même que, parfois, juste dire merci ça peut passer. Ca peut être suffisant.Andy… murmuré-je, déjà essoufflé – l’esprit déjà affolé par la panthère qui me chevauche. – Andy c’est pas raisonnable. Une de mes paluches s’accroche à sa hanche. Voudrait vraiment la dégager de là avec autorité. Mais mon autorité est morte. Mon autorité a foutu le camp. Elle s’est enfuit sur les courbes d’Andy, mon autorité. C’est quoi l’autorité ? La raison conseille. L’envie l’emmerde. Alors la paluche invite Andy à se poser plus confortablement, à descendre, à me sentir. – Il va falloir tout recommencer. Tu n’as aucune putain de légitimité de dire ça… T’es plus là Django. T’es plus là. Ma nuque se redresse. Mes lèvres cherchent les siennes pour un baiser avide. Elle me touche. Je la lape. Elle ondule. Je viens grogner mon plaisir contre sa peau – souffle à sa clavicule et dans son cou, d’un souffle qui veut dire Continue. Je mords quand elle griffe. Griffe-moi encore. Enroule mes bras autour de son corps lorsqu’elle glisse autour de moi. Relève les reins. La presse contre moi – effleure son menton de mes canines. Que tes sutures pètent Andy. Qu’on en pète tous les deux. Dans les bras l’un de l’autre. Dans l’odeur de nos corps – ceux qui se cherchent et qui se trouvent. Dans notre mélange. Dans l’effusion d’un moment – dans nos murmures, nos cris, nos prénoms que l’on feule. Dans la spontanéité et un peu la folie. Qu’on en pète – rempli, rempli de plaisir. Qu’on en pète ouais… Parce que plus rien n’a d’importance. Non. Plus rien.T’es belle. T’es belle, putain que je lui cède entre deux râles, contre sa carotide qui palpite et sa peau qui se dentelle de chair de poule. Mes doigts s’emmêlent à ses cheveux. Lui ramène le visage vers le mien. Pas pour l’embrasser – juste pour la sentir. La sentir si proche et me la rendre inaccessible pourtant. Mon museau taquine le sien. Je veux que tous tes soupirs meurent sur mes lèvres. Entendre ton orgasme avec ma langue.

On fume. On boit  - un peu de l’eau, un peu du whisky – et on se vautre dans les draps. Je la regarde. Elle me regarde. On se regarde. Je me demande s’il faut que je la prenne dans mes bras ou s’il faut que je la laisse de son côté du lit – un côté qu’elle a pas vraiment choisi. Dans le doute – l’appréhension – je préfère tendre une paluche ; plaquer ma paume contre sa gorge. La sentir respirer. J’aimerais te demander si tu peux ronronner. Genre vraiment. Genre comme ça. Paraît que c’est un son qui apaise. Ca me plairait, je crois. Mais je me tais. Encore. M’endors pour me réveiller avant elle – me réveiller d’un sommeil de plomb qui m’a rapproché d’elle. Je m’extrais discrètement de sous la couette. Quitte le confortable du lit – la chaleur d’un corps qui me berce. Faut pas déconner, ça va vraiment commencer à faire bizarre. Et je ne suis pas certain qui tu tolères de te réveiller avec ma gueule à côté autant de fois d’affilé. J’essai de faire gaffe. De pas trop faire de bruit. De pas me dire T’es pas seul, ça te fait quoi de pas être seul ? C’pas trop dégueulasse non ? Y a plus d’avantages que d’inconvénients, pas vrai ? mais je me le dis quand même, et ça commence à me gaver. La cafetière est enclenchée quand je repars dans le salon à la recherche de mes clopes – et peut-être d’un peu de whisky, pour faire taire l’encéphale. Je me penche lorsque les blondes apparaissent. Me tourne dans un sursaut. Andy débarque toute affolée. Défonce presque la porte de la piaule d’un coup d’épaule. Vas-y je t’en prie Hulk, pète le mobilier. J’arque un sourcil. Qu’est-ce que t’as ? T’as cru que quoi ? Que je m’étais barré ?... De chez moi ? Sérieusement ? Je rebondis pas sur l’élan d’angoisse visible et un peu ensommeillé. Lui propose un café, une clope, de l’alcool, à bouffer ; de rien foutre. Je range à peine mes valises. Me contente de repousser celle avec les armes sous le lit, quand celle avec mes fringues finit jetée dans une panière de linges. Je récupère juste la statuette. La pose sur mes cartons. Elle est vraiment laide.

La journée passe – plus vite que lentement. Doe appelle Andy. Andy me rappelle que je ne suis pas obligée de la suivre chez lui. Mais c’est moi qui ne veut pas la donner la statuette, tu crois pas que je vais te laisser porter mes couilles à ma place, quand même ? Je hausse une épaule. Fais comme si je faisais ça par obligation morale plus que par automatisme – ça me crèverait de l’avouer, que j’ai juste pas envie de te laisser assumer. On prend le pick-up. C’est elle qui me guide, parce que je ne sais pas du tout où se situe le lieu du rendez-vous. Je me laisse envoûter par sa voix, réfléchi pas trop – coupe la musique quand elle me fait tourner sur une petite route. Et là, les chemins sont rapidement plus merdiques – des trucs fait de terre et de cailloux – et la baraque moins impressionnante que ce que je l’avais imaginé – en fait je l’avais imaginé vivre dans un hôtel de luxe en plein centre ville, à Doe… Et puis je l’imaginais un peu plus jeune que ce que je constate quand je le vois sur le perron. Me faut même un certain temps pour comprendre que c’est lui et pas son majordome. Non parce qu’il a forcément des majordomes. Il me paie quinze mille balles pour ce taff. Il nous fait rentrer – semble vachement sympa. Peut-être que ça va bien se passer, peut être qu’il va juste nous dire que si on ne l’a pas ramené, c’est tant pis. Je reste pas trop loin d’Andy. La suis comme son ombre. – Faust, je suppose ? J’acquiesce, toujours sans un mot. Me prend le regard qu’Andy me lance en plein dans le profil – une espèce de claque qui me fait bien comprendre qu’elle n’apprécie pas le changement momentané de dénominateur. Il est commun, tu sais, j’ai les deux blazes sur ma carte d’identité. Range tes revolvers qui te servent de prunelles va, j’lui ai même pas menti, à lui. Puis le ton change. Doe capte le manque de bagage – on répond pas de suite à sa question. Il nous toise – accuse l’agent principal d’une vocalise qui est vomi comme du verre pilé. Andy rame. Tente le mensonge. Doe la contre – ne la croit pas une seconde. Même pas il prend le temps d’envisager que ce qu’elle dit puisse être vrai. Alors soit, il était très très sur de lui sur l’emplacement, soit je ne connais pas assez Andy pour estimer que c’est une très très mauvaise menteuse. Je déteste comment tu te comportes, Doe. Il chiffonne des trucs – en l’occurrence une enveloppe, sans trop que je sache ce qu’elle renferme. Saisi que ça doit avoir une certaine symbolique puisque c’est censé la faire chier. A elle. Il lui parle même comme si elle avait 3 ans d’âge mental. Je te rassure, connard, elle comprend très bien quand on parle sans mettre des points derrière toutes les syllabes.Ca va, que je grogne. Doe s’en contrebalance. Ordonne que l’on sorte de là. Il est pas content, mais au moins on peut se barrer fissa.

J’esquisse un mouvement vers la sortie. Vois sa main qui s’agrippe au bras d’Andy. Pardon ? C’est pas le moment où t’es censée crier Rouge et le bouffer tout cru à ce con ? - Vous, Faust. Vous allez peut-être, être plus apte à m’apporter des réponses. Tu viens de nous demander de sortir… Et là tu veux qu’on cause ? T’es pas au clair avec toi-même mec, c’est carrément flippant.Lâchez la, que je prononce comme si c’était une question. Je vois ses doigts qui l’enserrent plus forts. J’imagine que ça veut dire non.Lâchez. Là. Parce que moi aussi je peux te parler comme si t’étais pas futé.Est-ce que vous savez où se trouve ma statuette, Faust ? demande-t-il sans vraiment se soucier de mes injonctions. Ma langue claque sur mon palais. – Lâchez là.La statuette Faust ? Je relève sur lui un regard noir. Le genre qui le fait quand même hésiter à continuer à se foutre de ma gueule. – Je sais où est la statuette.Oh… Tu vois, Andy, comme Faust est plus bavard que toi. Il la pince un peu. La tire vers lui. – Elle est où ? J’ai très envie de te dire dans ton cul, mais je sens que ça va être mal perçu.Tu ne m’écoute pas, Doe. Il tique. Ouais, je te tutoie.Ca fait trois fois que je te demande de la lâcher, ça m’emmerderait de le répéter une quatrième fois. Il hoquette, dans un rire méprisant – un rire qui se fout de moi. – Qu’est ce que ça peut vous faire, Faust, elle n’est plus votre problème. En fait, elle l’est toujours. Professionnellement parlant je suis toujours sous contrat… Mais comme je ne suis pas certain d’être crédible en le faisant remarquer, je préfère m’abstenir. – J’aime à croire qu’elle le sera tant que je ne déciderais pas, moi, du contraire. Alors vire tes paluches de la fille avant que ça me gave.Dites moi où est la statuette Faust, et je la lâcherais… J’ai toujours détesté le chantage.Lâche là ! Aboiement dans un pas. Un bond. Une impulsion vive. J’aboie à lui en faire courber l’échine dans l’échos d’une violence qui gronde. En moi, dans ma gorge, dans chacun de mes muscles qui se tendent. Sur mon visage. Mes traits. Ma posture. Je suis la Haine. La rage grogne. Mon pouvoir fouette l’air – embaume l’air, inonde l’air. Le chinook balaie ses relents d’autorité. L’écrase sous la carcasse de ses désirs. Lui fait lâcher Andy. Lui brise le bras dans un craquement gras. Le propulse contre le mur dans un nouveau pas. Enfonce toi dans ta cloison, bouffon. Mange la, ta cloison.REGARDE MOI ! Il cligne des yeux. Mais ils piquent, ses yeux. Ils n’ont plus de larme, ses yeux.Tu la veux ta statuette ?! Est-ce que tu la veux, ta putain de statuette ? Il ne répond pas, parce qu’il ne peut pas répondre. Le verre de whisky vibre. Les bouteilles sous verre vibrent.Elle est chez moi ! Juste chez moi. C’est moi qui ne veux pas te la rendre, c’est moi ton problème – et je ne suis pas un problème qui se cache, je ne suis pas un mystère, je ne suis pas un fantôme. Le verre et les bouteilles s’envolent. S’explosent très proche de sa tête.Je suis un problème qui s’assume Doe, tempêté-je les poings serrés. - Je domine tout ! Je peux faire ou défaire dans un temps record. Je suis TA vie je suis TA mort – je suis l’eau dans ton corps et celle qui s’en va. Je peux sentir l’air, la terre et éteindre les flammes. Tu n’as pas peur de moi ? Mais tu n’es rien sans moi. Tu meurs sans moi. Je suis ton bourreau et je suis ton sauveur. Je suis l’alpha et l’oméga. Là, contre ce mur, JE SUIS TON MONDE. Tes respirations sont MES respirations. Ta circulation est MA circulation. JE décide de tout ce qui se passe dans ton corps. JE te tiens. Ne m’appelle pas Faust, appelle moi Maître. Mange à mes pieds, mange dans mes mains. Supplie-moi comme tu supplierais Dieu. JE SUIS TON DIEU. Tu n’es rien sans moi. Et vois ! Vois comme je suis bon ! Vois comme je suis bon de te laisser en vie. Le corps du vieillard tremble. Tressaute. S’écroule sur le sol dans la brûlure d’un pouvoir glacial. Je m’avance. Boule de nerfs. M’accroupi à distance convenable, pour qu’il me voit. – La prochaine fois que tu la touche et que personne n’est d’accord pour que tu le fasses, Bidule, tu es un homme mort. Statuette de Pazuzu rendue ou pas. Il tente de ramper. Cède à la facilité : ne bouge plus. – L’argent ne donne pas le pouvoir, craché-je en me redressant. L’enveloppe froissée est récupérée au passage. La main d’Andy accrochée pour qu’on sorte de là. Le pick-up est rejoint un peu vite et les portières claquées un peu fort. Moteur, chemin de terre, route. J’ai pas envie de savoir s’il y vivait vraiment seul dans sa maison, ou si ses gardes du corps étaient juste un peu à l’écart.

L’immeuble, les escaliers, l’appartement.
Une bière, une clope, le petit balcon pour prendre l’air.


L’œil rivé à l’intérieur, sur la petite statuette. Et sur ma connerie légendaire d’avoir directement invité Doe chez moi pour la récupérer.Tu as quelque part où aller, Andy ? dis-je après de trop longues minutes de silence, sûrement. Je baisse le menton. Capte son regard émeraude. – Tu peux rester aussi longtemps que tu veux, tu sais. Bah voyons, maintenant que c’est une évidence que ton chez toi ne respire pas la sécurité.


Dialogue:
 

N-20 ••• © 2981 12289 0
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyLun 19 Nov - 8:09



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-21

Les genoux se choquent au sol. La douleur se déploie et paralyse, fait avorter la défense et empêche de parler. Mâchoires comprimées, il n’y a qu’un râle qui s’extirpe difficilement du gosier. Ça me brûle, putain. Je pense lâche-moi, mais n’arrive à émettre, qu’un grognement s’apparentant plus à un couinement ridicule. Django demande, lui refuse. Django réitère, ordonne, cabot qui montre les dents, et lui, lui, rit. Cynisme lui écorchant les babines. On pourrait, s’il vous plaît, arrêter deux minutes, juste pour que je reprenne ma respiration ? Je suis absente à leur conversation, absente à cette réalité quand l’autre glane et domine mon Autre. Elle crève dans un feulement, l’Autre. C’est douloureux de bouger, me concentrer, respirer. C’est douloureux, putain, d’imaginer une fin, se sentir crever sous sa main. Soudainement, je me fous de la morale, regrette de ne pas avoir livré le paquet comme ordonné, juste pour que ça s’arrête, pour que la brûlure cesse de s’étendre. Elle ravage le poitrail, maintenant. J’étouffe à mesure qu’elle grignote les organes, dévore tripes et boyaux. L’oxygène pénètre difficilement les poumons ; réduite à l’état de poisson cherchant son air, la bouche s’ouvre et se referme. L’atmosphère s’épaissit, vent tiède caressant le minois blafard, strié de veinules noires. Poigne qui s’arrache à mon bras dans un craquement sinistre. Je respire. Paumes au sol, la respiration affolée comme si je venais de courir des kilomètres sans m’arrêter. Myocarde dégueulant son effroi à coup de boum-boum, ça palpite trop fort dans la cage thoracique. Et il me faut l’entendre encore, l’entendre vraiment pour comprendre qu’il n’y a plus rien de normal, ici. Bruit de verres qui éclatent, je rampe au loin quand l’Autre pointe seulement le museau, gueule béante prête à mordre par vengeance amère ; se calme pourtant et disparaît, retourne se planquer sous la carne humaine, trop fatiguée pour mener la moindre bataille. Et je comprends, je comprends, qui il est vraiment. Puissance étalée au regard, de ces puissances froides, effrayantes, crades. Je le mire sans pourtant juger, c’est difficile de le faire quand on mange des gens, sans couteau ni fourchette. Tout se calme, tempête qui s’évapore dans un crépitement sourd. Il est sonné, le sorcier, suffisamment pour qu’il n’essaye même plus de bouger. Je le mire, Django, parce qu’il s’avance dans ma direction et qu’il achoppe la mimine pour qu’on s’extirpe de ce bouge. Je monte dans la caisse sans broncher, sans moufter, me contente de regarder la route et un peu lui, ouais, un peu. J’ai envie de lui demander t’as fait ça pour moi ? Mais je me tais, parce que je sais que non, me persuade que non. Parce que je ne vais pas savoir quoi en penser et que ce sera encore pire, après.
Les effluves de son appartement deviennent presque un parfum rassurant. Ça sent le café, le tabac froid et toi et un peu moi, je crois. Il bouge, il vit et je sais pas trop ce que je dois foutre, alors je l’imite ; me pointe sur le balcon fouillant dans son paquet duquel s’extrait la tige qui se porte aux babines je t’en rachèterai un, pour me faire pardonner de te voler. Le silence est notre nouvelle musique, il est doux, il est chaud, il est apaisant. Les mirettes analysent la ruelle, détaillent les balcons voisins à défaut de contempler la vue de merde, un mélange de briques et de gris et de sale. Je lui jette une œillade par-dessus l’épaule dans une grimace dû au reflet du soleil, et il enchaîne Django. L’invitation à rester qu’il largue du bout des lèvres. Celle qui vient me glacer jusqu’aux orteils. T’es sûr ? J’imagine qu’il n’y a rien planqué sous les mots, rien de ce que j’imagine. Ce serait pas un peu bizarre ? Je veux dire, je suis une voleuse et de toute évidence, t’es pas mieux, qu’est-ce qui te fait croire que je vais pas te voler, toi ? Ça va impliquer quoi ? Tu me diras quand je dois rentrer, on devra organiser nos semaines comme le font les gens normaux ? Et quand t’iras tuer des gens, que j’irais, manger des gens et voler d’autres gens encore, on se retrouvera sous la couette à se dire qu’on s’aime plutôt bien et que c’est sympa ? C’est quoi, la suite ? Tu me demandes si je prends la pilule, qu’on fasse des tests manière de savoir si personne ne peut contaminer personne ? –J’ai une piaule dans le centre, le genre qui fait la taille de ton cagibi. –Mais y a pas toi tu dois même pas pouvoir y gesticuler -Et pas de baignoire, que je lui largue dans une moitié de sourire. Le mégot valse d’une chiquenaude, fend l’air avant de disparaître quelques mètres plus bas. Je m’appuie contre la rambarde, y appose mon cul et le regarde. L’envie souille la boîte crânienne, Django est juste un putain d’appel aux vices. Et je m’y glisse, en général, dans mes vices. Émeraudes qui le dardent, les guibolles s’agitent sous la tension qui tord le bedon. Je me mords l’intérieur des lèvres, croque ma langue pour arrêter de l’imaginer nu, sous moi. J’ai l’imagination fertile. Les bras se croisent sous la poitrine –Faust ? Explication quémandée pour ne pas dire exigée - comme autant de détails à s’accrocher pour arrêter de le désirer.

La pogne fourrage un paquet de chips. Je sais qu’il va falloir sortir parce qu’on fume trop, on boit trop et on mange trop. Aux dernières nouvelles, le vide ne remplit pas la panse et ne désaltère pas. Je préfère le rhum au whisky que je pourrais lui dire, là, comme ça, le plus stupidement du monde pendant qu’il se douche ou s’habille. Tout le monde aime le whisky dans le milieu, c’est le premier truc qu’on sert alors que sans déconner, c’est un peu dégueulasse, même si ça fait le job. Je bugge dans les escaliers. On va vraiment sortir faire des courses ? Sortir, tous les deux ? Y a que moi qui trouve ça de plus en plus bizarre ? On louvoie dans les allées pour remplir le panier de bouffes aussi utiles qu’inutiles. Au départ, ça ne me fait rien, marche même à distance, traînant la patte, puis, y a les regards. Ceux des autres. Sans doute parce qu’il est trop grand et trop large. Je bouscule un peu trop violemment la seule connasse qui vient lui sourire. Lui sourire, sans déconner. Et tu veux pas lui dire bonjour, lui demander où il habite, ce qu’il fait dans la vie, s’il a un numéro à te lâcher ? Va chier. Elle râle, l’échine enfoncée dans les boîtes de conserves –Non mais ça va pas ! Vous êtes dingue ! Vous pourriez vous excuser au moins ! Bien entendu, il fallait le témoin, la petite mémé avec sa permanente qui ne comprend pas la jeunesse d’aujourd’hui. J’ai envie de lui rétorquer que je vais avoir trente ans, putain, connasse, j’ai passé l’âge d’avoir une mère et de me faire enguirlander comme une enfant. Elle n’obtient rien, rien qu’une froide indifférence face à ses remontrances et je rejoins Django le plus calmement du monde. Tapis, caisse, voiture, bureau de tabac, appartement. Je ne fais que poser les trucs sur la table, lui laisse le soin de ranger moi, j’aurais tout bazardé dans le frigo et le reste n’aurait pas bougé des sacs. –Il va venir, pas vrai ? Je veux dire, tu lui as dit que la statuette était chez toi. Il va chercher et il va venir, c’est ça ? Je percute après des heures, des heures à jouer à cette fille beaucoup trop normale. –Il se nourrit de ce que je lui rapporte, je crois, je sais pas trop. Il a jamais vraiment trop le même visage. Tantôt jeune, tantôt vieux. Ça aurait dû m’alerter sur ce qui tournait pas rond, mais la vérité, c’est que je m’en foutais, qu’il ne tourne pas rond, du moment qu’il me donnait mon blé. Je t’ai dit, que je me posais pas de questions, moi, je fais qu’exécuter d’habitude et je te jure, que c’est bien mieux comme ça. Là, c’est juste pénible.
On se couche dans les draps que je viens saloper, toujours, de notre essence. Dominance instinctive qui vient clouer ses épaules dans le moelleux du matelas pour qu’il avorte toute tentative de renversement. Plaisir égoïste, les petites griffes apposent leur marque un peu plus profondément dans la viande, pour se l’approprier pleinement. Le museau flirte à son cou et les crocs voudraient se refermer sur le tendre, mordre, mordre et laper le carmin dans une caresse. Mais la douleur t’arracherait à notre plaisir. Il remue et je l’écrase dans un rapport de force que je ne veux absolument pas équitable. La jouissance en délivrance, en cris qui résonnent entre les murs trop fins. Je m’étends, le recouvre de ma carcasse moite dans une étreinte. Il semble ailleurs ou juste claqué de sa journée, qu’est-ce que j’en sais.
Et la nuit ne verra apparaître aucun cauchemar en forme d’homme soit qu’il a abandonné, soit qu’il ne t’a toujours pas trouvé. Je le délaisse au petit matin, après un café, une clope et une douche. Je profite lâchement qu’il soit dans la salle de bains pour lui beugler que –Je reviens plus tard, je dois passer récupérer des fringues. Et me faufiler au-dehors avant qu’il ne dise attend ou d’accord. Sous le front, persistent les angoisses. Maintenant que tu vas retrouver ton espace vital, tu vas comprendre qu’il était encombré et qu’il est bien mieux comme ça, en réalité. Tu vas piger que c’est bizarre, qu’on est bizarre. Tu vas regretter de m’avoir dit que je pouvais rester. Que c'était bien là-bas, mais qu'ici, ça n'a pas sa place. La piaule sent le rance et l’humidité. J’ouvre la fenêtre, pose mon derche sur le lit qui grince et j’attends. J’attends, je sais pas quoi, mais j’attends, bouteille de rhum à la main, clope dans l’autre. Juste, j’attends. J’attends que le temps passe, que les voisins cessent leur engueulade pour se réconcilier sur l’oreiller, que la cinglée d’à côté arrête de passer l’aspirateur en déplaçant chacun de ses meubles. J’attends midi et un peu l’après-midi. La bouteille est vide depuis longtemps, j’ai envie de pisser et de chier. J’attends tout en ayant franchement marre d’attendre. Je voulais voir si ça me manquait, ton odeur, ta voix. Je voulais savoir ce que ça ferait, après. Mais y a que du vide, après. Le vide vertigineux de l’existence bancale et foireuse. Faudrait peut-être que je trouve comment obtenir du fric. Un autre client à satisfaire qui ne m’enverrait pas voler des trucs pour détruire la Terre. Attente interminable d’une impulsion qui ne vient pas. Le mieux, ce serait que je ne revienne pas pour s’éviter d’avoir à se dire au revoir. Puis, tu mérites mieux qu’une cinglée comme moi, une nana qui te fera à bouffer, peut-être même bien ton petit-déjeuner ; qui te forcera pas à rester sagement sous elle par plaisir pur de te contrôler. C’est malsain. Je suis malsaine. J’arpente Ross Creek comme j’arpente Rio. Semelles qui foulent le macadam et chape de plomb sur les épaules et c’est même pas à cause du ciel. Acheter des clopes comme pour me faire pardonner. L’immeuble se dessine et j’imagine déjà les mensonges à offrir en guise d’explications merdiques. Mais t’as pas à lui mentir, Andy. T’as même rien à lui dire, en vrai.

Toc. Toc. Toc. Menotte qui cogne le bois à intervalles réguliers. Ça tarde à ouvrir, ça tarde même à bouger à l’intérieur. Toc. Toc. Toc. La patience s’effrite déjà et je cogne plus fort au point que ça résonne. J’entends du bruit, une respiration collée à la porte voisine. Tu vas me laisser là, encore longtemps ? C’est quoi, j’ai raté le couvre-feu ? T’es devenu sourd ? T’es parti voir une pute en attendant que je revienne ? T’es fâché parce que tu savais pas où j’étais et si j’allais revenir ? Bah dis-le, merde. Crie-le moi dans toutes les langues que tu voudras, mais merde, ouvre cette putain de porte. Je fais un doigt en direction de l’œil de Judas qui, je sais, me scrute. Je l’entends pester, ses petits chaussons frappent le sol. Je t'emmerde. Je décide de m’asseoir, colle le dos au chambranle et joue avec l’une des bretelles de mon sac, fais du bruit en tapant le pied contre le mur. Décider de revenir ou non, ça m’appartient, mais que tu n’ouvres pas, ça, ça me fait vraiment chier, tu sais ? J’arrive à lui en vouloir, à Django. De ne pas ouvrir ou tout simplement de ne pas être là, même si c’est salaud, même si c’est injuste après tout, je me suis barrée sans dire quand j’allais revenir. Le plus tard qui ne veut rien dire dans trente minutes ou dix heures. Il me semble que j’attends depuis longtemps, maintenant. Suffisamment pour que ça me gonfle et que je l’insulte de tous les noms, dans ma tête. Il se pointe après des minutes ou des heures. –T’étais où, putain ? Que je lui crache à la gueule quand je n’ai aucune légitimité à le faire. J’aurais attendu que tu te pointes jusqu’à demain, tu sais, juste pour te cracher dessus ou te cogner, juste parce que je supporte pas ça d’être larguée – je préfère décider. Carcasse esquintée, cœur qui ne bat plus à demi-mesure, l’abandon en réalité crade qui voile les prunelles, qui les drape de colère. T’en vouloir, ça fait moins mal, ça fait moins mal que de me dire que tu t’en fous de moi. La curieuse ouvre sa porte, juste assez pour qu’on aperçoive son bout de nez. Elle piaille des trucs que je ne comprends pas parce que je pense seulement à te l’arracher, le bout de ton nez. J’expire bruyamment, l’entends chuchoter que ce n’est pas un bordel, ici juste avant qu’elle ne referme sa porte et la verrouille. Elles sont combien, les filles que tu ramènes ici ? Genre, je suis la combien, au juste ? Juste comme ça, pour savoir, pour me faire une idée de la place occupée. La question ravalée parce que je voudrais m’en foutre et parce que je suis certaine de ne pas en aimer la réponse. Trop sanguine, trop butée pour tenter la moindre relativisation et sur le fait que il a le droit de vivre quand t’es pas là, Andy, tu savais même pas si tu voulais revenir. Le sac se visse à l’épaule, les paquets sont plaqués contre son torse. Et la fuite. La fuite et l’abandon en premier pour se préserver. Tu les connais pas, toi, les monstres qui se cachent sous le front.


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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyMer 21 Nov - 21:12

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. •••  Elle a une piaule. C’est même peut-être plus sûr pour elle qu’elle y reste dans sa piaule, sans se soucier ni réfléchir à la proposition que je viens de lui faire. C’est pas que j’ai envie de faire ma vie avec toi ou de te passer la bague au doigt ; c’est pas non plus que je t’aime de tout mon petit cœur de pierre et que je suis en train de te tendre un piège. C’est pas pour des promesses que je ne tiendrais jamais, ou des trucs stupides qui se disent juste pour baiser. Et c’est pas non plus que j’y crois pas, tu sais. Genre, à cette proposition. Je te le propose pas ça parce que je suis persuadé que tu vas dire non – par politesse ou humanisme. Je te le propose parce que j’aurais aimé qu’on me le propose, à moi. Parce que je sais ce que ça fait d’être seul dans une putain de ville et ne pas avoir le sou pour y vivre. Je suis arrivé à Ross Creek comme une grosse merde, avec des ennemis plein le derrière. J’ai vécu comme un clochard, au départ ; j’avais même pas mes cartons, encore moins mes fringues, encore moins mon pèze. Rien pour manger. Rien pour dormir. Parce que tu te doutes que quand on expulse quelqu’un, on ne se soucie pas vraiment de lui virer sa maison et l’argent de son compte. Pour pas qu’on me trouve j’ai pu toucher à rien – et pour récupérer les pauvres merdes que j’ai dans mon appartement actuellement j’ai dû user de quelques services que des connards devaient me rendre… Ca, et du pognon de mes meurtres. Parce que c’est bien beau la légalité, mais ça ne rapporte jamais assez rapidement – on aurait brûlé mes souvenirs comme on brûle du bois mort. Alors ouais, je crois que j’ai foutu la merde dans ta vie et dans ta routine ; je t’ai fait réfléchir là où tu aurais simplement exécuté un vol. J’ai probablement pissé sur la plupart de tes futurs contrats… J’ai vexé un connard en lui proposant de venir chez moi pour récupérer un truc que je veux pas lui rendre… Enfin, c’est la moindre des choses que de t’accueillir chez moi. Parfois il faut être plus intelligent que les mains qu’on ne nous a jamais tendu. Et je sais pas… Je sais pas vraiment si elle accepte ou pas Andy. Parce qu’elle a déjà une piaule et j’y suis pas et elle a pas de baignoire. J’ai envie de lui dire Tu peux aussi passer chez moi pour faire l’amour et prendre une douche. mais je m’abstiens. Tu fais comme tu veux en fait, je suis pas ton père. Juste que ça ne vexera pas si tu n’acceptes pas… Ca serait con de dire oui, j’imagine, si elle a déjà tout ce qu’il lui faut chez elle. Sauf moi. Sauf que je suis pas important moi. Je suis pas vital, moi. Je suis pas indispensable à sa vie, moi. Je suis mortellement dangereux Andy, t’as pas envie de savoir ce que je ramène de Louisiane. J’hausse une épaule. Me tourne vers elle lorsqu’elle m’appelle. – Quoi ? que je finis par demander lorsqu’un silence que je ne comprends pas fini par débarquer. Me faut encore quelques secondes et un regard équivoque pour me faire percuter : Faust, c’est pas le prénom que je t’ai donné. Ca m’arrache un hoquet, parce que ça a l’air vachement sérieux pour elle – je connais même pas ton nom et toi tu voudrais tous mes blazes ?Django pour le personnel, Faust pour le professionnel. Mais ces deux prénoms sont sur ma carte d’identité, Andy, si ça peut te rassurer… Je t’ai pas menti. Ils sont même sur ma boite aux lettres. Mais tu sais toujours pas lire.

La journée suit son cours dans une espèce de routine qui s’installe – assez facilement, finalement. On se gêne pas vraiment. On se regarde pas vraiment et on s’inquiète pas vraiment. Andy ose peu mais ose un peu. On dirait qu’elle prend certains repères – parfois elle se lève et elle fait un tour du propriétaire, elle revient avec un truc à la main comme si c’est ce qu’elle était allée chercher. Des chips, un verre, des clopes. Peut-être que c’est vrai – peut être qu’elle cherche juste un endroit où elle pourrait pisser pour mettre son odeur, j’sais pas vraiment comment ça marche les félidés. Je la regarde du coin de l’œil mais l’ignore plutôt vite – prend un livre, un magazine, mon téléphone. Je bosse une heure ou deux ; m’aperçois qu’on a presque plus rien à bouffer, ni à boire pour le soir. Sac, clé, fric. Escalier, voiture, magasin. Les rayons sont arpentés sans véritable envie – j’ai toujours détesté faire mes courses. J’avais quelqu’un, y a pas longtemps, qui le faisait pour moi. Maintenant elle le fait plus, elle est virée, elle est plus là. Alors, sur les étals, je touche un peu tous les aliments aux hasards. Prend pas ce qu’il y a de moins chers juste ce qu’il y a de plus appétant. Balance dans le panier tout ce qui a les couleurs les plus cools que je trouve – gâteaux, pâtes, fruits, légumes, viandes, viandes, viandes – des machins et des bidules qui vont finir à la poubelle parce que je suis incapable de cuisiner la moitié de ce que j’ai choisi.
La râble penché en avant, la caboche penchée de côté, je tente de lire les conservateurs divers et variés d’une boîte de conserve quand je trouve la liste bien trop longue pour ce qui est censé y avoir à l’intérieur. Boumbadaboum. Le remous de l’étagère me fait me redresser dans un sursaut. Tendre la nuque vers Andy et son regard de braise. Qu’est ce que tu fous, merde ? Une vieille s’énerve. Une jeune fuit sans demander son reste – et Andy revient comme s’il ne s’était absolument rien passé. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? J’arque un sourcil. Andy m’ignore ; s’éloigne un peu pour fureter entre les sachets de cookies. Je m’intéresse à la vieille qui fait de grands gestes désespérés. Elle doit en rajouter. Il s’est rien passé. Et c’est reparti pour un tour. Panier rempli, caisse, paiement. On s’arrête en passant au bureau de tabac parce qu’on est un peu en rade de tout ce qui est cancérigène. Voiture, escalier. Andy m’aide comme si elle savait ce qu’elle faisait, et moi je range comme si je savais où ça se rangeait. Mais ça finit surtout en boule, dans mes fonds de placards et des les angles du frigo. Le plus important c’est l’alcool – le plus important c’est les clopes. Alors je bois et je fume – elle boit et elle fume. Je crois que je l’aime bien, à Andy. Vraiment bien. On a pris du rhum et du whisky, des bières pour les matinales. – Bien sûr qu’il va venir, répond-je le plus calmement du monde, un pied nu nonchalamment poser sur ma table basse quand je zappe frénétiquement à la télévision. Il devrait même venir vite. Je ne suis toujours pas bien caché. J’abandonne parce qu’il n’y a rien de bien à la tv. Eteins le grand écran. Me lève pour tirer légèrement les rideaux épais et enlever la plupart des contres jours de la pièce. Me stoppe – assez longtemps pour que ça se voit mais pas assez pour que ce soit flagrant. Doe se nourrit des métamorphes ? que je me demande en cherchant mon téléphone. Ou il se nourrit de quelque chose de plus vague ? J’ai pas envie de savoir. Pas envie de tester – pas non plus envie de savoir l’âge qu’il a, puisque visiblement il n’a jamais la même gueule. Jamais le même âge.

Je commande des pizzas - parce qu’il fallait se douter que ça allait terminer comme ça. On bouffe. On boit. On boit, on boit. On va se vautrer dans les draps après une douche. Les questions de la veille ne se pose pas, Andy est vite sur moi, cette fois. Ne me laisse pas me redresser – même pas pour l’embrasser. Ses paumes se plaque sur mes épaules quand mes paluches agrippent ses hanches. C’est bizarre. Mais pas bizarre cool. Juste bizarre malsain. Je pince sa peau. Elle se fait plus lourde sur mon corps. – Andy, grognement lorsqu’elle ondule, l’encéphale ne part pas complètement. La posture ne m’envoûte pas autant que les précédentes – probablement parce que je ne décide de rien, dans l’impuissance d’une position qu’on m’impose et qui ne me vend définitivement pas du rêve. Et je dois pincer fort. Bousculer. Feuler. Pour lui faire comprendre que les préservatifs sont dans la table de chevet. T’es où, Andy ? Je veux dire, ton esprit, il est où là, maintenant ? Tu penses à quoi ? A moi ? Ou juste à toi ? Dans l’égoïsme de tes hanches qui dansent et ton museau qui renifle… Y a plein de mâles, je suis sûr, qui seraient plus que ravis d’être à ma place. Mais moi je le suis pas complètement tu vois ? Non tu vois pas. Tu me vois pas. Tu ne vois que toi. Et elle me griffe Andy. Marque mes chairs de la trace de ses ongles – me marque dans une possessivité qui me percute entre deux respirations désordonnées. Qu’est-ce que tu cherches à faire ? Elle s’écroule dans l’orgasme. Elle s’écroule sur moi. On s’enfonce dans les draps. Elle bouge pas. Je bouge pas. Dans la moiteur de nos corps et le mélange de nos fluides. Je l’enserre pas. Je la presse pas. Je l’enlace pas. Je la touche pas alors qu’elle n’a jamais été aussi proche de moi. Je m’endors sans un mot – me réveille sans un mot. Café, clope, douche. Andy décide de partir – faire un tour ou ne jamais revenir. Je décide de ne pas répondre à la clameur – me dit que de toute évidence elle ne m’en aurait certainement pas laissé le temps. Et puis regarde les marques sur mon corps.

Les minutes passent, sans elle. Je vis comme j’ai l’habitude de vivre durant mes journées. J’écoute ma voisine du troisième marcher avec ses talons, la rue, les gens, les rire des passants, des enfants et des grands-mères ; les accents étranges de cette ville cosmopolite qui me donne envie de ne parler que français. Puis c’est les heures qui finissent par passer sans qu’Andy ne revienne. L’inquiétude ne fait pas parti de mes facultés premières – disons que c’est un super pouvoir humanoïde que je n’ai pas encore gagné – mais je ne peux clairement pas rester enfermé en attendant quelqu’un qui ne reviendra probablement jamais. Elle a dit quoi, en partant ? Je reviens plus tard ? Et si elle ne revient pas ? Pourquoi elle ne reviendrait d’ailleurs ? Je me lève. Marche. Bois. Tourne en rond. Elle a dû changer d’avis, juste qu’elle ne me l’a pas dit. Elle est allée chez elle, dans sa piaule, elle ne l’a pas trouvé si mal, sa piaule ; elle a comprit qu’elle pouvait revenir chez moi quand elle voulait maintenant qu’elle a mon adresse. Elle s’est aussi peut être rendu compte que j’avais invité un mec qui lui en voulait pour récupérer sa statuette. Que je lui avais limite donné mon adresse. Qui aurait envie de risquer de croiser un sorcier capable de lui absorber sa bête ? Un cagibi serait plus rassurant que mon appartement – une cave avec des frelons asiatiques serait plus rassurante que mon appartement. Je m’habille. Hésite – une fraction de seconde - sur le palier de ma porte. Dégage vite. Fort. Un peu énervé mais je ne sais pas pourquoi – ou peut être que si, juste parce qu’elle n’a pas eu le courage de ne me dire que non, Andy. Alors que je commençais à bien l’aimer, Andy. C’est vexant. Humiliant. Je vais faire un tour – courir – puis je fais même un détour à la salle de sport – lâcher prise. Je me vide du stresse des derniers jours – de la galère, de l’adrénaline, des angoisses et des défaites. Je ne sais même pas quelle heure c’est quand je rentre, ni même combien de temps j’y ai passé, là dedans. J’ai plus de montre que je me rappelle, l’esprit un peu embrumé. Immeuble, escalier… Ce chemin commence déjà à m’emmerder alors que ça fait pas 6 mois que je le fais. C’est en haut – à l’angle, en boule – devant ma porte qu’il y a Andy. Depuis combien de temps t’es ici ? Pas le temps de m’y intéresser parce qu’elle m’agresse, la panthère – souffle son venin dans une impulsion incohérente. Beh, je faisais un tennis avec la Reine d’Angleterre et Ringo Starr, c’est pour ça le survêtement et la gueule pleine de sueur. On s’est ré-ga-lé, si tu savais. J’ouvre la gueule pour me défendre. Pour lui dire merde. Vois la porte de la voisine chiante qui s’ouvre à la volée. Son roquet se met à aboyer et tout ça raisonne dans ma tête de la manière la plus insupportable du monde.Elle a failli défoncer votre porte ! Ca fait AU MOINS une heure que cette petite m’empêche de dormir vous savez ?! C’est intolérable… Mes index se fixent à mes tempes. Je vais exploser. Ferme ta gueule. – […] c’est pas un bordel ici ! Ma caboche se tourne. Les babines se lèvent pour laisser apparaître une canine. La voisine se terre sans demander son reste quand Andy fulmine. Elle a pas besoin de me le dire, je le sens de là où je suis, les histoires de fille c’est décidément pas celles qui lui vendent le plus de rêve. Chacun ses désillusions j’ai envie de dire.

Son sac est remonté sur son épaule. Elle me plaque sur le bide des paquets de clopes. S’éloigne – s’éloigne pour rentrer chez elle alors qu’elle avait décidé de venir chez moi. Et je devrais la laisser partir ouais, je devrais – parce que cette fille est complètement fêlée et qu’elle est incapable de s’imposer ce qu’elle impose aux autres. La rigueur c’est pas unilatéral comme concept, quand tu seras toute blanche et toute vierge on en reparlera peut être. Du coup, comme je suis beaucoup trop con, je la laisse pas partir. La rattrape par le bras, quand elle va juste être assez loin pour que j’y arrive pas. Par le bras, pas la main cette fois. Et c’est poli, ça, quand tu te permets de ne pas me respecter dans ma propre chambre, sous mon propre toit. La porte de mon appartement est ouverte avec un peu de violence – beaucoup. Andy est poussée un peu fort à l’intérieur. Je rentre juste derrière elle – ne vais pas plus loin que le pas de ma porte. La porte, moi, Andy… Andy, moi, la porte. Je suis assez large pour qu’il y ait clairement besoin d’une confrontation directe si elle veut se barrer.

Et toi, t’étais où ? que je crache plus que j’interroge. Je donne un coup de menton vers son sac. En vrai, je m’en fous d’où tu étais, je suis personne pour te le demander. Mais si je manque d’importance à tes yeux pour mériter des réponses, ne m’en extorque pas à moi.Il te faut une journée complète pour remplir un sac de cette taille ? T’as fait un AVC entre temps ou comment ça se passe ? Je fais un pas, gonfle le torse, un peu malgré moi – la mâchoire serrée, les muscles tendus. – Je pense que ça manque un peu de règles, pour que ce soit définitivement clair. Ceci n’est pas une prison, Andy, c’est mon appartement - tu peux aller et venir comme tu le souhaites sans que je ne te pose de question… Mais ça implique aussi que JE peux aller et venir comme JE le souhaites sans qu’on ne ME pose de question. Si tu n’étais pas partie toute la journée on aurait peut-être pu envisager de te faire le double des clés, mais tu es partie toute la putain de journée. Alors effectivement, Andy, j’allais pas t’attendre parce que, je le répète, personne n’est en prison. Mon pouvoir vibre sur le derme. – Aussi, ici, personne ne vient – quand bien même ma voisine appellerait ça un bordel. NOUS n'invitons aimablement personne. Aucun gigolo, aucune pute, aucun plan cul de toutes races, de toutes espèces et de tout sexe. Aucun client, aucun ami, aucune connaissance de toute sorte et aucun ennemi – j’accepte les cas où ils s’invitent sans permission, ceux là. La seule personne que je tolère c’est ma femme de ménage – qui vient chez moi tous les deux jours et qu’il ne faudra donc pas tuer. Et… Je hoquette comme un rire amer.  Et une dernière chose Andy… La prochaine fois que tu me colles à mon matelas pour baiser avec moi sans m’autoriser à me redresser par lubie ou élan de dominance je te fais passer par ma fenêtre. Et ne pense pas que je n’en serais pas capable. D’ailleurs, mon canapé se déplie. La réplique est amère – amèrement froissée.


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N-22 ••• © 2981 12289 0
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyJeu 22 Nov - 7:34



'Til the gun goes bang, bang


Can you hear the wind that's howling
Through the concrete trees
Got you praying on your knees
In the face of danger we're all brave
Sam Tinnesz
N-23

Un pas puis deux puis trois. Il achoppe le bras, Django. Phalanges qui agrippent la peau, enserrent et tirent pour me stopper dans ma fuite, dans mes délires. Le mouvement d’épaule ne suffit pas à l’arrêter, les petons s’emmêlent alors qu’il me traîne entre les cloisons. La porte claque. Je recule, il ne bouge plus. Il aboie, je reste muette. Les poings se serrent pour contenir l’Autre, celle qui n’apprécie pas ce qu’elle fait pourtant elle-même. La réciproque crachée pourquoi tu demandes, alors que tu t’en fous ? Si c’était important, si j’étais importante, t’aurais attendu, ouais. Genre, à aucun moment, tu t’es dit qu’il avait pu me retrouver, pas vrai ? À aucun moment, tu as eu un semblant d’inquiétude. Parce que t'as pas la gueule du type inquiet. Alors va te faire foutre, ouais, va bien te faire foutre avec ta leçon de moral à deux balles. Il avance, je recule ; les pas d’une nouvelle danse, celle qui nous détraque, nous fait vibrer dans une rythmique colérique et chaotique. Et les règles, ces putains de règles qu’il énonce tu viens pas juste de dire que ce n’était pas une prison ? Je crois que tu ne comprends pas, Django. J’écoute sans rien dire en retour, pas même la moindre petite injonction. Il n’y a que les orbes qui le dévorent avec la puissance du félin. Tu fais comme si j’avais besoin de toi, comme si c’était une faveur que d’être ici, avec toi. Tu fais comme si JE t’avais demandé de rester. Moi, tes règles, je m’en branle. Moi, tes règles, je marche dessus, je les piétine, je crache dessus même. Et je n’aime pas la façon dont je me sens, là, maintenant. Je me sens sale. Sale et en colère contre lui, contre moi. J’ai envie de lui dégueuler que j’allais revenir, que j’ai mis du temps parce que j’avais besoin, de ce putain de temps, pour réfléchir. Pour réfléchir à lui, à moi, à nous. Lui vomir que j’en avais envie, envie vraiment, sinon, je ne serais pas ici, devant lui. Mais ce serait donné des explications, m’embourber dans des mots, des détails. Tu les prendras bien ou tu les prendras mal ; plus tard, tu me diras que j’ai mal dit, mal fait comprendre et ça pourrira, parce que ça pourri toujours ces trucs-là. Je me braque, croise les bras sous ma poitrine, verrouille clairement ma position face à tout ce qu’il me raconte. Je te trouvais sympa, jusqu’à ce que t’arrives à me faire sentir minable. J’ai pas besoin qu’on me fasse la charité, d’être la bonne action de l’année, d’être le boulet accroché à un pied. T’étais où, quand j’ai débarqué à Ross Creek ou quand j’ai quitté Rio, hmm ? Tu crois que j’ai eu besoin de toi pour m’en sortir ? Tu crois que je ne suis pas capable ? Sous prétexte que quoi ? Que je suis une fille ? Une simple aberration de la nature quand toi, elle t’a doté de capacités hors du commun ? Tu devrais arrêter de parler. Tu devrais arrêter de déchirer des miettes, tu perds ton temps, tu me fais perdre mon temps. Il est contrarié, Django. Contrarié sans doute depuis la veille, que je comprends. La dominance qu’il refuse dans une invective. Et je dois comprendre que ce n’était pas consentant, que tu ne voulais pas de ce rapport ? T’étais moins bavard, hier soir, quand t’aurais pu me dire que tu n’aimais pas ça et ça aurait été ok, juste ok.
Base trop bancale qui déjà s’effondre, écorche et blesse. Il termine son laïus et je ne parle toujours pas. J’attends. J’attends que la respiration se calme et que le myocarde cesse de battre dans mon crâne. Les secondes s’égrènent à la lenteur des heures. Les membres s’activent en silence. Je m’approche, sans le voir, ne pense qu’à prendre la fuite parce que ça a toujours été plus facile que de régler un problème qui n’en est au fond, pas véritablement un. Une voiture en panne c’est un problème, ne plus avoir de thune c’est un problème, ne plus avoir de boulot c’est un problème mais ce qui se passe là, ce n’est pas un problème, c’est une solution. Et sans doute que je le mérite, qu’il a raison ou tout du moins, qu’il a ses raisons, celles que je ne comprends pas ou ne veux pas comprendre, j’en sais rien. L’autre remue sous le derme, remue fort à la manière d’une lame de couteau sous la peau. Je bute devant sa carcasse, détermine une tâche de sueur à regarder pour ne pas avoir à relever le museau. Je ne dis pas pardon ou encore pousse-toi. Je ne dis rien, juste, rien. Le silence est parfois pire que toutes les injures au monde.
Bruit dans le couloir, j’imagine encore la voisine et son clébard ouvrir la porte et tendre l’oreille pour combler le vide de sa vieille existence. Ses petits chaussons crissent à chacun de ses pas parce qu’elle ne lève pas les pieds et j’imagine que sa bestiole a besoin de pisser ou chier. J'expire. Un peu plus loin, des clics, des respirations, semelles en caoutchouc grinçant légèrement des balles que l’on chambrent. J’ai tout juste le temps d’accrocher mes paumes à ses bras dans un geste brutal et de nous pousser avec la même violence dans le salon. Les balles perforent le bois de la porte, se nichent dans les cartons, le canapé et tout ce qui passe à portée. Que la voisine ne s'inquiète pas, on lui explique gentiment que c’est une opération des forces spéciales et qu’elle n’a plus de raisons de s'en faire puisqu’ils s’occupent du problème c’est nous, le foutu problème.

L’Autre s’arrache au derme dans des fractures si brusques et si rapides que la douleur persiste, me fait vaciller sur mes pattes. Masse sombre rampant derrière cartons et meubles. On se sépare. Point de rupture. Sous les paupières, se déroule une scène autre. Les clébards et les escaliers, la rancœur en manteau, on s’est séparé. Direction opposée et ce n’est pas moi qu’ils ont vu, ce n’est pas moi qu’ils ont coincé au bout du petit couloir. Mais lui, lui et son frangin. Alors il a sauté, il a sauté sans savoir ce qu’il y avait en bas, sans savoir si la chute ne serait pas fatale ou handicapante. Il a sauté dans un hurlement, celui de son frère. Brisures de verre. Les instructions larguées et la fuite, la fuite toujours. La fuite sans le moindre détour, sans les -tout va bien ? Et les -on fait quoi ? L’abandon pour ne pas avoir à subir le sien. Battement de cils, la vision s’évapore, laisse un arrière-goût amer dans le fond de la gorge. Je n’arrive pas à les compter, ils bougent, s’infiltrent, salopent l’endroit de leur simple présence. Armes à la main, prêts à trouer le premier bout de chair qu’ils verront dépasser. La gueule se referme sur un poignet, déclenche les balles qui se vident de leurs chargeurs. Jusqu’à ce que tout s’arrête, qu’ils gémissent sous l’emprise magique. Ils suffoquent, se vident de leurs fluides. Sorcier se faufilant entre les ombres dans la plus parfaite discrétion. L’œil animal le perçoit, fait vibrer les babines dans un grondement. Chape de plomb se chargeant sur les épaules de Django, il chancelle, le mâle. Chancelle jusqu’à ployer, incapable de se redresser. Énergie gobée, avalée avec frénésie. Il s’en délecte, ne veut plus s’arrêter. La puissance entre ses phalanges est beaucoup trop grande, trop nourrissante. Il se sait devenir plus jeune, plus grand, plus fort. La statuette entre ses doigts, plus personne ne pourra alors l’arrêter. Il a des rêves de grandeurs, se voit prochain suprême même s’il doit en arracher les honneurs. Il veut qu’on le craigne, qu’on le respecte, qu'on l'envie.
Les pattes se posent avec prudence, louvoient entre les corps qui ne forment qu’un amas de chair sanguinolente. –Je ne voulais pas vous décevoir, Faust. Alors, j’ai pris mon temps... Et quel plaisir de vous trouver là, dit-il d’un timbre clair qui pue la victoire. –Mais je suis déçu, je m’attendais à mieux de votre part. Vous faites mal votre travail, Faust, si vous ne savez même pas vous protéger vous-même, comment le pourriez-vous avec elle ou n’importe qui d’autre. La moquerie dégueule d’entre ses ratiches, claque contre l’émail. Le elle qui résonne à la boîte crânienne et qui me fait cesser mon avancée. Tu m’as vu, connard. –Le pouvoir, ça s’achète, Faust. Voyez donc par vous-même qu’il lui susurre comme si c’était là, la plus secrète des confidences. Félidé qui détale, se planque pour ne pas avoir à subir, l’arrêt d’un cœur, la mort. Il pourrait me briser d’un claquement de doigts, je le sais, je le sais parce que j’ai déjà vu Django le faire. Mais ce pouvoir, il ne le connaît que trop peu pour en saisir la puissance et les nuances. Et la porte se dessine devant les prunelles et avec elle, les choix. La conscience se fragmente. La fuite et l’abandon, toujours, tout le temps. Relent d’égoïsme pour ne pas avoir à subir l’échec. Parce que j’allais partir et parce que tu m’aurais laissé partir. T’aurais pas dit –attend ou –reste, t’aurais verrouillé ta porte et c’est tout, c’est tout. Et c’est pas grave, c’est pas grave vraiment. C’est comme ça que ça se termine, généralement. Dans des cris, des fracas et de l'ignorance. On s’est brûlé trop fort, ça cloque et ça suinte maintenant, infection gangrénant le reste de raison. Je fais un pas en avant, dresse museau et oreilles il souffre. Il souffre comme j’ai souffert avant lui, ça ne fait jamais du bien de se faire extraire son essence, ça fait même si mal qu’on préfère en crever. Hésitation insupportable qui éclate dans un bond. Ce bond que je fais en sa direction. La protection en réflexe, mains qui se tendent vers moi pour diriger ce pouvoir qu’il ne contrôle pas. Ça me frappe de plein fouet, c’est comme traverser le désert et crever de soif, crever vraiment. Gueule qui s’assèche, je comprends, un peu bêtement, un peu trop tard, que ce n’était pas la meilleure des idées. Ça se comprime à l’intime, si fort, si fort et si douloureux que j’oublie. Fauve qui ne retombe pas sur ses pattes, mais s’échoue pour ne trouver que du rien. Paupières closes, l’organe bat si lentement qu’on croirait qu’il ne bat pas. Le pelage se fond sous la peau et les membres retrouvent forme humaine. Souffles qui s’extirpent difficilement de la trachée encombrée.

Le museau remue, hume les flagrances mortifères et tout aussitôt, le nase se fronce. ça pue. Les yeux papillonnent, émeraudes se posant sur leur vis-à-vis. Il est là, sans que je ne sache depuis combien de temps. La colère, aussitôt, reprend, comme un brasier qui ne s’éteint jamais vraiment, jamais tout à fait. Elle enfle dans la poitrine et crève dès qu’il se penche un peu. T’es rien qu’un con, que j’ai envie de lui souffler en ajoutant un grand con, même. Mais à nouveau, les mots s’engluent, ne forment qu’une pâte informe et visqueuse que je crache dans une toux grasse. -Rappelle-moi de jamais faire en sorte que tu me tues avec ton pouvoir dis-je, le timbre éraillé. Rappelle-moi aussi, de ne plus jamais faire ça, d’avorter toutes mes idées visant à me foutre en l’air pour l’amour du risque. Parce qu’on ne se sent pas héros, ni même un peu différent – c’est de la merde et ça fait un mal de chien. Et tu sais, que je n’aime pas avoir mal. Je me redresse péniblement sur mes coudes. Inspecte le carnage comme si c’était la seule chose qu’on soit capable de laisser derrière nous. –T’as dit qu’elle venait quand, déjà, ta femme de ménage ? Elle risque d’avoir du travail et je ne sais pas si tu la payes pour ça, aussi.
Sirènes hurlantes, les voitures de police débarquent, mes mirettes se plantent aux siennes dans un élan de panique. –J’ai pas de papiers, est la seule chose à laquelle je pense dans l’immédiat. Pas au corps, ni même à comment on va devoir expliquer ça. Le passeport était illégal, évidemment, et une empreinte de doigt, ça ment vachement moins qu’un bout de papier. Et puis, je sais pas si t’es au courant, mais on a une statue volée entre nos doigts. –Je peux pas rester-là. Je m’ébroue pour me sortir du visqueux qui recouvre encore le derme. –Et elle non plus, que je lance, en pointant du doigt la statue. Et toi, c’est différent. T’as une voisine et c’est ton appartement puis ça ne change rien à ce qu’on s’est dit avant, pas vrai ? Parce que je n’en veux toujours pas, de ton règlement ; pas plus que de sentir que tu me fais une faveur en restant. Ça me dérange vraiment.


Dernière édition par Andy Moares le Jeu 22 Nov - 16:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 'Til the gun goes bang, bang [PV]  'Til the gun goes bang, bang [PV] EmptyJeu 22 Nov - 14:18

'Til the gun goes bang, bang.
I do this with conviction, I write truths and never fiction. My disease is what you fed, I can't stop with my ambition, like a missile on a mission I'm a force that you will dread. •••  Ca se passe vite. Andy qui s’approche de la sortie. Moi qui ne veux pas qu’elle sorte. Elle qui m’accroche les avant-bras pour m’envoyer bouler vers le salon. Le bruit des balles. Attends le quoi ? Ma charpente se baisse avant de se mettre au sol – rampe rapidement derrière mon canapé qui se fait littéralement cribler de balles. Mon canapé, mon appartement, mes cartons, mes souvenirs – ma nouvelle vie part en miette. C’est qui ces connards ? Force spéciale qu’ils disent à la voisin – je doute que les forces spéciales rentrent comme ça chez les gens, mais on peut avoir des surprises parfois.  Il y a plus Andy. A côté de moi. Elle est plus là et je suis pas foutu de savoir où elle a migré – me dit assez rapidement qu’elle s’est barrée. Tant mieux ou tant pis. Des semelles de chaussures crissent sur le sol. Y a tellement de claquements que je ne sais absolument pas combien ils sont. N’ose pas me redresser pour les compter parce que je sens que je vais me prendre une balle entre les deux yeux et que je tiens toujours autant à ma gueule. Cependant c’est pas immense, mon appartement. Ils arrivent vite à ma hauteur. Longe le canapé avec leur gilet barre balle et leurs fringues foncées – ils ressemblent vraiment à une unité des forces spéciales. Je les bouscule en masse. Les envoie valser jusqu’à la porte, dans d’autres types pour un effet de quilles – n’en tue aucun bien que ce ne soit pas l’envie qui m’en manque. Si ce sont vraiment des connards des forces spéciales soudoyés, je vais être encore plus dans la merde. Et les vagues reviennent pour s’écraser contre mon pouvoir. Les détonations pleuvent dans tous les sens quand je m’arrange pour que tous les bras se lèvent. Mais ils sont nombreux. Ils se dispersent. Courent. Rampent. Ils sont tous proches de moi ; tant et si bien que je ne vois pas Doe passer le pas de ma porte. Un canon me frôle la joue, une main se pose sur mon épaule. La décharge est électrique. Annihile les sens d’une impulsion qui m’arrête le cœur, une fraction de seconde. Ma paluche s’enserre à la manche de mon détracteur quand il me sourit de toute sa réussite qu’il a bien pris son temps pour me faire bouffer ma toute grande fierté. La désillusion est amère – plus que le reste de ses paroles acerbes. De toute évidence, la douleur m’empêche de les prendre au premier degré. C’est dingue comme on s’en fout à un moment, lorsqu’on est persuadé qu’on va crever. Puis il se trompe, Andy n’a pas besoin de moi pour se protéger, elle est bien assez grande pour le faire toute seule – et j’ai jamais eu la prétention de penser le contraire. Un de mes genoux tombe à terre. Doe appuie sur mon épaule pour me faire ployer devant lui. Pour que ma nuque se torde vers le sol quand mon sang boue sous ses doigts – quand l’aride de son pouvoir me prend jusqu’à la moelle pour m’en extraire mon eau. On dirait qu’il y a un mélange. Un mélange percutant de son propre pouvoir et du mien, qui s’opère. Et c’est bancal. C’est bancal parce qu’il est pas foutu d’en maitriser un sur deux. Je trésaille. Il jubile. Se détourne d’un geste vif pour faire je ne sais pas quoi. Relâche brièvement la pression. Mais je suis trop faible l’attaquer frontalement – ou du moins pour être efficace en le faisant. Je le bouscule. Lui fauche les chevilles en me redressant. Récupère un flingue – quand est-ce que tous ces mecs sont morts ?! – le vise. Trop vite. Tire. Manque ma cible parce qu’elle me percute avec mon propre élément. C’est novice et maladroit, mais je décolle mes pieds du sol pour aller manger le mur d’en face. En plein sur les côtes. La douleur est brutale quand le souffle se coupe. La rencontre avec le sol n’est pas mieux. C’est fêlé que je me dis avec certitude lorsque je cherche Doe des yeux. Mes côtes. Mes côtes sont fêlées. Il s’avance vers la statuette de Pazuzu. Fait attention à moi que trop tard – sous une volée de balles. Je le touche à l’épaule. Il se jette de côté. Utilise le canapé comme bouclier. Je vide le chargeur. En prend un second. Réitère. Glisse au niveau du sol en me disant qu’il va finir par faire pareil, pour essayer de me buter avec une arme – mais il s’en va. Il s’en va en titubant. Rapidement et sans aucun autre effet de style. Je crois que je l’ai touché à un endroit critique.

Je m’affaisse un peu. Reste la joue contre le carrelage – me sent mal comme jamais. J’ai l’impression d’être en parti vide – parce qu’il m’a pris une partie de moi. C’était revenu assez vite chez Andy mais, j’imagine que là ça va prendre plus longtemps. La régénération que j'ai pas et tout un tas de conneries humanoïdes. D’ailleurs… Je relève le museau. Inspecte les lieux. La vois. Allongée sur le flanc. Bondis vers elle pour aller m’assurer qu’elle respire. On dirait pas, de là. Je tâte, palpe - passe un revers de main devant son nez. Gesticule, plié en deux quand mon cœur semble avoir migré vers mon côté droit. Mais elle finit par remuer, Andy. Me fait pousser un soupir soulagé – douloureux - quand mon dos se plaque contre le mur. T’es pas morte. Elle retrouve vite la parole. Me fait une réflexion sur mon pouvoir quand j’ai envie de lui répondre que je l’emmerde. Parce que ouais, je t’emmerde. C’est quoi ton problème ? Est-ce que je t’ai demandé de pas me bouffer quand je t’ai vu te transformer ? Est-ce que je t’ai fait chier avec ma colère lorsque nous sommes partis de chez Doe et qu’il t’avait pompé ton énergie ? Est-ce que j’ai été désagréable avec toi une seule fois quand ton monde semblait s’être dérobé sous tes pieds ? Je me laisse glisser, lentement – l’ignore, pour ce qu’elle me dit de toute façon je ne pense pas perdre grand-chose. Constate dans un certain désespoir l’état de mon appartement – et les morts et les balles et le sang… Comment je vais faire ? Et comme si une réponse cosmique voulait bien se faire entendre, les sirènes des flics hurlent au loin. Au proche.Super. Vraiment. Super. Je tente de ne pas me décomposer. Ma mâchoire se serre. L’autre qui me parle de ses papiers me vend du rêve. Parce que ouais, t’as raison, tes papiers c’est vraiment le plus important. Les flingues dans la chambre, les morts dans le salon, puis moi et mes beaux papiers tout faux, on sera vraiment, mais vraiment, une quête secondaire pour les flics. Non parce qu’à choisir, de suite ils s’attaquent à la clandestine égoïste. Obligé. Mes mirettes ne savent même plus où se poser tant il y a à d’élément pour me foutre derrière les barreaux. Encore. Je crois bien que je préfèrerais crever plutôt que d’y retourner. Et l’autre qui continue de me lancer des aberrations sorties d’un autre monde : elle peut pas rester là, ni même la statuette. Sérieusement ? Et moi je peux ? Je peux rester là ? Ca, ça ne te pose pas de problème ? Me laisser là comme un connard au milieu de cadavres parce que je t’ai vexé y a 5 minutes – après t’avoir pris par la main, soutenu et sauver chez Doe – ça… Ca c’est OK, rien à foutre ? Là te dire que j’ai plus rien, ça te fait ça. Ca te fait penser qu’à ta gueule. Parce qu’il n’y a jamais eu que ta gueule en fait ? Je veux dire je te sauve la mise une fois, tu me sauves la mise une fois… On est quitte donc on est plus obligé de faire semblant ? C’est ça les règles ? Qu’il n’y a rien ? Rien entre nous, même pas une once d’empathie – une once de respect ? Une miette de regret ?Saloperie de blancs. Ca va devenir ma devise ça. Vous êtes tous des saloperies, même lorsque vous venez de bidonvilles vous êtes des gros connards individualistes. Et on peut vous aider, vous tendre la main, faire les choses le plus humblement possible pour vous… Vous serez toujours capable de nous cracher à la tronche si on se retrouve en bas. Ca vous fait briller de nous regarder quand on est dans la merde. Ca doit être dans les gênes, je trouve ça plutôt dingue… Et puis, hein, ça t’arrange qu’on se soit engueulé tout à l’heure Andy ? Tu pourras t’en servir comme d’une excuse si on te demande la dernière fois où tu as fait preuve de lâcheté. Tu pourras dire que c’était ce jour là mais que ce n’était pas ta faute. Que c’était la mienne.Dehors, craché-je au bout de quelques secondes lorsque je vois qu’elle est là et qu’elle attend comme une putain de réponse pour sa statuette. Tu veux que je te l’emballe peut-être ? Et que je te cire tes godasses avant de partir ? J’te fais la danse de la pluie aussi pour éviter qu’on repère ton odeur ? Elle esquisse un mouvement. – Sans la statuette. Elle s’arrête. C’est mon problème et ne fais pas comme si ça te soulageait pas que je le prenne entièrement. Je te libère de notre duo et du poids de ce fardeau… Ouhou…Ils vont arriver Annie, sors d’ici. Ca serait con qu’ils regardent tes papiers au lieu des morts dans mon salon. T’imagines après c’est toi qu’ils interrogent ?

Et elle redevient Annie parce qu’Andy n’a jamais existé.
Andy était une idéalisation blanche. Un mirage. Un semblant d’espoir.

La suite est évidente. Caustique. Comme dans un mauvais film. Les flics arrivent, plus vrais que nature. Me braquent sans trop savoir pourquoi – je suis juste le plus vivant des morts. Ils me plaquent. Me menottent. Me sortent de là pour m’enfoncer dans une voiture où je rentre à peine. Des grilles, des chaînes et des œillades méprisantes. J’ai droit qu’à ça depuis ma plus tendre enfance, faut dire que ça ne me change pas du pays. Vous m’impressionnez pas, vous savez. On me fout dans une salle d’interrogatoire – parce que c’est comme ça qu’on fait. On m’accroche à la table pour ne pas que je parte – parce que c’est comme ça qu’on fait. On me laisse mariner pendant des minutes ou des heures – parce que c’est comme ça qu’on fait. S’ils ont une chance de me faire craquer, ils doivent la saisir – me faire subir ça, est leur seule chance de me faire craquer. Sauf que j’ai rien fait.

Je suis mal installé. J’ai mal aux côtes. J’ai horriblement soif et j’ai envie de fumer. Parfois quelqu’un rentre, me fixe et ressort. Jamais personne ne parle, comme si tous ces flics ne savaient pas ce qu’ils faisaient et se trompaient de bureau. Il faut une éternité pour qu’un connard vienne ouvrir sa bouche de toute sa prestance pernicieuse de flic de bas étage. Il pose son bordel pour enregistrer si proche de moi que je me demande comment il va l’enregistrer, lui. Il put la sueur ce mec – mais je fais pas de réflexion parce que je dois puer pareil. S’en suis une série de questions – souvent les mêmes poser de façon différente comme si j’étais particulièrement con. Il me dit des trucs du genre Et comment ces personnes avaient votre adresse ? et Que vous voulaient-t-elles exactement ? et moi je hausse les épaules et je réponds que je ne sais pas. Mais c’est con parce que quand le GIGN frappe à ta porte tu sais forcément pourquoi. C’est pas comme une altercation dans un bar où y a qu’un seul connard qui vient pour te foutre sur la gueule, là j’ai reçu une armada – comment tu veux que je trompe quelqu’un ? Je suis aussi potentiellement en danger de mort. Ca serait inconscient de me laisser repartir sans un minimum de pistes – sauf que les pistes j’ai pas forcément envie qu’ils aillent les chercher chez moi. Alors je reste toujours très vague – même mon adresse je la donne pas exactement alors qu’ils savent exactement où j’habite, genre y a pas de mystère, ils sont venus me cueillir. Le flic secoue souvent la tête. Regarde vers la vitre sans tain. Secoue la tête. Regard en arrière. Secoue la tête. J’ai envie de te l’enfoncer dans la vitre, ta tête.Bien, qu’il finit par balancer comme une affirmation en éteignant son bordel. Puis il sort, sans rien ajouter de plus. L’attente encore. L’attente toujours. Le front dans les paumes je m’endors comme ça – dans une souffrance dont ils se contrebalancent parce que ce n’est pas la leur. Je crois qu’ils m’ont oublié quand la faim tiraille mon bide autant que j’ai la bouche sèche. Suis surpris, lorsqu’un nouveau flic rentre, d’apprendre qu’on est demain et que toute cette histoire c’était hier. Mais le flic s’est trompé de bureau alors il ne reste pas longtemps. - Putain… Je danse. D’une fesse à l’autre. La circulation sanguine de mes guibolles devient difficile – mais j’ai pas le choix, j’ai mal quand je me lève, j’ai mal quand je respire. Quelqu’un, enfin.Monsieur Ballantine’s… Ce nom m’assure au moins qu’ils n’ont pas trop fouillé dans mon passé… Parce que je veux bien avoir changé de nom mais j’ai pas changé d’empreinte digitale.Veuillez me suivre, qu’on m’enjoint après m’avoir détaché. Je ne fais pas le difficile. Une cellule. Ils vont m’amener dans une cellule. J’ai la boule au bide et le cœur en berne. Ralenti, brutalement, à l’angle d’un couloir. Vois un espèce de guichet. – Veuillez signer.Pour quoi ?Votre sortie. Pardon ? Je me fige. Les prunelles rondes comme des billes. – Vous me laissez sortir ?Oui. Vous me laissez sortir alors que je viens de vous raconter qu’on a essayé de me buter ? Parce que vous vous doutez que c’est pas une partie de Monopoly qui a mal tourné cette affaire… Il y avait quand même des morts dans mon salon. Vous me laissez sortir sans vous souciez de qui je suis et sans me dire qui il est ? Vous me laissez sortir dans la parfaite conscience que la prochaine fois qu’on se verra je serais sois mort, sois j’aurais fait une Columbine ? Vous me laissez sortir comme ça ? Aussi facilement ? Parce que je vous ai dit que ce n’étais pas moi ? Vous m’avez cru sur parole ? Ca serait bien la première fois.. Ou peut être que j’ai pas une gueule qui vous revient et que vous vous dites que les problèmes de truands, c’est toujours mieux quand ça reste chez les truands. Parce que j’imagine que vous n’avez pas fouillé chez moi aussi ? Hein ? Non bien sur… Quoi que, peut être, et vous m’avez lavé mes flingues et mes fringues, tant qu’à y être…Comme ça ? La fille hausse une épaule, très peu concernée par ce que je suis en train de lui raconter. Et donc Annie m’a laissé comme une pauvre merde pour ça. Juste pour un interrogatoire merdique dans un commissariat merdique. Elle avait peur pour son passeport alors que tous ces flics se lavent même de leurs morts. Demain, si je fusille des gens dans un bar juste parce que j’avais envie de la faire, j’aurais juste à dire que c’est pas moi pour qu’on me croit – parce qu’ils ont pas que ça à foutre, c’est que les donuts ne vont pas se manger tout seul. Je trouve ça scandaleux. Vraiment scandaleux. Je suis à deux doigts de te dire que t’as bien fait de pas me soutenir Annie, t’aurais été déçu de le faire pour si peu de choses. L’Homme est laid, sous tous ces aspects et dans tous ses reliefs. – Je peux rentrer chez moi ?Je sais pas. Elle se tourne, la fille, braille un peu fort pour qu’on réponde à sa question. Se déplace, finalement, parce que la communication est difficile. Revient. – Vous n’avez pas quelque part où aller ? Je signe sa merde. – Non. Et j’écoute même pas ce qu’elle a à me dire lorsque je prends la porte.

C’était aussi facile que ça…
On peut tuer et menacer des gens hier et rentrer chez soi aujourd’hui.



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